Quand on n’a que l’humour …

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« Quand on n’a que l’humour … » : je dois l’avouer, j’ai eu peur quand j’ai vu ce titre en forme de jeu de mots en référence à la fameuse chanson de Jacques Brel, j’ai craint le pire, d’autant que le résumé ne faisait rien pour me rassurer :

C’est l’histoire d’un humoriste en pleine gloire, adulé de tous, mais qui pense ne pas le mériter.

Un homme que tout le monde envie et admire, mais que personne ne connaît vraiment.

Un homme blessé qui s’est accroché au rire comme on se cramponne à une bouée de sauvetage.

C’est aussi l’histoire d’un garçon qui aurait voulu un père plus présent.

Un garçon qui a grandi dans l’attente et l’incompréhension.

Un garçon qui a laissé la colère et le ressentiment le dévorer.

C’est une histoire de paillettes et de célébrité, mais, surtout, l’histoire d’un père et d’un fils à qui il aura fallu plus d’une vie pour se trouver.

Je me suis toutefois laissé tenter par ce roman et je ne le regrette pas. Pourtant, le début m’a laissé penser que mes pires craintes allaient se réaliser : c’était banal, plaisant à lire mais mièvre. Toute la première partie reste sur ce même ton, même si on sent que cela peut basculer, comme s’il y avait une ombre qui planait au-dessus du récit et de son personnage principal, cet humoriste célèbre nommé Edouard Bresson.

L’ombre montre finalement son vrai visage à la fin de la première partie, et laisse la place à une seconde partie que j’ai trouvé magistrale. C’est alors un deuxième livre qui commence et qui donne toute sa saveur à l’ensemble. S’il n’y avait eu que la première partie, j’aurais trouvé ce roman agréable à lire mais totalement oubliable. Avec la seconde, cela devient un très bon livre, à la fois émouvant et élégamment construit.

C’est un roman dont j’ai du mal à faire la chronique ici. Il m’est en effet difficile d’en dire plus sans vous gâcher le plaisir de la découverte. Sachez tout de même, comme le résumé le laisse largement entendre, qu’il s’agit d’un roman très réussi sur la paternité, les relations père-fils, et plus généralement sur la famille et les souvenirs, parfois pesants, parfois heureux, qui s’y attachent.

C’est un roman que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire, malgré son style simple et quelques maladresses d’écriture et d’expression. C’est un livre d’apparence simple, rapide à lire et en même temps plaisant et touchant. C’est le genre de romans dont on sort avec à la fois un petit sourire et un pincement au coeur.


Quand on n’a que l’humour …, Amélie Antoine

Note : ★★★☆☆


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Incident de personne

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J’ai découvert Eric Pessan dans une émission récente du Masque et la Plume sur France Inter, où son dernier roman « La nuit du second tour » était au programme. Même si les critiques n’étaient pas unanimes, le sujet du livre m’avait suffisamment intrigué pour me donner envie de le lire. Comme j’aime découvrir l’oeuvre d’un auteur dans l’ordre d’écriture, j’ai fureté parmi sa bibliographie, et le résumé de ce roman intitulé « Incident de personne » m’a plu.

Une nuit, un train se retrouve bloqué en rase campagne. Un passager lie connaissance avec sa voisine. Il lui parle d’enfance, de solitude, de son existence ténébreuse à laquelle il n’oppose plus aucune révolte. Pendant cette interminable attente, un lien se tisse entre eux. Jusqu’à ce que le train reparte …

Le narrateur est un homme solitaire, malheureux, peut-être même dépressif. Il revient d’un séjour de deux mois à l’étranger, un séjour qu’on devine être une ultime tentative pour résoudre les problèmes qui le rongent. Le train qui le ramène à Nantes, où il vit, s’arrête plusieurs heures après un « incident de personne », ce fameux euphémisme utilisé par la SNCF pour désigner un suicide sur la voie. Ces longues heures d’attente donnent l’occasion au narrateur de discuter avec la femme installée à côté de lui dans le train. Il lui raconte son séjour récent à Chypre, mais aussi les ateliers d’écriture qu’il anime depuis plusieurs années.

Ce roman est assez court, c’est sans doute préférable car le sujet ne se prête pas à un long récit. Ici, on assiste finalement à un quasi-monologue du narrateur. Il nous parle de la mort, de la guerre, du suicide, mais aussi beaucoup d’écriture. Il exprime à plusieurs reprises que les ateliers d’écriture sont pour lui à la fois une source de rencontres intéressantes et de souffrances insupportables. A travers leurs textes, les personnes qu’il encourage à écrire déversent leurs secrets, souvent douloureux, qu’il ne peut s’empêcher d’absorber comme une éponge. C’est sans doute ce que j’ai préféré dans ce livre : cette réflexion sur l’écriture comme moyen d’expression de la douleur et du mal-être, comme instrument de libération, m’a beaucoup plu.

Pour autant, ce roman m’a laissé un goût d’inachevé. J’ai aimé certains passages, mais l’ensemble m’a semblé inconstant, sans liant. Le fil des propos que tient le narrateur à sa voisine de train se suit sans déplaisir, mais aussi sans véritable passion. En refermant ce livre, j’ai eu du mal à savoir s’il m’avait plu. Je crois que j’ai aussi du mal à saisir quel est le propos exact de l’auteur dans ce roman. C’est une lecture que j’ai envie de qualifier d’agréable, de sympathique, mais qui ne me restera sans doute pas dans ma mémoire très longtemps. J’espère avoir plus de chance d’être passionné ou enchanté par « La nuit du second tour » du même auteur, que je vais désormais lire.


Incident de personne, Eric Pessan

Note : ★★★☆☆


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Mon démon s’appelle Martin

Mon démon s'appelle Martin

Entre deux volumes de la saga « The Book of the New Sun » de Gene Wolfe, je me suis accordé une brève parenthèse avec un court roman d’Arnaud Cathrine qui trainait sur mon bureau depuis quelques jours. Le récit de « Mon Démon s’appelle Martin » tient en 94 pages que j’ai dévorées en une soirée et est résumé ainsi en quatrième de couverture :

Damien fait des choses bizarres. Le dernier jour de la colo, il insiste pour faire un pacte de sang avec Arthur, alors qu’à priori, Arthur est un ami qui ne vaut pas un clou. Quand on fait des choses bizarres, en général, il y a une raison. Cela fait juste un an que Martin est mort. Il était le meilleur ami de Damien. Un an, c’est beaucoup. Les parents de Damien pensent que c’est suffisant pour oublier un peu, pour ne plus y penser. Mais ils se trompent, Damien n’oublie pas du tout. Pas une minute, pas une seconde. Il n’arrive pas à oublier Martin, l’absence de Martin, le fait que Martin soit mort. Surtout, Damien n’arrive à oublier ni sa propre douleur ni son propre sort.

C’est un très joli roman sur le deuil d’un adolescent qui a perdu son meilleur ami un an plus tôt. Le livre est courte, moins ce cent pages, et je n’ai pas forcément des millions de choses à dire dessus, sinon qu’il m’a suffisamment plu et touché pour que j’en parle ici. Le ton est naïf, comme le serait le récit d’un jeune garçon, mais certains passages jaillissent sont très forts. Je retiens particulièrement celui-ci, qui constitue un chapitre central du roman :

Martin, je sais que tu m’entends.

Cette fois, c’est moi qui vais cogner.

Tu vois ce qui se passe ici ?

Mon amoureuse sort avec un plombier et mon ex-futur meilleur ami m’a lâché.

Ca non, je ne suis pas fier. Parce que c’est moi le problème, j’ai bien compris.

D’abord, il faut que je te dise une chose. Un meilleur ami, ça ne s’invente pas. Il y a très peu de meilleurs amis sur terre.

Alors dis-toi bien que je ne t’ai pas remplacé.

Pourquoi tu t’es jeté sous le camion ? Personne ne veut m’expliquer. Et puis, après l’enterrement n’était même pas passé que tes parents avaient déjà quitté le quartier. On ne les a jamais revus.

En vrai, je ne comprends pas. Avec moi, tu souriais toujours. Papa prétend que je n’ai pas d’humour mais toi, je te faisais rire. Alors fous-toi bien ça dans le crâne : tu n’avais aucune raison de faire ça.

Pourquoi je te dis ça ? Ca sert à rien, je sais. Mais ce soir, j’ai besoin de te dire quelque chose. Même n’importe quoi. Te dire que je t’en veux d’avoir fait ça. Te dire que je te comprends sans te comprendre. Te dire que je suis perdu.

Tu devais avoir des secrets, du silence qui pesait. Mais tu es parti avec. Sans rien dire.

En attendant, il faut trouver une solution, Martin. Me concernant, je veux dire. Parce que si tout le monde me fuit, c’est qu’y a une raison. Je crois que la raison, c’est toi.

Je dois pas me comporter comme un garçon normal, plein de vie. Je dois leur foutre les jetons à tous. Je dois avoir ton grand plongeon encastré sur le visage.

C’est pour ça que Juliette est partie avec Augustin. On peut pas aimer un type sinistre et geignard comme moi.

Et c’est pour ça aussi qu’Arthur s’est tiré sans moi ce soir.

Il faut que tu me délivres, Martin. Il faut que tu me laisses continuer seul. Que tu me laisses vivre avec ceux qui sont restés.

Tu es mon meilleur ami quand même, tu sais.

Je resterai, quoiqu’il arrive, le roi du quand même.


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« C’est pas toi qui te fait insulter aujourd’hui dans la rue »

Depuis des semaines je me tiens relativement éloigné des infos, des journaux, et des débats en tout genre depuis des semaines pour éviter de tomber sur ce déferlement de haine et d’intolérance, d’entendre ces arguments où la bêtise côtoie l’immonde. Je sais ce qui se passe, ce qui se dit. Je souhaite évidemment que cette loi soit votée, que l’égalité pour tous devienne une réalité ou du moins que l’on fasse un pas de plus vers cet idéal qui devrait être une évidence. J’admire et je respecte ceux qui se battent, qui débattent quotidiennement pour faire avancer l’égalité.

Moi je n’ai pas la force de débattre, de combattre. J’ai tout de même manifesté au mois de décembre, j’y retournerai peut-être fin janvier. Je vais continuer ainsi jusqu’à ce que la loi soit enfin votée, pour qu’on puisse passer à autre chose comme ce fut le cas après le droit de vote aux femmes, le droit à l’avortement, l’abolition de la peine de mort, le PACS, etc.

Je ne voulais pas en parler sur ce blog. Je suis incapable d’écrire un billet constructif sur le sujet et cela mérite mieux qu’un amas d’arguments passionnés. Certains ont très bien écrit sur le sujet.

Et puis je tombe ce matin sur ce statut d’un ami sur Facebook et je me dis que j’aurais pu l’écrire mot pour mot :

Oui, quand on s’oppose au mariage pour les homosexuels, on est homophobe. Vis avec ça et me fais pas chier, c’est pas toi qui te fait insulter aujourd’hui dans la rue.

Voilà, c’est un dimanche qui s’annonce difficile. Je vais aller au cinéma pour penser à autre chose.

Et ce soir en me couchant je repenserai à l’ado que j’étais, qui se sentait différent et se demandait s’il aurait le courage de vivre cette vie « différente », cette vie qu’une bonne partie de la société désapprouvait.

Je repenserai à ce garçon qui n’a pas eu ce courage, lui, qui a préféré fuir que d’affronter les regards désapprobateurs et les insultes.

Désolé pour ce billet en vrac, construit à partir d’un commentaire que j’ai écrit sur un blog et d’un message sur un forum que je fréquente régulièrement. Ca n’a ni queue ni tête, c’est sans intérêt. Je n’ai pas envie de débattre et encore moins de polémiquer. Je voulais juste rappeler que derrière les débats de société il y a des êtres humains. Il y a vos amis, vos proches, des gens que vous croisez tous les jours au bureau, dans la rue ou sur des forums. Que ces êtres humains ont des sentiments. Et que parfois, c’est dur.

Une bonne raison de se tuer

Une bonne raison de se tuer

Je n’avais plus écrit ici depuis plus de six mois, autant par manque de temps que d’inspiration ou de motivation. J’ai toujours fonctionné de façon cyclique avec ce blog, alternant les périodes d’écriture compulsive et celles où je ne publie rien pendant plusieurs mois. Il y a eu quelques sujets dont j’aurais pourtant pu parler ici : des romans qui m’ont plu ou des séries découvertes ces derniers mois. Je pense notamment à la série Mad Men dont j’ai englouti les quatre premières saisons en quelques semaines. Tout cela pour dire que j’ignore si ce billet est le début d’un nouveau cycle ou simplement un phénomène éphémère avant de replonger ce blog en hibernation pour quelques semaines ou mois supplémentaires.

Je crois que je ne pouvais tout simplement pas lire le nouveau roman de Philippe Besson sans en parler ici. Une bonne raison de se tuer est sorti au tout début du mois de janvier mais je viens seulement de le lire. Pour une fois, je n’ai pas sauté dessus dès sa sortie pour le dévorer en deux ou trois jours. Non pas que je n’étais pas impatient, mais j’avais décidé d’attendre la sortie sur Kindle pour arrêter d’encombrer ma bibliothèque avec des dizaines de bouquins dont je ne sais plus quoi faire.

A Los Angeles, tandis que l’Amérique s’apprête à élire un nouveau président, Laura, en proie à une résignation qui semble insurmontable, et Samuel, dévasté par la douleur et la perte, vacillent au bord du précipice, insensibles à l’effervescence de leur pays. Ils ne se connaissent pas. Leurs destins vont se croiser. Pourront-ils se sauver l’un l’autre ?

L’action se déroule le 4 novembre 2008, date de l’élection de Barack Obama. A Los Angeles comme partout ailleurs, c’est une journée d’exaltation, d’espoir de renouveau et d’attente fiévreuse. Mais tandis que l’Amérique semble retenir son souffle, impatiente de connaître l’issue de ce jour historique, pour Laura et Samuel, cette journée sera la plus longue et la plus terrible de leur vie. Car aujourd’hui Samuel doit se rendre aux funérailles de son fils, Paul, qui vient de se suicider à l’âge de dix-sept ans. Et Laura, femme seule de quarante-cinq ans, serveuse dans une cafétéria, a décidé de se donner la mort le soir venu.

Pour chacun d’eux, l’enjeu sera le même : comment échapper au déroulement implacable de cette journée ? Samuel pourra-t-il surmonter son chagrin, ne serait-ce que le temps de la cérémonie ? A-t-il même le droit de survivre à l’absence de celui qui n’aurait jamais dû partir avant lui ? Et quel sens donner au geste de son fils, un geste d’autant plus révoltant qu’il est inexpliqué ? Laura, elle, a mûrement réfléchi son choix. Personne ne la regrettera, ni son fils indifférent ni son ex-mari qui, lui, a su refaire sa vie. Cette dernière journée aura-t-elle un goût moins fade que toutes celles qu’elle vient de laisser derrière elle ? Un goût d’exceptionnel qui pourrait la faire changer d’avis ?

Samuel et Laura ne se connaissent pas encore. Pourtant ils ont déjà beaucoup en commun. Ils vont d’ailleurs se rencontrer… au crépuscule.

Une fois de plus, Philippe Besson nous entraine dans la vie de personnages tourmentés et marqués par l’absence, le manque, la mort. Nous suivons alternativement les récits de Laura et de Samuel, chacun s’exprimant pendant un ou deux chapitres avant de redonner la parole à l’autre. Le récit tient sur une seule journée, celle de l’élection de Barack Obama, et tandis que l’Amérique vit un jour historique, il ne se passe finalement pas grand chose dans le roman. Bien sûr, Samuel assiste aux funérailles de son fils et Laura a choisi ce jour pour se donner la mort, mais les événements s’enchainent sans bruit, sans passion. Il y a comme une routine inéluctable tout au long du roman. C’est d’autant plus vrai pour le récit de Laura qui vit une journée presque ordinaire. C’est sûrement pour cela que j’ai été plus emporté par celui de Samuel, ce père meurtri par la mort de son fils de dix-sept ans.

Les routes de Laura et Samuel finissent par se croiser à deux reprises pendant le roman, une première fois de façon assez anecdotique au milieu du récit et une seconde fois, plus importante, à la fin. Cette rencontre parait elle aussi inéluctable, presque artificiellement construite. C’est sans doute le principal reproche que je ferais à ce roman. J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire, mais j’ai tout de même regretté qu’il soit si prévisible, comme un exercice de style que l’auteur se serait imposé. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de reconnaitre Philippe Besson sous les traits de cet écrivain français qui fréquente le café où travaille Laura, et d’imaginer que ce roman a vu le jour dans l’esprit de l’auteur lors de son séjour aux Etats-Unis où il aurait croisé une « Laura  » et un « Samuel » et aurait alors imaginé leur vie et cette journée particulière.

Malgré ce défaut, le roman reste plaisant à lire. Philippe Besson a toujours le don de mettre des mots sur les émotions et de parler toujours aussi justement du manque, de l’absence, du deuil. C’est assez étonnant de le voir en parler dans chacun de ses romans en trouvant des situations originales et des mots différents. J’ai noté trois ou quatre passages dans celui-ci qui m’ont interpelé et m’ont fait me dire « oui, c’est exactement ça ». Sans atteindre l’émotion suscitée chez moi par En l’absence des hommes ou Un homme accidentel, ce roman trouve une nouvelle fois les mots justes.Pour cette raison au moins, ce nouveau roman complète parfaitement l’oeuvre déjà bien riche de Philippe Besson.

Une bonne raison de se tuer, Philippe Besson

Julliard, ISBN 978-2260020035

Note : ★★/☆☆☆☆☆