Les effets pervers et désespérants de la V° République

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Je vais encore partir dans un long message politique, quand je suis parti je ne m’arrête plus. Ceux que cela n’intéresse pas peuvent s’arrêter ici :-)

Qu’est-ce que ça me soûle cette V° République qui pousse les « mélenchonistes » et les « hamonistes » à passer plus de temps à s’en prendre à leurs favoris pour siphonner un électorat très proche idéologiquement et sociologiquement (n’en déplaise aux uns et aux autres), plutôt qu’à s’attaquer aux programmes des vrais adversaires. Franchement, quand je vois les messages politiques postés sur Facebook, Twitter ou ailleurs par mes amis ou contacts proches de la France Insoumise, je vois plus de trois quarts des messages s’attaquer à Benoit Hamon et ses soutiens plutôt qu’aux autres candidats. J’imagine que la réciproque est vraie. Je trouve cela désespérant.

Qu’il y ait deux candidats pour des tas de raisons, sur deux lignes différentes, soit. Je ne remets pas en cause le droit de chacun des deux à se présenter et à défendre ses positions. Je ne souhaite pas forcément une candidature unique, l’unité pour l’unité au mépris des convictions, ce mal propre à la V° République.

Mais ce n’est pas une raison pour se tromper de combat. Jean-Luc Mélenchon et Benoit Hamon sont deux rivaux dans cette élection présidentielle, c’est le jeu démocratique.

Mais l’adversaire, c’est l’ambiguïté d’Emmanuel Macron – qui appelait hier les électeurs de droite et du centre déçus par leur candidat à le rejoindre en affirmant défendre leurs valeurs (pourquoi ne s’est-il pas porter candidat aux primaires de la droite et du centre, dans ce cas ?)

L’adversaire, c’est l’immoralité de François Fillon – qui renie sa parole sur la morale publique et l’exemplarité indispensable d’un dirigeant politique, et qui défend un projet destructeur et réactionnaire.

L’adversaire, c’est encore et toujours le danger de Marine Le Pen, porte-étendard de cette extrême-droite qui sera toujours notre ennemi perpétuel. Rappelons ici les paroles prononcées par Jean-Luc Mélenchon en 2012 (?) et que je cite de mémoire : « à la fin, dans l’Histoire, cela finit toujours ainsi, quand tous les autres auront abandonné, ce sera toujours eux contre nous ».

Les enthousiastes d’aujourd’hui seront les déçus de demain

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Un contact sur Facebook a partagé un billet d’un soutien d’Emmanuel Macron visant à résumer les positions prises par son candidat dans le dernier numéro du magazine Têtu (nouvelle formule). J’ai découvert sa proposition de faciliter la reconnaissance des enfants nés par GPA à l’étranger et ses propos, puis j’ai lu ce paragraphe :

Alors que la France est ressortie profondément divisée des (trop) longs débats sur le mariage pour tous, et tandis qu’une frange agressive et conservatrice de la population française poursuit une lutte pour l’inégalité et la haine de l’autre, le candidat En Marche ! prône « une politique de la reconnaissance, de la considération » et de l’acceptation des différences. Seule une politique tenant compte du projet d’existence des individus sera à même de renforcer l’égalité en France et d’accompagner le dépassement de certains clivages.

Il faudra tout de même prendre garde à ne pas humilier les militants de la Manif pour Tous …

Blague à part (quoique …), cet entretien dans Têtu et ce billet, deux semaines après les propos polémiques sur la Manif pour Tous, est symptomatique de ce qui me « gêne » (pour ne pas dire plus) avec la candidature Macron.

 
Au-delà de mes désaccords politiques avec Emmanuel Macron, j’ai surtout du mal avec sa tendance à souffler le chaud et le froid, à ne vouloir fâcher personne en disant une chose et son contraire d’une semaine sur l’autre. Ou pour ne pas être caricatural : dire une chose et la nuancer d’une semaine sur l’autre, ce qui est peut-être pire.
 
Je comprends la méthode (électorale puis, je suppose, de gouvernement) consistant à rassembler les français de centre-gauche et de centre-droit, mais je n’ai pas encore compris quelle vision ce candidat nous propose, quelle ligne politique il souhaite mettre en oeuvre s’il est élu en mai et s’il dispose d’une majorité législative en juin.
 
Giscard avait été élu en 1974 sur cette idée de rassembler « 2 français sur 3 » en étant le candidat « central », ni-gaulliste ni-socialiste, soutenu par une partie de la jeunesse enthousiaste, mais il était porteur d’une ligne politique claire, que j’ai du mal à percevoir chez Emmanuel Macron.
 
Je sais citer facilement les mesures-phares des principaux candidats, ces mesures qui permettent de comprendre la vision de chaque candidat, mais je suis incapable de le faire pour Emmanuel Macron.
 

Nous l’avons déjà vu avec François Hollande, l’ambiguïté a un prix : les enthousiastes d’aujourd’hui seront les déçus de demain.

La plus folle de nous deux

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Je dois d’abord préciser que mon exemplaire (en version Kindle) de ce livre m’a été offert par l’éditeur par l’intermédiaire de NetGalley.fr, une plateforme qui propose de mettre en relation des éditeurs et des lecteurs dits « professionnels » (libraires, bibliothécaires, journalistes, blogueurs, etc.). L’intérêt pour le lecteur est évidemment de découvrir des livres en avant-première ou en tout cas parus récemment, et pour l’éditeur d’espérer la promotion à faible coût de ses parutions. Ceci étant dit, mon avis sur ce livre, et sur d’autres que j’aurais l’occasion de découvrir de la même façon, restera totalement objectif. Je ne suis nullement engagé auprès de l’éditeur à dire du bien du livre.

Je connais Hélène Risser, l’auteur(e) de ce roman, depuis maintenant pas mal d’années. Je l’avais découverte comme chroniqueuse dans « Arrêts sur Images », l’émission de Daniel Schneidermann, à l’époque où elle était diffusée chaque dimanche midi sur France 5. Je l’ai ensuite revue dans « Déshabillons-les », une émission de décryptage de la communication politique sur Public Sénat. Je ne connaissais par contre pas encore la romancière Hélène Risser, mais c’est avec curiosité que j’ai commencé à lire ce roman, son troisième à ce jour.

L’éditeur présente ce roman par ces quelques phrases :

Fascinée par la responsable politique Noémie Leblond, une journaliste décide de mener l’enquête. Un subtil double portrait de femmes tout en échos qui interroge la place des femmes dans la société. Rien ne semble pouvoir arrêter l’ascension politique de Noémie Leblond. Femme dans un monde d’hommes, elle domine toutes les situations – ambition, séduction, pouvoir, maternité. En pleine course pour la présidentielle, une journaliste se met à enquêter sur cet intrigant animal politique. Envahie peu à peu par une fascination qui dépasse largement les jeux et enjeux de pouvoir, elle est conduite à explorer ses propres fragilités, jusqu’à l’enfance. Jusqu’où ira-t-elle pour mener à bien cette expérience ?

Un double portrait de femmes tout en subtils échos.

Au-delà du nom de l’auteur, j’ai été attiré par ce livre car il parle de politique, un thème qui m’intéresse toujours beaucoup, même s’il n’est pas toujours traité avec subtilité dans la littérature de fiction. La première difficulté de l’exercice, c’est de faire la distinction, pour l’auteur comme pour le lecteur, entre fiction et réalité. J’ai ainsi passé un long moment à me demander quelle femme politique réelle avait servie de modèle pour le personnage de Noémie Leblond. Certains passages m’ont évoqué Nathalie Kosciusko-Morizet, d’autres m’ont fait penser à Rachida Dati. Peut-être cette façon de brouiller les pistes est-elle volontaire de la part d’Hélène Risser, mais j’aurais peut-être préféré que le personnage soit totalement imaginaire pour que je puisse m’intéresser pleinement au récit sans être perturbé par mes interrogations sur le rapport à la réalité.

La narratrice, qu’on devine être en grande partie Hélène Risser elle-même, nous parle du pouvoir et de féminité, et des liens entre les deux. Elle évoque également longuement le thème de la folie et de la psychiatrie. Le récit lui-même est intéressant, même s’il n’est pas révolutionnaire. J’ai lu les 256 pages du roman avec plaisir, sans m’ennuyer. Il y a quelques passages moins bons que d’autres, à cause du style parfois ampoulé de l’auteur qui semble parfois jouer à l’écrivain, mais sur la durée c’est une lecture plutôt plaisante.

Mon plus gros regret est que l’épilogue arrive trop vite. En parvenant à la fin du roman, j’ai pensé que celui-ci aurait pu sans problème se poursuivre sur une cinquantaine voire une centaine de pages supplémentaires. Cela aurait permis de continuer à explorer les vies de la narratrice et de Noémie Leblond et d’approfondir la relation entre les deux femmes. Dire qu’on regrette qu’un livre soit trop court pourrait sembler être le meilleur compliment qu’on puisse faire, mais en réalité cela dit beaucoup de celui-ci : il n’aborde certains sujets que superficiellement, et c’est vraiment dommage. J’ai ainsi terminé ma lecture avec une sensation d’inachevé, ce qui n’est jamais agréable.

Malgré tout, je pense garder un bon souvenir de ce roman et je vais sans doute me pencher sur les deux premiers romans d’Hélène Risser pour voir s’ils pourraient également m’intéresser.


La plus folle de nous deux, Hélène Risser

Note : ★★★☆☆


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La nuit du second tour

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Après Incident de personne que j’avais lu la semaine dernière et dont j’avais parlé ici, je me suis lancé dans la lecture d’un autre roman d’Eric Pessan : La nuit du second tour, dont j’avais entendu parler dans l’émission Le Masque et la Plume sur France Inter. Les critiques/chroniqueurs de l’émission n’étaient pas forcément emballés par ce livre, mais le thème et l’idée de départ m’ont suffisamment intrigué pour me donner envie de le lire.

Le point de départ de ce roman est porté par son titre : il se déroule la nuit suivant le second tour de l’élection présidentielle française. On devine rapidement que l’élection a été remportée par le (la) candidat(e) du parti d’extrême-droite, même si ni le candidat ni le parti ne sont nommés explicitement dans le livre.

L’auteur nous propose alors de suivre les pas et les pensées de deux personnages : David et Mina, qui formaient un couple quelques mots avant le début du récit. David, secoué par le résultat de l’élection, parcourt les rues de sa ville. Quant à Mina, elle se trouve à bord d’un cargo qui vogue vers les Antilles, puisqu’elle a choisi de fuir avant que la catastrophe électorale n’ait lieu.

Le récit n’est pas forcément passionnant, il ne se passe d’ailleurs pas grand chose de passionnant pendant cette fameuse nuit du second tour. Bien sûr, la ville que parcourt David est le cadre de manifestations spontanées, d’incendies de voitures et de pillages barbares, et Mina nous guide à travers la vie particulière sur un cargo transatlantique. Mais le récit qu’en fait l’auteur semble vouloir reléguer ces événements au second plan, au profit des pensées des deux personnages sur le mal-être individuel et sur le couple. A cela s’ajoute des tentatives de discours sur la politique, parfois un peu simpliste voire moralisateur. Finalement, entre ces deux aspects du roman, entre les réflexions existentielles et l’essai politique, l’auteur ne choisit pas vraiment et il n’est parvenu à me convaincre ni d’un côté, ni de l’autre.

J’ai tout de même retenu un extrait qui m’a bien plu :

Qui a envie de voter pour quelqu’un qui annonce d’emblée ne pas pouvoir contrer la financiarisation du monde ? Qui a envie de s’engager pour quelqu’un qui est à demi dans le renoncement ? Qui peut soutenir quelqu’un qui ne parle que de rigueur, de crise, d’austérité, dans un monde que l’on sait prospère et florissante comme jamais le monde ne l’a été ?

A force d’oublier qu’ils doivent faire rêver, les partis traditionnels ont enfanté un cauchemar.

[…]

A ceux qui protestaient, qui réclamaient des améliorations, des espoirs, on n’a jamais répondu. Les partis traditionnels ont moqué leur ingénuité et leur candeur ; ils ont dit aux gens qu’ils ne pouvaient pas comprendre, qu’ils ne réalisaient pas, qu’ils ne pouvaient pas s’imaginer. Qu’est-ce que vous croyez ? Que les solutions se trouvent sous le sabot d’un cheval ? Ceux qui gouvernent comme ceux qui voulaient gouverné ont infantilisé le mécontentement, se sont amusés des grands élans donquichottesques de ceux qui voulaient changer le monde. Ils ont dit de ne pas bouger, de ne rien faire, de se contenter de voter et de ne surtout pas venir exprimer de déception. Ils ont dit qu’il fallait participer, aider, collaborer, accompagner, promouvoir. Ils ont rabâché que les temps n’étaient plus au faste et au luxe sans jamais apporter une seule preuve.

Les partis politiques traditionnels n’ont pas su offrir un sourire, une joie, ou – à défaut – l’espoir d’une joie possible à ceux qui en avaient besoin.

J’ai traversé ce roman sans déplaisir, mais aussi sans enthousiasme, sans entrain. Il me semble que l’idée de départ avait plus de potentiel que ce qui nous est finalement proposé, et c’est là le coeur du problème selon moi : il y avait tellement plus, tellement mieux à faire avec ce livre. Je n’aime pas les déceptions, et cette lecture en est malheureusement une.


La nuit du second tour, Eric Pessan

Note : ★★★☆☆


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