L’été dernier à Syracuse

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J’ai eu l’occasion de découvrir la version française de ce roman en avant-première, la sortie officielle étant prévue début juin. C’est par l’intermédiaire de la plate-forme NetGalley.fr que l’éditeur m’a offert la version Kindle de ce livre. Je l’ai lu cette semaine, en quelques jours, le roman étant assez court.

Avant de commencer ma lecture, je ne savais pas vraiment quoi penser du résumé :

Michael et Lizzie, deux New-Yorkais respectivement écrivain et journaliste, partent pour une semaine en Italie avec Finn et sa femme Taylor accompagnés de Snow, leur fille de dix ans surprotégée et surangoissée. Lizzie l’a décidé, ils iront d’abord à Rome puis à Syracuse, sur la côte sicilienne.

Tout sépare les deux couples – milieu social, idées politiques et passions –, mais le décor idyllique fait de bons vins, de gelati et de ciel bleu devrait être celui de vacances paradisiaques. Pourtant, même loin de chez eux, les secrets du passé et les infidélités du présent refont surface. Lizzie et Finn, qui ont eu une histoire des années auparavant, flirtent à nouveau ; Michael, quant à lui, cherche le courage de dire à Lizzie qu’il veut la quitter afin de vivre au grand jour sa relation avec Kath, une jeune serveuse.

Dans un paysage inondé de soleil, les journées s’égrènent lentement. Entre désaccords et reproches, les deux couples sont mis à l’épreuve et, déjà fragilisés par le temps, se fissurent davantage. Dans une ambiance de plus en plus délétère, les mensonges sont mis au jour. Et la jeune Snow, plongée au cœur de ce quatuor dissonant, devient malgré elle le catalyseur d’un drame inévitable.

L’idée de suivre deux couples américains en vacances en Italie ne m’emballait pas vraiment, mais j’avais l’espoir que ce ne soit que le prétexte pour une critique sociale. J’espérais aussi que le changement progressif d’ambiance annoncé par le résumé soit réussi et permette de transformer le ton et les thématiques du roman. Malheureusement, j’ai été déçu. A mes yeux, le roman ne décolle jamais et le changement d’ambiance est un échec.

Je pense que la première et principale raison qui m’a empêché d’apprécier ce roman tient dans ses personnages, que j’ai tous trouvés agaçants et inintéressants. Je crois qu’il n’y en a pas un pour rattraper l’autre : ni Taylor, petite bourgeoise qui gère l’office de tourisme de Portland et dont seule la bêtise rivalise avec la superficialité ; ni son mari Finn, chef cuisinier qui passe son temps à dragouiller toutes les filles qui passent ; ni Michael, l’écrivain mythomane dont la maîtrise lui fait la surprise de le rejoindre en Italie ; ni Lizzie, l’épouse de Michael qui vit un peu dans son ombre et excuse toutes les fautes de mari. Ne parlons même pas de Snow, la fille de dix ans de Taylor et Finn, transparente au début du roman mais dont le rôle sera capital dans le récit.

Le récit, parlons-en. Il est sans surprise, malgré les tentatives de brouiller les pistes. L’auteur essaye par la construction narrative du roman de ménager un semblant de suspense, mais je crois qu’il ne m’a fallu qu’un quart du roman pour comprendre ce qui allait se passer. J’espérais que cela soit une fausse piste mais la suite m’a malheureusement donné tort.

J’ai tout de même fait l’effort de terminer ce roman, car certains éléments sont tout de même réussis. J’ai notamment apprécié la façon dont est décrite la relation entre Snow et Michael, sorte de père de substitution qui contraste avec Finn, son vrai père.

Je regrette tout de même que ces quelques réussites soient noyées dans un ensemble stéréotypé et sans surprise. Une lecture à oublier, et cela tombe bien, car il ne s’agit pas d’un livre inoubliable …


L’été dernier à Syracuse, Delia Ephron

Note : ★★☆☆☆


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Reste le chagrin

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Je continue à lire et à vous parler ici des livres que j’ai eu l’occasion de découvrir par l’intermédiaire de la plateforme NetGalley.fr. Il s’agit cette fois d’un roman de Catherine Grive, un auteur que je ne connaissais pas du tout, mais dont le résumé m’avait attiré :

En mai 1930, un paquebot quitte New York avec, à son bord, un groupe de mères et d’épouses qui vont se recueillir pour la première fois sur la tombe de leur fils, de leur mari.

Reste le chagrin est le récit de cette traversée, le premier pèlerinage des Gold Star Mothers. Ces femmes très différentes vont devoir partager leurs souvenirs, mesurer l’impact du temps sur leur douleur. Réfléchir. Quinze ans après, il n’est plus question d’honorer, de célébrer, de déplorer, mais de comprendre.

Catherine Troake est l’une de ces femmes. Son fils Alan – inspiré par la figure d’Alan Seeger, jeune poète épris de liberté – s’est engagé à dix-huit ans et est mort les premiers jours de la guerre. Catherine n’a jamais compris, jamais accepté, jamais pardonné : à elle-même, à ce fils, à ceux qui l’ont laissé s’engager. Sa colère, sa solitude ne sont pas celles des autres femmes, elle se tient à l’écart, comme elle s’est tenue à l’écart de ceux qu elle aimait toutes ces années, comme elle s’est tenue à l écart de la vérité. Mais sur le bateau, dans ce huit clos, elle ne peut maintenir cette distance : en elle quelque chose doit se briser, céder. Elle a déjà fait ce voyage New York-Cherbourg, mais c’était un autre temps et elle était une autre femme : son fils était vivant et elle voulait lui faire découvrir Paris : les deux traversées se superposent, les deux vies, l’amour le plus fou et la douleur.

Ce roman est un voyage, une traversée de l’Atlantique, en compagnie de femmes endeuillées et en particulier de l’une d’entre elles, dont on ne saurait dire si elle est plus ou moins malheureuse que ses compagnes de voyage. On comprend vite que Catherine avait un lien très fort avec son fils Alan, qu’elle l’a aimé de façon très possessive, au détriment de son époux et de ses deux filles. Déjà mère de deux filles, Catherine voulait un fils, l’a eu, puis l’a perdu. Le drame de sa vie tient dans cette phrase.

Le voyage en bateau des Etats-Unis jusqu’en France doit permettre aux mères et aux veuves de rendre hommage à leurs chers disparus et de faire leur deuil. Chacune des femmes réagit différemment au deuil et à la traversée et même si le roman est principalement centré sur le personnage de Catherine, il permet de dessiner un panorama de ses compagnes et de leurs réactions respectives face à la guerre et à la mort de leur fils ou de leur époux.

Ce livre n’est pas un pamphlet anti-militariste, il ne prend pas parti. C’est simplement un roman sur le deuil, sur la maternité, et sur le drame des mères – ou des parents – qui ont le malheur de survivre à leur enfant. A ce titre, c’est une réussite, même si j’ai regretté une écriture narrative parfois maladroite et surtout le fait que la Première Guerre Mondiale ne soit qu’un prétexte à un roman sur le deuil d’une mère. J’aime trop l’Histoire pour qu’elle ne serve que de cadre pour une histoire qui aurait pu être contemporaine. Ne vous y trompez pas, malgré ce bémol, j’ai tout de même lu ce roman avec plaisir.


Reste le chagrin, Catherine Grive

Note : ★★★☆☆


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L’immeuble Christodora

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J’ai découvert Tim Murphy et son roman « L’immeuble Christodora » grâce à la plateforme NetGalley.fr qui propose aux professionnels (bibliothécaires, libraires, etc.) et aux « rédacteurs » (journalistes, blogueurs) de découvrir gratuitement des livres pour les faire découvrir à leurs clients (pour les professionnels) ou leurs lecteurs (pour les journalistes et blogueurs). C’est ce qui explique que j’ai lu ce roman en français alors que j’ai plutôt l’habitude de lire les romans anglophones en langue originale.

Le résumé du roman par l’éditeur était prometteur :

Un roman kaléidoscopique qui retrace la vie d’un certain New York, de l’anarchie des années sida aux hipsters de demain.

New York. Milly et Jared, couple aisé animé d’ambitions artistiques, habite l’immeuble Christodora, vieux building de Greenwich Village. Les habitants du Christodora mènent une vie de bohèmes bien loin de l’embourgeoisement qui guette peu à peu le quartier. Leur voisin, Hector, vit seul. Personnage complexe, ce junkie homosexuel portoricain n’est plus que l’ombre du militant flamboyant qu’il a été dans les années quatre-vingt.

Mateo, le fils adoptif de Milly et Jared, est choyé par ses parents qui voient en lui un artiste. Mais le jeune homme, en plein questionnement sur ses origines, se rebelle contre ses parents et la bourgeoisie blanche qu’ils représentent.

Milly, Jared, Hector et Mateo, autant de vies profondément liées d’une manière que personne n’aurait pu prévoir. Dans cette ville en constante évolution, les existences de demain sont hantées par le poids du passé.

Le fait de découvrir ce roman par sa traduction française a été un vrai problème pour moi au début de ma lecture. Dès les premières pages, j’ai été perturbé par la traduction. Ce n’était que le début, je me suis dit que je verrai ce que cela donnerait sur la durée. Je crois tout de même que j’ai toujours du mal avec les traductions françaises de romans américains contemporains : les « putain » et « mec » incessants dans les dialogues sonnent faux, j’avais vraiment l’impression de lire une traduction, pas un véritable texte littéraire. Quelques pages plus tard, j’avais toujours un peu de mal avec le style, je ne savais pas si le texte original était plat ou si c’était dû à la traduction, mais je n’étais pas emballé par ce que je lisais. J’espérais toutefois que l’intérêt du récit permette de compenser.

Le récit finit à décoller et devient plus intéressant, mais le style me gênait toujours. Je ne savais toujours pas si cela venait de la traduction, mais il y a des passages que j’ai lu en ne sachant pas si je devais rire ou pleurer. Il faudrait que je retrouve ce bout de dialogue atterrant où j’ai cru entendre parler Jeremstar …

Après un début qui ne m’avait pas convaincu, j’ai commencé à apprécier ce livre. Je venais de terminer la première partie, environ un tiers du roman, qui s’achève sur un magnifique paragraphe de danse dans une boîte de nuit gay à la fin des années 1980, dans une ambiance qui mêle insouciance et inquiétude des années SIDA. J’espérais que la suite resterait sur cette lancée.

Dans le deuxième tiers, il y a un terrible chapitre sur l’enfer de l’addiction à la drogue. Je ne connais pas le sujet, je ne sais pas si c’est réaliste, mais c’est terrifiant et subliment retranscrit dans le texte. Malheureusement, il y a toujours des soucis de traduction : traduire « Cookie Monster » par « le Monstre Gâteau », c’est presque impardonnable à ce niveau-là. Malgré ces quelques problèmes de style, le récit est de plus en plus prenant.

Les deux dernières parties du livre sont certainement les meilleures, après un premier tiers lent et globalement inintéressant. La suite est bien plus réussie : on commence à s’attacher aux personnages, y compris à leurs défauts et leurs traits de personnalités que l’ont trouvait insupportables au début. Le récit s’étend du début des années 1980 à l’année 2021 mais ne respecte pas de chronologie stricte, on alterne les époques sans que cela perturbe la lecture, bien au contraire. On assiste ainsi à une sorte d’épopée de l’épidémie du SIDA, puisque derrière les histoires de famille de Milly, Jared et Mateo, c’est bien le thème principal de ce roman.

Malgré le style parfois maladroit et perturbant, je retiens de ce roman son ambition et sa capacité à raconter une saga prenante et à dresser le portrait des habitants de New-York sur trois décennies, du début de l’épidémie du SIDA jusqu’à son extinction supposée au début des années 2020. Tout n’est pas parfait dans ce roman, mais je crois que je relirai avec plaisir dans quelque temps, peut-être en VO cette fois-ci, pour découvrir le style original de l’auteur et les qualités littéraires de ce texte passionnant.


L’immeuble Christodora, Tim Murphy

Note : ★★★★☆


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Avant les hommes

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Voici l’exemple parfait d’un roman qui me faisait de l’oeil depuis des années dans les rayons des librairies ou dans les recommandations d’Amazon, et qu’après avoir lu je regrette d’avoir mis autant de temps avant de le faire. Je crois que c’est encore une critique très positive sur Goodreads qui m’a poussé à enfin acheter et lire ce livre.

Je ne connaissais pas Nina Bouraoui auparavant, j’ai découvert son style avec ce roman et je dois dire que je suis plutôt emballé. Son écriture est fluide, parfois poétique, je me suis laissé emporté par le flux et le reflux de ses phrases. Je ne sais pas si on retrouve ce style dans ses autres romans, mais il est en tout cas parfaitement adapté aux pensées lancinantes du narrateur adolescent.

Puisque je parle du narrateur, il faut sans doute que je vous dise de quoi parle ce roman. Il me semble que la quatrième de couverture le fera mieux que moi :

C’est l’histoire d’un garçon qui vit seul avec sa mère dans un petit pavillon non loin d’une cité. C’est l’histoire d’un été, saison dangereuse et violente. C’est l’histoire de Jérémie qui s’ennuie et de son obsession pour Sami. L’histoire d’une désertion aussi. Il n’y a aucun espoir amoureux dans ce livre, parce que le corps prend tout, il est invasion de tout. C’est le feu, c’est l’attente, c’est la frustration. C’est le vide et le vertige. La jeunesse est un état sauvage où tout peut arriver, tout peut se détruire, parce que tout tient sur une seule force : le désir. 

Le résumé de l’éditeur parle de frustration, de vide, de vertige. C’est exactement ce que j’ai ressenti en lisant les 89 pages de ce court roman. Tout tourne autour  du désir et des sentiments de Jérémie : le désir pour son ami Sami, et pour les garçons ou hommes en général ; les sentiments de solitude et d’abandon par sa mère hôtesse de l’air et son père absent, parti vivre dans le Sud.

La relation mère-fils est au coeur du récit, avec cette mère qui semble absente même quand elle est présente. Il me semble qu’on ne l’entend jamais s’adresser à Jérémie, ou à de très rares occasions. Il y a une distance entre eux qui transparaît parfaitement et qui renforce le sentiment de solitude exprimé par le narrateur.

L’autre sujet récurrent tout au long du roman, c’est le désir. Le désir pour Sami, cet ami dont Jérémie s’est éloigné faute de pouvoir obtenir de lui les gestes et la passion qu’il convoitait. Le désir pour les hommes en général, que ce soit pour le petit dealer qui le fournit en shit ou pour le nouveau petit ami de sa mère. L’auteur exprimé très bien ce désir obsédant ressenti par un adolescent, de surcroît homosexuel, qui fantasme sur ce qu’il ne peut toucher. Il y à la fois de la poésie et du réalisme dans l’écriture de Nina Bourauoi sur ce thème du désir, c’est saisissant.

J’ai retenu deux extraits particulièrement réussis à mes yeux :

Aimer les hommes, c’est faire le vide autour de soi parce que l’on n’est pas comme les autres, c’est franchir la frontière, c’est regagner sa liberté, c’est devenir celui qu’on a chassé. Aimes les hommes, c’est mon plus grand silence, et la plus grande guerre que je doive mener. Je veux gagner, je veux être parmi ceux qui me ressemblent.

Je tiens Sami dans ma main, l’oubli n’existe pas, et je garde le garçon de mes rêves sous ma peau comme une épine que je n’ai pas envie d’enlever.

Ce roman m’a beaucoup plu. C’est une histoire simple mais magnifiquement écrite. Cela me donne envie de lire d’autres romans de Nina Bouraoui, même si leurs thèmes me parleront peut-être moins. Je pense en tout cas jeter un œil à sa bibliographie pour voir si un de ses livres me tente. Je vous tiendrai au courant …


Avant les hommes, Nina Bouraoui

Note : ★★★★☆


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J’aime pas les filles

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Je ne suis habituellement pas un grand lecteur de littérature jeunesse, hormis quelques romans de Christophe Honoré, mais celui-ci avait attiré mon attention lorsque j’avais lu la critique flatteuse qu’en faisait un de mes contacts sur Goodreads.

Le résumé est assez classique :

Raoul est un garçon qui se sent un peu différent : sa maman est morte quand il avait quatre ans et il est le seul métis de son école. Une école où on apprend la musique. À part ça, Raoul aime plein de choses, ses copains, le foot, les glaces… mais pas les devoirs, et surtout pas les filles. Être amoureux ? Beurk ! Tout le contraire de son copain Rito qui, lui, est un vrai cœur d’artichaut. Raoul a beau être doué au piano, s’il continue à être indiscipliné et à collectionner les mauvaises notes en classe, il ne pourra jamais intégrer le Conservatoire. Heureusement, Laurent, un jeune professeur haut en couleurs le prend sous son aile et l’encourage. Avec lui, même les gammes deviennent amusantes. Et l’aide inattendue de Clémence qui, pour une fille, est plutôt sympa, va le transcender. Au piano, Raoul se dévoile et enchante le monde.

Il n’y a pas vraiment de surprise dans le récit, tout se passe globalement comme on peut l’imaginer dès le début, mais l’intérêt du livre n’est pas vraiment là. Je ne connais pas suffisamment la littérature jeunesse pour savoir si cela le distingue des romans habituels pour enfants et pré-adolescents, mais j’ai beaucoup aimé le ton très humoristique employé par le narrateur, Raoul. Il porte un regard caustique sur ceux qui l’entourent, avec parfois un brin de tendresse. J’ai aussi aimé les passages sur la relation de Raoul avec son père, et sur son rapport à sa mère disparue dont il ne garde aucun souvenir, celle-ci étant décédée quand il n’avait que quatre ans.

J’aime pas les filles est un roman court que j’ai  quasiment dévoré le temps du trajet en tramway de mon bureau à chez moi, il ne me restait plus qu’un petit quart d’heure de lecture avant de dormir pour l’achever. J’ai bien aimé, c’était drôle, charmant. Je ne pense pas que je pourrais lire uniquement ce genre de romans, mais c’est une parenthèse bienvenue et agréable après avoir lu les longs pavés de Brian Herbert et Kevin J. Anderson que constituent les préquelles de Dune.


J’aime pas les filles, Mariannick Bellot

Note : ★★★☆☆


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