« C’est pas toi qui te fait insulter aujourd’hui dans la rue »

Depuis des semaines je me tiens relativement éloigné des infos, des journaux, et des débats en tout genre depuis des semaines pour éviter de tomber sur ce déferlement de haine et d’intolérance, d’entendre ces arguments où la bêtise côtoie l’immonde. Je sais ce qui se passe, ce qui se dit. Je souhaite évidemment que cette loi soit votée, que l’égalité pour tous devienne une réalité ou du moins que l’on fasse un pas de plus vers cet idéal qui devrait être une évidence. J’admire et je respecte ceux qui se battent, qui débattent quotidiennement pour faire avancer l’égalité.

Moi je n’ai pas la force de débattre, de combattre. J’ai tout de même manifesté au mois de décembre, j’y retournerai peut-être fin janvier. Je vais continuer ainsi jusqu’à ce que la loi soit enfin votée, pour qu’on puisse passer à autre chose comme ce fut le cas après le droit de vote aux femmes, le droit à l’avortement, l’abolition de la peine de mort, le PACS, etc.

Je ne voulais pas en parler sur ce blog. Je suis incapable d’écrire un billet constructif sur le sujet et cela mérite mieux qu’un amas d’arguments passionnés. Certains ont très bien écrit sur le sujet.

Et puis je tombe ce matin sur ce statut d’un ami sur Facebook et je me dis que j’aurais pu l’écrire mot pour mot :

Oui, quand on s’oppose au mariage pour les homosexuels, on est homophobe. Vis avec ça et me fais pas chier, c’est pas toi qui te fait insulter aujourd’hui dans la rue.

Voilà, c’est un dimanche qui s’annonce difficile. Je vais aller au cinéma pour penser à autre chose.

Et ce soir en me couchant je repenserai à l’ado que j’étais, qui se sentait différent et se demandait s’il aurait le courage de vivre cette vie « différente », cette vie qu’une bonne partie de la société désapprouvait.

Je repenserai à ce garçon qui n’a pas eu ce courage, lui, qui a préféré fuir que d’affronter les regards désapprobateurs et les insultes.

Désolé pour ce billet en vrac, construit à partir d’un commentaire que j’ai écrit sur un blog et d’un message sur un forum que je fréquente régulièrement. Ca n’a ni queue ni tête, c’est sans intérêt. Je n’ai pas envie de débattre et encore moins de polémiquer. Je voulais juste rappeler que derrière les débats de société il y a des êtres humains. Il y a vos amis, vos proches, des gens que vous croisez tous les jours au bureau, dans la rue ou sur des forums. Que ces êtres humains ont des sentiments. Et que parfois, c’est dur.

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Un goûter d’anniversaire

Un goûter d'anniversaire

Publié en 2000, Un goûter d’anniversaire de l’auteur français Jean-Paul Tapie m’attendait dans ma bibliothèque depuis plusieurs années. Je l’avais sans doute acheté aux Mots à la Bouche avant de le mettre de côté et de l’oublier sur une étagère.

L’histoire avait tout pour me plaire :

Alors qu’il n’a encore jamais touché un corps d’homme, le jeune Jérôme Peyral sait déjà qu’il est homosexuel. Tout en lui le lui dit : ses loisirs, ses rêves, et surtout son attirance pour son professeur de français, le beau monsieur Langlois. Plus le temps passe et plus s’affirme sa différence. Il ne partage ni les mêmes goûts ni les mêmes plaisirs que ses camarades de classe qui trouvent en lui un souffre-douleur idéal. Le voici mis à l’écart, dénigré, ridiculisé en permanence. Même sa famille finit par le laisser tomber.

Dès lors, commence pour Jérôme Peyral le long supplice de l’humiliation en même temps que l’apprentissage douloureux de l’affirmation. Jusqu’au jour où surgit l’idée de se venger enfin de tous ceux qui l’ont persécuté. L’adolescent vulnérable décide alors de « tuer la folle en lui » et de montrer à tous qu’on ne se moque pas impunément de « Peyral-la-Pédale ».

Jérôme est évidemment un personnage attachant, auquel il est facile de s’identifier. Parmi mes lecteurs, je ne doute pas que nombreux sont ceux qui ont vécu la découverte de la différence à l’adolescence, qu’elle soit remarquée ou non par les camarades. Le roman décrit très bien les sentiments de Jérôme, avec un mélange de naïveté et de cruauté. Face à l’ignorance de ses camarades, encouragés par des adultes malveillants, Jérôme se retrouve bien seul. Mêmes ses amitiés, courtes et décevantes, le lui permette pas de rompre le sentiment de solitude et d’isolement qu’il ressent.

C’est cet isolement qui entraîne progressivement Jérôme vers la volonté de se venger de ses oppresseurs. Les cent dernières pages du roman, qui relatent cette descente aux enfers, m’ont moins plu. Le récit y est moins subtil, plus clinquant, même si cela reste agréable à lire.

Les toutes dernières pages, toutefois, concluent parfaitement cette chronique de l’homophobie ordinaire. Ce roman n’est pas un chef d’oeuvre mais le thème abordé est intéressant et bien traité. J’ai lu beaucoup de romans sur l’homosexualité, mais j’ai peu de souvenirs de livres qui parlent aussi bien de l’homophobie. Rien que pour cela, celui-ci mérite sa place dans ma bibliothèque.

Un goûter d’anniversaire, Jean-Paul Tapie

Stanké, ISBN 2-7604-0772-1

Note : ★★★/☆☆☆☆☆

Hero

Hero
Hero

Lorsque j’ai découvert le résumé de ce roman de Perry Moore, j’ai été totalement emballé. Le synopis réunit en effet des ingrédients qui ne peuvent que me plaire : un adolescent homosexuel, dont le père – ancien super-héros – est en disgrâce depuis un terrible accident, découvre qu’il possède des super-pouvoirs et rejoint une équipe de jeunes héros alors que leurs aînés sont assassinés les uns après les autres par un mystérieux assassin.

Si j’étais impatient de lire ce livre, j’étais également un peu inquiet car les super-héros ne sont pas un thème très courant dans les romans et j’avais quelques craintes sur le passage du format comics à un texte purement littéraire. Je n’ai pas été déçu. Le rythme du récit est très bien dosé, on passe de scènes d’action dignes des meilleurs comics à des moments plus intimistes sur la vie de Thom, le jeune héros. Si l’histoire n’est pas originale, elle se déroule naturellement révèle même quelques surprises : j’ai par exemple été étonné par l’identité de l’assassin. On retrouve en tout cas des éléments forts des comics : une Ligue de super-héros avec de jeunes super-héros en apprentissage sous l’oeil inquisiteur de leurs aînés, des super-vilains pathétiques. L’auteur s’est amusé à inclure de nombreuses références aux comics les plus connus : l’un des personnages est par exemple une copie quasi-conforme de Superman. Dans le même temps, il détourne aussi quelques clichés mais je n’en dis pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte.

Au-delà du roman de super-héros, c’est aussi un récit touchant sur un adolescent qui découvre sa sexualité, qui découvre aussi l’amour et essaye de se faire accepter par ses proches. C’est parfois un peu naïf mais il y a aussi des scènes plus subtiles comme le premier baiser de Thomas avec un inconnu, loin du cliché que je craignais sur le « grand amour » rencontré dès la première aventure. J’ai trouvé que la relation entre Thom et son père était traitée avec beaucoup de réalisme ; on sent l’affection qui les lie, tout en mesurant leurs différences. Sans angélisme, Hero nous présente la vie d’un jeune homo dans une Amérique qui a encore des progrès à faire en matière de tolérance. Pour ne rien gâcher, d’autres thèmes, comme la maladie et le handicap, sont également évoqués avec des personnages secondaires qui gravitent dans l’environnement du héros.

La fin du roman laisse penser qu’une suite est possible et je serais ravi de poursuivre ma découverte des aventures de Thom et de ses compagnons. Une adaptation en série TV a même été évoquée, j’espère que cela se fera !

Un coeur sauvage

Un coeur sauvage
Un coeur sauvage

Pour occuper cette longue soirée dans la chambre d’hôtel où je me retrouve pour cette nouvelle semaine en déplacement, j’ai regardé Un coeur sauvage, une pièce de théâtre de Christophe Botti, jouée au Tango et éditée en DVD en 2005 par Antiprod. J’avais déjà regardé ce DVD il y a quelques mois et j’avais envie de le revoir depuis ce week-end, je l’avais donc glissé dans ma valise pour cette semaine.

A 17 ans, Mathan trouve qu’il est douloureux d’être soi, douloureux aussi de tomber amoureux, surtout quand cet amour ne ressemble pas aux autres. Entre deux étés, aux côtés de ses amis François et Virginie, il lui faudra découvrir ses désirs, affronter l’homophobie et surmonter sa peur de ne pas être accepté tel qu’il est.

Que dire pour vous donner envie de voir cette pièce sans en raconter tout en détail ? Les dialogues manquent un peu de maturité et sonnent faux à certains moments, la mise en scène est parfois excessive et maladroite, mais la pièce est globalement drôle et touchante. C’est un portrait réussi de trois adolescents : Edouard Collin est irrésistiblement craquant dans le rôle de Mathan ; dans un autre style, Julien Alluguette est très charmant lui aussi dans celui de François ; quant à Violaine Brebion, elle incarne avec beaucoup de justesse une adolescente mi-ingénue, mi-émouvante. On  y parle de l’adolescence, de l’homosexualité et de l’homophobie, de l’amour et de l’amitié en général. Il y a des moments mignons, gentillets, d’autres sont drôles, il y a aussi des scènes très fortes. La pièce comporte également deux passages chantés : Edouard Collin n’a sans doute pas une grande voix et une technique de chant parfaite, mais on pardonne tout à cette gueule d’ange et ces passages sont finalement plutôt agréables.

Bref, je suis passé du rire à l’émotion tout au long de la pièce et j’ai passé un bon moment en la revoyant.

Juste une question d’amour

Juste une question d'amour
Juste une question d'amour

Décidément ! Peu de temps après avoir redécouvert avec plaisir la version anglaise de Queer As Folk, je continue bien involontairement un cycle sur l’histoire de l’homosexualité à la télévision avec Juste une question d’amour, un téléfilm qui a fait beaucoup pour la visibilité de l’homosexualité en France. Diffusé en prime-time par France 2 en janvier 2000, ce fut l’un des premiers téléfilms (si ce n’est le premier ?) à aborder ouvertement le thème de l’homosexualité à une heure de grande écoute et à trouver son public, avec plus de 6 millions de téléspectateurs lors de sa première diffusion.

On y suit l’histoire d’amour entre Laurent, étudiant en lycée agricole, et Cédric, son jeune maître de stage, ainsi que les relations entre Laurent et ses parents avant et après la révélation de son homosexualité. Le scénario est à la fois banal et plein de finesse, il évite les excès de bons sentiments qu’on retrouve parfois dans ce genre d’histoires, tout en abordant avec subtilité les thèmes de l’acceptation de soi, du coming-out et de l’homophobie. C’est une belle histoire, très bien servie par des comédiens de talent : le très mignon Cyrille Thouvenin dans le rôle de Laurent, le charmant Stephan Guerin Tillié dans celui de Cédric, et surtout l’excellente Eva Darlan, formidable dans le rôle d’Eva, la mère de Cédric.

Presque dix ans après sa première diffusion, ce téléfilm n’a pas pris une ride : j’ai pris beaucoup de plaisir à le revoir ce soir, j’ai été touché par l’histoire et les personnages comme la première fois. C’est un très bon film qui réussit à faire réfléchir sur des thèmes difficiles sans tomber dans la facilité. Une oeuvre à conseiller à tous les jeunes gens qui se posent des questions sur leur sexualité, et à leurs parents.