Le cas Jack Spark, saison 1 : Eté mutant

Le cas Jack Spark, saison 1 : Eté mutant

Dans la série « je regarde ou lis des trucs qui ne sont pas de mon âge » (comme Gossip Girl par exemple), mon dernier méfait est une tétralogie de romans dont je viens de lire le premier volume : Le Cas Jack Spark, saison 1 : Eté mutant.

Victor Dixen, l’auteur, a semble-t-il été victime d’une expérience traumatisante dans un parc d’attractions quand il était enfant et souffre depuis de troubles du sommeil. Cela lui a clairement servi d’inspiration pour inventer Jack Spark, le héros et narrateur de ce roman :

Jack est un adolescent de quinze ans qui souffre d’insomnie depuis sa naissance et ressent en permanence une grande fatigue. Cette année, au lieu de passer l’été avec son grand-père comme il en a l’habitude, ses parents décident de l’envoyer à Redrock, un camp de vacances dans le Colorado. Jack y fait la connaissance des autres pensionnaires et découvre vite que chacun de ses camarades souffre d’un mal particulier : Sinead, une kleptomane, et son petit frère Kevin qui est énurétique (il fait pipi au lit, en bon français) ; Josh qui vient de faire une tentative de suicide ; Ti-Jean, obsédé par la propreté, et d’autres que je ne citerai pas en détail ici. Les adolescents sont encadrés par le docteur Krampus, sa famille et plusieurs moniteurs, tous plus étranges les uns que les autres et dont les intentions à l’égard des pensionnaires ne semblent pas si bonnes que leurs parents le croyaient …

Le roman commence comme un roman classique pour adolescents (Jack tombe très vite amoureux de la belle et caractérielle Sinead …) mais bascule progressivement vers la fantasy, au fur et à mesure que Jack voit les mutations transformer son corps et qu’il prend conscience des pouvoirs qu’il est en train d’acquérir. Quoi ? Un adolescent qui voit son corps changer et qui s’inquiète ? Comme c’est original ;-) Derrière son vernis sympathique de fantasy, cela reste un roman sur l’adolescence, avec l’éveil des sentiments, du désir, et les rites de passage (le premier baiser, auquel nous avons évidemment droit ici). Pour ne pas gâcher notre plaisir, nous avons même droit à un personnage homosexuel, et c’est suffisamment bien amené pour être signalé.

L’intrigue elle-même est sympathique, sans plus. Le final est spectaculaire, comme il se doit, mais ce n’est finalement pas ce que j’ai le plus apprécié dans ce premier volume. Plus que l’histoire principale sur les élèves de Redrock et leurs drôles de tortionnaires, j’ai préféré découvrir les personnages, suivre leur évolution et leurs relations, et l’analogie entre les découvertes de Jack sur ses mutations et les problématiques classiques d’un adolescent de son âge. Tout est parfaitement résumé à la fin du dernier chapitre :

Je ne suis sûr que d’une chose : j’ai changé.

Et mes compagnons aussi. Chacun à notre manière, nous nous sommes transformés, révélés durant ces vacances. Malgré nos peurs et nos colères, en dépit de nos désirs contrariés et de nos aspirations déçues – ou peut-être grâce à eux -, nous avons grandi.

[…]

A présent que l’été s’achève, nous le pressentons, une nouvelle saison de responsabilités commence : il ne s’agit pas de nous sauver, mais de sauver le monde. Nous savons que pour nous, rien ne sera plus comme avant.

Nous ne sommes plus des enfants.

Humain ou Fé, qui peut dire quels adultes nous deviendrons ?

En attendant, nous sommes tous des mutants.

Le cas Jack Spark, saison 1 : Eté mutant, Victor Dixen

Pocket, ISBN 978-2-35013-193-1

Note : ★★★/☆☆☆☆☆

A Storm of Swords (Le Trône de Fer 6-9)

A Storm of Swords
A Storm of Swords

A Storm of Swords est le troisième volume de la saga “A Song of Ice and Fire”, publié en octobre 2000, quatre ans après le tome A Game of Thrones et moins de deux ans seulement après son prédécesseur, A Clash of Kings. Moins de deux ans seulement car George R.R. Martin, l’auteur de cette série, nous a ensuite habitué à de longues attentes : nous avons ainsi attendu cinq ans, d’octobre 2000 à novembre 2005, entre ce troisième volume et le quatrième, A Feast for Crows. Quant au prochain épisode, A Dance with Dragons, il est encore attendu comme le messie après avoir été maintes fois repoussé.

Comme pour le billet précédent, je préviens tout de suite tout de suite que ce billet risque de dévoiler des éléments majeurs des tomes précédents : j’invite donc ceux qui n’ont pas encore lu « A Game of Thrones » et « A Clash of Kings » et ont l’intention de les lire à ne pas poursuivre la lecture de ce billet.

Le récit de A Storm of Swords reprend là où il s’était interrompu à la fin de A Clash of Kings : défait à King’s Landing par l’alliance des maisons Lannister et Tyrell, Stannis Barathéon a rejoint son fief de Dragonstone ; ses forces tout comme ses prétentions au trône sont affaiblies. Plus à l’Ouest, Robb Stark continue de remporter bataille sur bataille face aux Lannister, mais il a perdu Winterfell, la siège de la maison Stark. Au Nord, de l’autre côté du Mur, une armée de « sauvages » menés par Mance Rayder se dirige vers le Mur pour envahir les Sept Royaumes. De l’autre côté de l’océan, Daenerys Targaryen continue sa quête de pouvoir pour préparer sa reconquête de Westeros.

Outre le prologue et l’épilogue qui sont respectivement relatés à travers les personnages de Chett, un membre de la Garde de Nuit, et de Ser Merrett, un chevalier de la famille Frey, A Storm of Swords comprend dix narrateurs différents :

– Lady Catelyn Stark, veuve d’Eddard Stark et mère de Robb Stark, le nouveau Roi du Nord

– Sansa Stark, fille d’Eddard et Catelyn Stark, otage de la famille Lannister à King’s Landing

– Arya Stark, fille d’Eddard et Catelyn Stark, qui a fui King’s Landing après l’exécution de son père et continue à parcourir le continent au gré de ses mésaventures avec ses différents compagnons de route

– Bran Stark, fils d’Eddard et Catelyn Stark, présumé mort après la prise de Winterfell par Theon Greyjoy mais en réalité en fuite dans le Nord en compagnie de Jojen et Meera Reed, les enfants d’un vieil ami de son fils

– Tyrion Lannister, nain défiguré lors de la bataille de King’s Landing et fils de l’homme le plus puissant du royaume, Tywin Lannister

– Jon Snow, fils illégitime d’Eddard Stark, membre de la Garde de Nuit infiltré dans l’armée de Mance Rayder au-delà du Mur

– Samwell Tarly, membre de la Garde de Nuit, disciple du Maître Aemon

– Davos Seaworth, ancien contrebandier anobli par Stannis Barathéon, et depuis son fidèle et loyal chevalier

– Daenerys Targaryen, dernière survivante de la dynastie royale, toujours en exil à l’Est

–  Jaime Lannister, fils de Tywin Lannister, membre de la Garde Royale, dit le Régicide après qu’il ait assassiné le roi Aerys lors de la Rébellion de Robert Barathéon

C’est ce dernier personnage qui a particulièrement retenu mon attention dans ce tome. Donner la parole à Jaime Lannister, présenté jusque là comme le « méchant » ultime, il fallait oser et George R.R. Martin l’a fait. Les chapitres où il s’exprime nous donnent l’occasion d’en apprendre plus sur ce personnage méprisé par beaucoup. Je dois dire que Jaime est l’un des personnages qui m’intéressait le plus dès le début de la saga, j’attendais beaucoup de ses chapitres et je n’ai pas été déçu. J’ai découvert un personnage plus complexe que les premiers volumes le laissaient paraître. Parmi les fans de la série, il y a des pro-Jaime et des anti-Jaime (qui ne lui pardonnent pas le chute de Bran dans le premier tome). Pour ma part, j’ai apprécié d’avoir sa version de l’histoire et je reconnais que le personnage me plaît beaucoup. Sans aller jusqu’à parler de rédemption, son évolution dans ce tome est tout à fait intéressante.

Evidemment, A Storm of Swords ne se résume pas aux aventures de Jaime Lannister, loin de là. Les événements majeurs qui s’y déroulent sont mémorables et bouleversent totalement l’ordre des choses, bien plus encore que les diverses batailles qui s’étaient déroulées dans A Clash of Kings. Ici, les intrigues et les trahisons sont au rendez-vous et ont une influence incroyable sur l’histoire. Difficile de ne pas être tenu en haleine du début à la fin par la richesse du récit, même si certains chapitres et certains personnages restent plus faibles que d’autres. Dans les derniers chapitres, les événements s’enchaînent à une vitesse phénoménale, devant les yeux ébahis du lecteur.

A Storm of Swords est un troisième volume absolument phénoménal par son intensité. J’ai rarement vu un auteur qui bouleverse à ce point son « univers » en un seul roman et c’est exactement ce que fait George R.R. Martin dans ce celui-ci. Là où c’est remarquable, c’est qu’il réussit à le faire avec style, crédibilité et cohérence. C’est un tome qui m’a marqué la première fois que je l’ai lu et qui ne manque pas de me remuer chaque fois que je le lis, alors que j’en connais pourtant par coeur les péripéties. C’est sans doute la marque d’un très grand roman.

A Clash of Kings (Le Trône de Fer 3-5)

A Clash of Kings
A Clash of Kings

A Clash of Kings est le deuxième volume de la saga « A Song of Ice and Fire » de George R.R. Martin. Publié en 1998, deux ans après A Game of Thrones dont j’avais déjà parlé ici, il reprend le récit là où il avait été interrompu à la fin du premier volume. Difficile de parler de ce roman sans évoquer l’histoire du premier, je préviens tout de suite que ce billet risque de dévoiler des éléments majeurs du premier roman : j’invite donc ceux qui n’ont pas encore lu A Game of Thrones et ont l’intention de le lire à ne pas poursuivre la lecture de ce billet.

Après la mort du roi Robert Barathéon et l’exécution d’Eddard Stark sur les ordres du jeune roi Joffrey, héritier de Robert mais en réalité le fruit de entre la reine Cersei et de son frère Jaime Lannister, les Sept Royaumes sont au bord de la guerre civile. Les prétendants au Trône de Fer engagent leurs forces dans la bataille et ce roman nous permet d’être en première ligne à travers le regard de plusieurs personnages :

– Tyrion Lannister, frère cadet de Cersei et Jaime Lannister, Main du Roi par interim pendant que son père Tywin Lannister mène ses troupes contre les opposants au roi Joffrey

– Catelyn Stark, née Tully, veuve d’Eddard Stark et mère de ses cinq enfants, dont Robb, le nouveau Roi du Nord

– Sansa Stark, fille de Catelyn et Eddard Stark, « fiancée » de Joffrey mais surtout otage de la famille Lannister à King’s Landing

– Arya Stark, l’autre fille de Catelyn et Eddard Stark, qui a fui King’s Landing après l’exécution de son père grâce à l’aide de Yoren, un homme de la Garde de Nuit

– Bran Stark, fils de Catelyn et Eddard Stark, héritier de Winterfell et du Royaume du Nord, Prince de Winterfell en l’absence de Robb, parti au Sud

– Jon Snow, fils bâtard d’Eddard Stark, membre de la Garde de Nuit qui protège les Sept Royaumes grâce au Mur géant qui borde le Nord

– Daenerys Targaryen, dernière survivante de l’ancienne lignée royale, exilée à l’Est, et surtout « mère » de trois dragons depuis la fin du premier volume

– Davos Seaworth, un ancien contrebandier, fait chevalier après le siège de Storm’s End par Stannis Barathéon, frère de Robert et prétendant au Trône de Fer qu’il sert loyalement depuis

– Theon Greyjoy , fils aîné de Balon Greyjoy, otage de la famille Stark depuis l’échec de la rébellion de son père contre le roi Robert il y a dix ans, et compagnon de Robb Stark

Quant au prologue, il nous permet de découvrir Stannis Barathéon et son entourage par les yeux du Maester Cressen, son vieux conseiller qui se méfie de Melisandre, une prêtresse qui gagne chaque jour en influence sur son maître, héritier légitime du Trône de Fer.

On notera que l’éventail de personnages est plus large que dans le premier volume. Même si elle reste majoritaire (cinq personnages sur les neuf narrateurs contre six sur huit dans le premier tome), la famille Stark laisse plus de place aux autres personnages. C’est sans doute l’histoire qui veut cela : puisque le royaume vit une terrible guerre civile qui divise les familles nobles, il fallait de nouveaux personnages qui suivre le récit aux quatre coins de Westeros. C’est sans doute dans ce tome que l’idée de George R.R. Martin d’avoir des chapitres avec des narrateurs différents trouve tout son sens, puisque cela nous permet de suivre la guerre au plus près de l’action et des intrigues.

C’est un vrai plaisir d’avancer dans le récit avec les yeux des différents personnages, même si tous n’ont pas le même degré d’intérêt. Mes chapitres préférés sont ceux de Tyrion Lannister, car ils nous permettent de découvrir les intrigues à la cour et la préparation de la bataille contre Stannis Barathéon, apogée d’un roman épique. J’ai particulièrement apprécié de pouvoir assister au déroulement de cette guerre civile à travers différents points de vue, ce qui permet de s’éloigner d’un manichéisme parfois trop évident. Bien sûr, la famille Stark reste présentée comme les « gentils » de l’histoire, mais comment prendre parti entre le rigide Stannis Barathéon (et l’inquiétant Melisandre qui l’accompagne) et les Lannister (représentés par la garce Cersei et le génial Tyrion) ? On retrouve là aussi la richesse et la complexité des personnages, l’un des points forts de cette saga.

Je dois dire que ce tome est à ce jour mon préféré de la série : là où A Game of Thrones était une introduction étonnante et passionnante, A Clash of Kings entre complètement et magistralement au coeur de l’histoire. C’est épique, c’est riche, c’est étonnant, c’est parfois drôle, parfois émouvant, et toujours passionnant. Un régal.

A Game of Thrones (Le Trône de Fer 1-2)

A Game of Thrones
A Game of Thrones

A Game of Thrones est le premier volume de la saga « A Song of Ice and Fire » de l’auteur américain George R.R. Martin. Paru en 1996, ce roman a apporté un peu de sang neuf et un souffle nouveau dans le monde de la fantasy. Certains y voient même une véritable révolution, je me contenterais de parler de renouvellement bienvenu et très réussi pour un genre parfois convenu et insipide.

En français, le premier tome A Game of Thrones a été traduit en deux volumes distincts intitulés « Le Trône de Fer » et « Le Donjon Rouge », c’est pourquoi j’ai sous-titré mon billet par « Le Trône de Fer 1-2 ». J’ai découvert cette saga en français, je crois avoir lu en VF les 5 premiers volumes, qui correspondent aux 2 premiers tomes en VO : A Game of Thrones dont je parle dans ce billet et A Clash of Kings que je relis actuellement et dont je parlerai ici prochainement. Depuis, j’ai recommencé ma lecture de la saga en VO et j’ai relu plusieurs fois les 4 tomes parus à ce jour : je connais donc mieux les termes VO qu’en VF, ce sont donc ceux-là que j’utiliserai dans ce billet si je ne me souviens pas de leur traduction dans la version française.

L’action de A Game of Thrones se déroule dans un monde médiéval-fantastique mais la dimension fantastique y est très discrète, au profit des intrigues entre les différentes factions qui dominent Westeros, le continent au centre du récit. Ici, pas d’elfes, d’orques ni de gobelins, mais des humains qui ne croient plus à la magie depuis la disparition des derniers dragons.

Quinze ans après la rébellion qui a mis fin au règne du roi fou Aerys II et à la domination de la dynastie Targaryen sur les Sept Royaumes, le roi Robert Barathéon fait appel à son ami d’enfance Eddard Stark, Lord de Winterfell dans le Nord, pour l’aider à gouverner son royaume après la mort de Jon Arryn, leur mentor et ancien titulaire de la fonction de Main du Roi (un rôle ingrat que l’on pourrait comparer à celui de Premier Ministre). La mort (naturelle ?) de Jon Arryn et le départ d’Eddard Stark pour King’s Landing, la capitale des Sept Royaumes sont le point de départ d’une histoire parfois surprenante et souvent passionnante.

La saga A Song of Ice and Fire a pour particularité de narrer l’histoire à travers le point de vue de différents personnages. Chaque chapitre commence en effet par le nom du personnage qui en sera le narrateur. Dans ce premier roman, on dénombre ainsi le point de vue de 9 personnages qui se partagent 73 chapitres :

– Will, un ranger de la Night’s Watch (Garde de Nuit) que l’on suit uniquement dans le prologue, qui paradoxalement est le chapitre qui contient le plus d’éléments de fantasy classique

– Eddard Stark, Lord de Winterfell, chef droit et honorable de la maison Stark qui domine l’ancien Royaume du Nord désormais intégré dans les Sept Royaumes

– Catelyn Stark, née Tully (une autre maison noble de Westeros), épouse aimante d’Eddard Stark, mère attentive de ses cinq enfants légitimes, et soeur aînée de Lysa Arryn, veuve de Jon Arryn

– Sansa Stark, fille d’Eddard et Catelyn Stark, une demoiselle tout juste âgée de treize ans qui rêve d’amour et chevalerie

– Arya Stark, l’autre fille d’Eddard et Catelyn Stark, un véritable garçon manqué, l’exact contraire de sa grande soeur Sansa

– Bran, deuxième des trois fils d’Eddard et Catelyn, un garçon de sept ans qui veut devenir chevalier et rêve d’aventure en escaladant les tours de Winterfell

– Jon Snow, fils illégitime d’Eddard Stark qui a toujours refuser de révéler l’identité de la mère de l’adolescent

– Tyrion Lannister, un nain, frère de la reine Cersei et fils de Lord Tywin Lannister (l’un des hommes les plus puissants du royaume)

– Daenerys Targaryen, seule survivante de la dynastie Targaryen avec son frère aîné Viserys, exilée dans les Cités Libres, loin de Westeros et de la haine du roi Robert Barathéon

L’alternance entre les différents personnages narrateurs présente à la fois des avantages et des inconvénients : certains chapitres sont moins intéressants que d’autres (selon ce qui s’y passe mais aussi de l’intérêt que l’on a pour tel personnage ou tel autre) mais le récit est bien construit et le suspense habilement mené, jusqu’à un final qui révèle son lot de surprises. Le scénario est très riche et les personnages ont une vraie profondeur à laquelle nous ne sommes pas forcément habitués dans les romans de fantasy.

J’ai particulièrement apprécié les intrigues à la cour entre les différentes familles proches du Trône de Fer, il est très facile de se prendre au jeu et de prendre parti pour telle ou telle faction. A ce petit jeu, je dois avouer avoir un petit faible pour la famille Lannister, de brillants intriguants qui sont un peu présentés comme les « méchants » de l’histoire, même si la notion de « gentils » et de « méchants » n’existe pas vraiment dans l’univers de George R.R. Martin : rien n’y est tout blanc ou tout noir, tout y est gris et nuancé. Hormis Tyrion et Daenerys, tous les narrateurs appartiennent au « clan » Stark, ce qui fait de cette famille les principaux protagonistes de ce roman. Dans les romans suivants, d’autres personnages n’appartenant à la maison Stark vont apparaître et nous faire découvrir d’autres points de vue comme le font déjà merveilleusement les excellents chapitres de Tyrion Lannister dans ce premier épisode.

Autre point fort de ce roman et de la série A Song of Ice and Fire : avec George R.R. Martin, aucun personnage n’est immortel, mais je n’en dis pas plus pour ne pas gâcher la surprise de celles et ceux qui voudraient découvrir ce roman après lu ce billet.

A Games of Thrones est un excellent roman, une pièce maîtresse dans la bibliothèque d’un amateur de fantasy. Ce n’est que le premier volume d’une série, encore inachevée à ce jour, qui devrait en compter sept : nombreux sont les fans qui maudissent George R.R. Martin pour l’attente insoutenable entre les tomes successifs. L’intérêt de ce premier volet, outre sa qualité intrinsèque, est évidemment de poser les fondations, solides et prometteuses, pour la suite de la saga. Je l’avais découvert il y a quelques années et j’avais été totalement emballé, le situant au niveau du Seigneur des Anneaux. Je l’ai relu trois ou quatre fois depuis et mon plaisir ne s’est pas émoussé. Si vous aimez la fantasy et que vous cherchez une oeuvre passionnante et riche, je vous conseille vivement de vous jeter sur ce roman qui sert des sentiers battus.

Twilight, la tétralogie de Stephenie Meyer

Twilight
Twilight

Twilight est une tétralogie de romans de Stephenie Meyer, populaire principalement chez les adolescentes et les jeunes femmes. Le premier roman a été adapté au cinéma fin 2008, le second le sera en novembre cette année, et nul doute que les deux derniers volumes connaîtront également une version sur grand écran. Twilight se situe dans le genre contemporain-fantastique, c’est-à-dire que l’histoire se déroule dans un univers proche de celui que nous connaissons mais dans lequel existent des créatures surnaturelles, des vampires et des loup-garous pour ne pas les nommer.

Le premier roman, Twilight, est le plus classique et le plus simple – voire simpliste – de la série. Il introduit les deux personnages principaux : Isabella (dite Bella) Swan, une lycéenne de dix-sept ans et Edward Cullen, un bellâtre aussi fascinant que mystérieux. Après le remariage de sa mère, Bella quitte le soleil de Phoenix pour les nuages de Forks, une petite ville dans l’état de Washington. C’est là qu’elle rencontre le beau Edward et son étrange famille. Après un accident qui aurait dû lui être fatal mais dont elle est miraculeusement sauvée grâce l’intervention d’Edward, Bella commence à se poser des questions sur l’étrange garçon auquel elle doit la vie. Elle découvrira finalement qu’Edward est un vampire, tout comme toute sa famille. Evidemment, l’histoire ne serait pas complète si Edward et Bella ne tombaient pas follement amoureux l’un de l’autre. Tout est donc en place pour une histoire d’amour impossible. Ajoutons à cela un méchant vampire qui contrairement à la famille Cullen se nourrit de sang humain, et vous obtenez un livre classique et sans surprise.

Le deuxième roman, New Moon, est le plus lent et le plus « décalé » de la série. Le roman commence par le départ d’Edward et de sa famille après un incident qui a failli coûter la vie de Bella. Commence alors le long et lent récit de la dépression de Bella, qui ne trouvera du réconfort qu’à travers son amitié avec Jacob, un personnage secondaire du premier tome qui gagne un rôle de premier plan à partir de ce deuxième volume. Volontairement ou non, la lenteur de ce roman colle parfaitement à l’état d’esprit de Bella, dont la vie semble figée en l’absence d’Edward. Le roman réserve tout de même son lot de surprises, la principale révélation étant que Jacob Black est un loup-garou, membre d’une « meute » chargée de protéger les hommes des dangereux vampires. Même si certains passages sont à la limite du pathétique, j’ai bien aimé ce tome que j’ai considéré comme un interlude, une lente parenthèse finalement agréable à suivre.

Le troisième roman, Eclipse, est le plus riche et le plus réussi de la série. Après un premier tome un peu naïf qui nous avait plongé dans le monde des vampires, après un deuxième volume un peu plus profond et quasi-entièrement consacré aux loup-garous, ce troisième épisode de la série met en scène l’affrontement de ces deux ennemis héréditaires, personnifié par le duel entre Edward et Jacob pour le coeur de Bella. L’histoire gagne en profondeur, même si cela reste relatif, Twilight restant une série dédiée principalement aux adolescentes. C’est peut-être mon roman préféré de la tétralogie, parce qu’il utilise parfaitement les mythes autour des vampires et des loup-garous et l’antagonisme entre ces deux « familles », mais aussi parce que les personnages gagnent en complexité, qu’ils deviennent paradoxalement plus humains au fur et à mesure que le surnaturel prend le pas sur les histoires de lycéens du premier volume.

Le quatrième et dernier roman, Breaking Dawn, est le plus spectaculaire et le plus haletant de la série. Il est découpé entre trois grandes parties : la deuxième a la particularité d’avoir Jacob Black comme narrateur (on sent que l’auteur s’est fait plaisir en faisant ainsi parler un personnage dont on suppose qu’elle l’apprécie beaucoup), la première et la troisième étant relatées par Bella, comme les autres romans. L’histoire s’emballe et prend de l’ampleur. L’intensité et le suspense montent progressivement tout au long du roman, avant un dénouement plus touchant que je l’aurais cru. C’est parfois un peu brouillon, notamment à cause de la multitude de personnages qui font leur apparition dans la troisième partie, mais ce dernier roman est plutôt agréable à lire. C’est une conclusion épique, peut-être un peu bâclée, d’une saga globalement sympathique malgré quelques défauts.

Des défauts, il y en a. Le principal étant le côté moralisateur de l’histoire et de l’auteur. Tout au long de la saga, le thème du sexe et de l’abstinence est abordé de façon plus ou moins « métaphorique » avec la soif de sang des vampires et la tentation d’Edward face à Bella. C’est marrant la première fois, lassant les deuxième et troisième fois, et carrément lourd et insistant les fois suivantes … Cela ressemble trop à un plaidoyer pour l’abstinence jusqu’au mariage, et vous comprendrez aisément que ce n’est pas un thème très porteur pour moi :-)

Globalement, la saga Twilight a les défauts de ses qualités : c’est une oeuvre destinée au grand public, donc suffisamment généraliste pour être accessible par n’importe qui. J’aurais apprécié que la mythologie autour des vampires et des loup-garous soit explorée plus en profondeur, au détriment de la romance parfois sirupeuse entre Bella et Edward, dont on aura vite compris qu’ils sont faits l’un pour l’autre, sans que cela soit nécessaire d’être répété vingt fois par tome. Il faut donc lire cette saga sans a priori, sans s’attendre à découvrir un chef d’oeuvre, en accepter les défauts et espérer prendre un peu de plaisir. Malgré mes idées préconçues sur cette série, j’ai réussi à en voir le bout et à en garder quelques bons souvenirs.