Jessica Jones (saison 1)

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Après Daredevil dont j’ai parlé récemment ici, Netflix a poursuivi son tour d’horizon adaptations des super-héros Marvel en séries TV avec Jessica Jones. Les 13 épisodes de la première saison ont été mis en ligne en novembre 2015. Pour ma part, je les ai regardés cet automne, entre les deux saisons de Daredevil, pour respecter l’ordre de diffusion par Netflix.

Contrairement à Daredevil dont je connaissais le concept de super-héros avocat et aveugle, j’ignorais tout de Jessica Jones. C’est une super-héroïne que je n’ai jamais vu dans aucun comics que j’ai lu, je ne connaissais même pas la nature de ses « super-pouvoirs » avant de regarder la série. J’ai donc abordé la série totalement vierge de tout préjugé sur le personnage et sur l’intrigue.

J’ai découvert au début de la série que Jessica Jones (incarnée par Krysten Ritter) est dotée d’une force surhumaine, et compte-tenu de la banalité de ce pouvoir, j’aurais pu me désintéresser rapidement de la série si son héroïne n’était pas un personnage passionnant. Si elle est très forte physiquement, Jessica Jones est également traumatisée par un événement de son passé. Quand la première saison débute, Jessica est à la limite de la dépression, elle noie ses angoisses dans l’alcool, et son métier de détective privé ne lui réussit que moyennement. La série aborde avec beaucoup de talent les thèmes du viol, des agressions sexuelles, et du syndrome de stress post-traumatique. C’est finement écrit, et parfaitement mis en scène sans aucun racolage, bien au contraire. L’horreur est suggérée, jamais montrée.

L’autre élément qui m’a plu dès le début de la série, c’est l’ambiance sombre, et la lenteur volontaire du récit dans les premiers épisodes. On se croirait dans un roman noir, avec une atmosphère pesante et poisseuse. J’ai trouvé ça très original pour une série de super-héros, on s’éloigne ainsi beaucoup du kitch de certaines séries ou de certains films adaptés de comics. Il y a la noirceur d’un film comme The Dark Knight, mais aussi un rythme lancinant qui convient parfaitement au personnage de Jessica Jones et à l’état psychologique dans lequel on la découvre au début de la série.

La première saison tourne essentiellement autour du traumatisme subi par Jessica et par son tortionnaire, incarné par l’excellent David Tennant. Même s’il restera toujours à mes yeux le génial 10ème Docteur de Doctor Who, David Tennant interprète magistralement le rôle de l’ennemi de Jessica Jones, un personnage tour à tour fascinant, inquiétant et émouvant. La qualité de la série repose beaucoup sur la relation entre lui et Jessica, parfaitement interprétés par les deux acteurs.

Les premiers épisodes sont très réussis, mais la suite de la saison a tendance à se perdre dans ses intrigues moins intéressantes sur certains personnages secondaires. J’ai eu l’impression que les scénaristes tentaient de tirer la saison en longueur pour atteindre les 13 épisodes commandés par Netflix, et cela se ressent. Le coeur de la saison, c’est l’opposition et la relation entre Jessica et son tortionnaire, et les autres intrigues ne sont pas parvenues à me passionner autant. Heureusement, la fin de saison retrouve la qualité des premiers épisodes, même si le style est différent, plus spectaculaire et moins sombre.

Je garde en tout cas un excellent souvenir de cette première saison. Je sais déjà que je suivrai avec plaisir la deuxième saison, annoncée pour 2018 au plus tôt, en espérant qu’elle soit aussi bonne, voire meilleure, que celle-ci.


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Peur de l’échec

Quelques extraits des paroles de cette superbe chanson d’Orelsan.

Tous les jours je fais l’acteur, je fais semblant

Je maquille la peur en plaisantant

Je perds mon temps à me poser des questions au lieu d’agir

J’ai peur de la dépression, j’ai peur de l’avenir et ses déceptions

Plus je grandis, plus le temps passe et plus je suis déçu

Sous l’emprise de l’angoisse des futurs blessures

Plus je me cherche des excuses, plus je m’enlise

Je m’enivre de négativité, et je me sens vivre

Souvent, j’ai peur de l’ennui

J’ai peur d’avoir aucune raison de me plaindre

Pourtant je me sens triste tout le temps, je me sens vide

J’ai peur d’être normal, d’être moyen, ni trop mal ni trop bien

Je crois que je sers à rien …

J’ai peur de mes proches parce qu’ils connaissent mes faiblesses

Mes talons d’Achille, ils savent à quel point mes fondations sont fragiles

Ils me font confiance pour l’instant mais quand je les décevrais, ils seront près de moi, prêt à frapper les premiers

J’ai peur que mes parents me détestent

Depuis que j’ai treize ans je régresse, je les blesse, je les stresse

Je délaisse ce qu’ils m’ont appris pour faire que de la merde

Comme si je valais mieux que mon père, comme si je valais mieux que ma mère

J’ai peur d’être attiré par le néant

Je me sens tellement bien dans la noirceur, je me sens dans mon élément

J’ai comme envie de sauter dans le vide

De me passer la corde au cou, de me noyer

De m’entailler les veines du coude au poignet

J’ai comme envie de me mettre une balle dans le crâne

Mais j’ai pas de flingue

Regarde moi dans les yeux, tu comprendras que je suis qu’une baltringue

Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.

Drôle d’année

Je disais récemment que j’étais impatient que l’année 2010 prenne fin, que cela avait été une drôle d’année. Je n’aime habituellement pas les bilans de fin d’année, sorte d’exercice imposé d’auto-congratulation et/ou auto-flagellation sur les douze mois passés et de promesses vite rompues pour l’année qui commence. 2010 a pourtant été suffisamment différente pour que je me permette de revenir brièvement dessus.

2010 a été une année contrastée, bien plus encore que les précédentes. L’année a très mal commencé, avec une longue et grosse période de déprime qui m’a posé pas mal de soucis dans le cadre professionnel – à moins que ce ne soit l’inverse. J’ai encore beaucoup de mal à en parler, sûrement parce que je me sens toujours honteux d’avoir connu cette faiblesse, d’avoir baissé les bras devant des obstacles qui m’ont fait trop peur. Ce n’est pas facile d’atteindre ses limites et de l’admettre. Après plusieurs années de réussite, j’ai connu un vrai coup d’arrêt. J’ai déjà expliqué ici pourquoi je me mets une telle pression pour réussir, pour faire aussi bien – ou mieux – que les autres. Cette année, la pression était trop forte : j’ai chuté , violemment, douloureusement.

Se relever n’a pas été facile. J’ai été soutenu : par mes proches, par les collègues auxquels j’ai pu en parler, par ma hiérarchie qui a su m’écouter et m’aider à repartir de l’avant. Le deuxième semestre s’est nettement mieux passé. La confiance revient, progressivement. Les résultats sont là, cela aide. Tout n’est pas rose bien sûr, j’ai de toute façon appris à connaitre mes limites, mais je suis plus serein. Cet épisode douloureux m’a au moins servi, j’ai appris à relativiser, à être moins exigent vis-à-vis de moi-même, à voir les réussites et les progrès pour ce qu’ils sont : un pas de plus dans la bonne direction, une étape de plus.

Tous ces progrès, je les ai également fait sur un plan plus personnel. J’ai su surmonter ma timidité pour faire des rencontres sympathiques ; je sors peu à peu de ma coquille, même si le chemin est encore long. Je ne citerai pas ici ceux avec qui j’ai passé d’agréables moments cette année, ils se reconnaitront facilement.

2010, c’est aussi, en vrac :

Des restaurants en amoureux ou entre amis,

Des brunchs,

Des cafés, des bars,

Des soirées (trop rares) au Tango.

Des concerts :

Depeche Mode à Bercy, Oldelaf & Monsieur D à l’Olympia,

Les Cowboys Fringants au Casino de Paris, l’inoubliable Dorothée à l’Olympia,

Beat Assailant, LCD Sound System et les Scissor Sisters au Bataclan,

Les Fatals Picards à l’Alhambra.

Des films vus au cinéma  ou (re-)découverts en DVD :

Nés en 68, Une petite zone de turbulences,

ComplicesLe Refuge,

Were the World Mine, J’ai tué ma mère,

A Single Man500 jours ensemble,

5×2Dragons, Toy Story 3,

Les amours imaginaires, Scott Pilgrim vs. the World,

et bien sûr la première partie d’Harry Potter et les reliques de la mort

Des livres lus ou relus :

Surveillant de David von Grafenberg, Deux sans barreur de Dirk Kurbjuweit,

Ma deuxième peau d’Erwin Mortier, Les jours fragiles de Philippe Besson,

La chambre d’ami d’Yves Dangerfield, L’empire de la morale de Christophe Donner,

Se résoudre aux adieux de Philippe Besson, Hero de Perry Moore,

Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer, A mon coeur défendant de Thibaut de Saint Pol,

Le journal intime de Benjamin Lorca d’Arnaud Cathrine, Une voix dans la nuit d’Armistead Maupin,

Un ange est passé de Frank Ronan, Un jour cette douleur te servira de Peter Cameron,

Le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon,

L’origine de la violence de Fabrice Humbert.

L’année 2011 commence aujourd’hui. Je ne prends qu’une seule résolution : tout faire pour me libérer un peu plus.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une très heureux année ! A bientôt, ici ou ailleurs.

Un jour cette douleur te servira

Un jour cette douleur te servira

J’avais découvert l’auteur américain Peter Cameron avec Année bissextile, un roman sympathique sur des relations amoureuses à la fin des années 80. De cet auteur, il me semble également avoir lu Week-end, qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, et Au beau milieu des choses, un recueuil de nouvelles dont j’avais brièvement parlé ici-même au début de l’année. De ces trois livres, j’avais gardé un souvenir agréable mais insuffisant pour placer Peter Cameron parmi mes auteurs préférés. Je le considérais jusque là comme un bon écrivain, capable de proposer des romans de qualité honnête mais qui n’avaient rien d’exceptionnel.

L’exceptionnel est finalement arrivé avec ce roman dont le titre, déjà, m’a tout de suite plu : Un jour cette douleur te servira. Le résumé, lui aussi, m’a fait espérer le meilleur de ce livre :

James Sveck, un New-Yorkais de dix-huit ans, ne se sent en phase ni avec son époque, ni avec son âge et refuse catégoriquement d’entrer à l’université. A l’en croire, seuls le chien et son exquise grande mère le comprennent et l’idée d’acheter une maison au beau milieu de nulle part pour y vivre avec ses livres lui semble la meilleure qui soit.

Sa mère, abonnée au divorce, son père, débordé d’importance et sa sœur, préoccupée par son amant, tentent de le raisonner. En vain. James est donc sommé de se rendre chez un psychiatre ; mais c’est dans la galerie d’art extrêmement contemporain tenue par sa mère que les tourments du jeune homme trouveront nom et résolution.

La double promesse, du titre et du résumé, est largement tenue. J’ai été pris aux tripes par ce roman, où il ne se passe finalement pas grand chose d’exceptionnel mais qui m’a profondément interpellé.

James, le narrateur, est un personnage unique et très touchant. Je m’y suis reconnu en partie, et j’y ai reconnu des proches, passés ou présents ; ceci explique sans doute en grande partie que ce roman m’ait touché à ce point. Tout au long du récit, du haut de ses dix-huit ans et avec un mélange de sagesse, de naïveté, de cynisme, et de désespoir, il nous entraîne dans ses pensées et nous livre ses réflexions sur le monde, sur la société, et sur ses difficultés à y trouver sa place.

Ce roman nous présente ainsi un personnage perdu et malheureux sans en comprendre la raison. C’est un adolescent qui ne sait pas ce qu’il veut faire de sa vie, et qui ne sait même plus s’il veut continuer à vivre. Ses rencontres avec le psychiatre, qui donnent lieu à de terribles duels verbaux, sont passionnantes mais ne livrent pas de secret phénoménal qui expliquerait le comportement de James.

Vous l’aurez compris, ce roman m’a beaucoup plu et risque de me marquer pendant un moment. Je crois que j’aurai plaisir à le relire dans quelques mois, pour voir si une deuxième lecture me fera le même effet.

Un jour cette douleur te servira, Peter Cameron

Rivages, ISBN 978-2-7436-2078-3

Note : ★★★★/☆☆☆☆☆

Le journal intime de Benjamin Lorca

Le journal intime de Benjamin Lorca

Je ne connaissais absolument pas Arnaud Cathrine avant de tomber par hasard sur son roman Le journal intime de Benjamin Lorca sur le présentoir de mon libraire préféré. Le résumé au dos du bouquin m’ayant plu, je l’ai acheté sans trop me poser de question, sur un coup de tête, comme je le fais souvent quand il est question de littérature.

Pour évoquer la mémoire de l’écrivain Benjamin Lorca, deux amis, un frère et une ex-compagne prennent successivement la parole. Quatre voix qui se complètent ou se diffractent, à rebours des quinze années qui nous séparent de sa mort tragique. La découverte d’un journal intime que le disparu a laissé derrière lui ravive en eux la tentation de saisir enfin cet être si fuyant, égaré, insaisissable. Les quatre narrateurs trouveront-ils une quelconque révélation dans ces écrits jamais publiés? L’envers d’une personnalité, la face cachée de Benjamin? Tous ne prendront pas la même décision – trahir ou non cette intimité posthume – mais chacun découvrira en chemin quelques vérités sur lui-même, plus ou moins apaisantes.

Benjamin Lorca, l’écrivain fictif qui donne son nom à ce roman, s’est suicidé en mai 1992. La structure du roman est originale : quatre de ses proches se succèdent pour nous parler de Benjamin, de sa vie, de sa mort, et de leur vie après sa disparition, chaque témoignage se situant de plus en plus loin dans le temps, et donc de plus en plus proche du suicide de Benjamin Lorca.

– 15 ans après : Edouard, éditeur et ancien ami de Benjamin pour lequel il ressent(ait) des sentiments, tente de récupérer le journal intime que celui-ci tenait depuis l’âge de vingt ans, moins pour le publier que pour savoir s’il y apparaît – et ce que l’écrivain y dit de lui.

– 10 ans après : Martin, fils cadet de Benjamin dans l’ombre duquel il a toujours vécu, se souvient de la dernière visite de son frère dans la maison familiale, quelques semaines avec qu’il ne se donne la mort.

– 5 ans après : Ronan, comédien, auteur de théâtre, et « frère spirituel » de l’écrivain, fait la tournée des bars avec un vieil ami de Benjamin, rencontre par hasard Edouard, et se remémore la visite de Martin après la mort de son frère.

– Après : Ninon, ancienne compagne de Benjamin dont elle était restée très proche après leur séparation, nous raconte les jours qui ont suivi la mort de Benjamin et sa décision de lire – ou pas – le journal intime qu’il lui a confié.

Ce roman nous présente quatre personnages, quatre époques, quatre tentatives de faire le deuil d’un ami ou d’un frère, quatre souvenirs d’un homme entouré mais suffisamment seul pour mettre fin à ses jours.

C’est un très bon roman qui m’a « tenu » du début à la fin. L’écriture est agréable et fine, j’y ai retrouvé un côté Philippe Besson avec cette capacité à trouver des mots simples et justes pour décrire les sentiments : la nostalgie, la jalousie, la culpabilité, le choc, le chagrin, les regrets, le tout autour des thèmes du deuil et du suicide. Ce livre m’a donné envie de découvrir les autres romans d’Arnaud Cathrine en espérant y retrouver d’autres émotions avec la même finesse.

Le journal intime de Benjamin Lorca, Arnaud Cathrine

Verticales, ISBN 978-2-07-012824-2

Note : ★★★★/☆☆☆☆☆