The World at War

The World at War

The World at War est une série documentaire produite par Jeremy Isaacs diffusée par la chaîne britannique ITV entre le 31 octobre 1973 et le 8 mai 1974. Tout au long des 26 épisodes d’environ 50 minutes qui la composent, cette série nous raconte la Seconde Guerre Mondiale à travers une narration du célèbre acteur britannique Laurence Olivier, d’images d’archives et de témoignages d’anonymes et de personnalités connues ayant vécu cette période tragique de l’histoire européenne et mondiale.

La structure de la série est mi-chronologique, mi-thématique. Les épisodes suivent globalement la chronologie de la guerre mais chacun est consacré à un thème ou une zone de combat en particulier. Pour vous faire une idée, voici le titre de chacun des 26 épisodes, chacun étant suffisamment explicite pour comprendre le thème qui y est abordé :

  1. A New Germany (1933-1939)
  2. Distant War (September 1939 – May 1940)
  3. France Falls (September 1939 – June 1940)
  4. Alone (May 1940 – May 1941)
  5. Barbarossa (June – December 1941)
  6. Banzai!: Japan (1931–1942)
  7. On Our Way: U.S.A. (1939–1942)
  8. The Desert: North Africa (1940–1943)
  9. Stalingrad (June 1942 – February 1943)
  10. Wolf Pack: U-Boats in the Atlantic (1939–1944)
  11. Red Star: The Soviet Union (1941–1943)
  12. Whirlwind: Bombing Germany (September 1939 – April 1944)
  13. Tough Old Gut: Italy (November 1942 – June 1944)
  14. It’s A Lovely Day Tomorrow: Burma (1942–1944)
  15. Home Fires: Britain (1940–1944)
  16. Inside the Reich: Germany (1940–1944)
  17. Morning (June – August 1944)
  18. Occupation: Holland (1940–1944)
  19. Pincers (August 1944 – March 1945)
  20. Genocide (1941-1945)
  21. Nemesis: Germany (February – May 1945)
  22. Japan (1941–1945)
  23. Pacific (February 1942 – July 1945)
  24. The Bomb (February – September 1945)
  25. Reckoning (April 1945)
  26. Remember

Ce découpage en 26 épisodes permet d’avoir un panorama très riche et un récit détaillé de la guerre, illustrés par des images d’archives rares (ou en tout cas que je ne me souvenais pas avoir déjà vues) et par des témoignages parfois très forts d’anonymes ou de personnalités connues. Parmi les anonymes, je me souviens encore de cette femme allemande qui regrette encore, trente ans après, de n’avoir pas suffisamment aidé un couple juif qu’elle n’avait pu hébergé que 2 jours, avant qu’ils ne soient arrêtés par les autorités du Reich. Quant aux personnalités connues, je retiens les témoignages d’Albert Speer et Karl Dönitz, deux participants très hauts placés du Troisième Reich, ainsi que Traudl Junge, la secrétaire d’Adolf Hitler, bien avant qu’elle ne témoigne dans le film « La Chute ». Dans tous les cas, il s’agit de témoignages passionnants. Je me suis fait la remarque à plusieurs reprises en regardant cette série que c’était une véritable bénédiction qu’elle ait été réalisée dans les années 1970 pour que nous puissions disposer des témoignages de celles et ceux qui ont vécu la guerre, la plupart ayant depuis disparu. La portée historique de leur témoignage me semble aujourd’hui inestimable.

Avec presque 22 heures d’images, j’ai évidemment appris beaucoup de choses sur la guerre, son déroulement, sur les tactiques et les technologies utilisées (notamment avec les sous-marins et l’aviation), mais aussi sur la vie des civils dans les différents pays pendant la guerre. L’épisode sur l’occupation allemande aux Pays-Bas est particulièrement intéressant et mérite d’être mis en parallèle avec ce que nous savons sur l’occupation allemande en France. La série m’a également permis d’en apprendre plus sur la guerre dans le Pacifique, dont je savais finalement peu de choses tant nos cours d’Histoire au lycée se concentraient sur la guerre en Europe et ne parlaient de celle dans le Pacifique qu’à travers son déclenchement (Pearl Harbour) et son dénouement (la bombe atomique sur Hiroshoma et Nagasaki). De la même façon, j’ai apprécié d’en apprendre plus sur la vie en Allemagne pendant la guerre, dans l’épisode « Inside the Reich : Germany » qui donne la parole à des allemands « plus ou moins résistants » pendant la guerre. Quant à l’inévitable et indispensable épisode sur la Shoah, intitulé « Genocide », il comporte des images parfois difficiles à regarder mais constitue à mes yeux l’un des documentaires les plus réussis et les plus forts sur l’enfer des camps de concentration.

La multitude de témoignages, sans jugement primaire du narrateur, apporte à ce documentaire un point de vue aussi neutre que possible. L’horreur nazie est évidemment condamnée, mais sur un autre plan j’ai apprécié que les commentaires ne soient ni totalement pro-occidentaux, ni angéliques sur la Russie de Staline, ce qui est d’autant plus louable pour un documentaire produit en pleine guerre froide. Les motivations, et les hypocrisies, des Etats-Unis et de l’URSS y sont décrites sans camouflage. Ce recul n’empêche cependant pas la série de rendre hommage aux soldats et aux civils, qui ont traversé la guerre pour défendre les valeurs de la liberté contre les dictatures de l’Axe.

Il ne m’a fallu que trois semaines pour regarder les 26 épisodes de cette série, et j’ai été passionné de bout en bout. C’est certainement la série documentaire de référence sur la Seconde Guerre Mondiale. Tous les épisodes ne se valent pas : certains sont passionnants d’un point de vue historique, d’autres sont très forts humainement ; d’autres, enfin, semblent plus dispensables. Mais l’ensemble est un récit très complet, instructif, éclairant, et émouvant sur cette période tragique. Bien sûr, regarder 26 épisodes de 50 minutes représente un investissement conséquent en temps, mais je crois que cela en vaut vraiment le coup si on est intéressé par l’Histoire.


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Histoire de l’Allemagne, des origines à nos jours

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« Histoire de l’Allemagne, des origines à nos jours » : le titre donne tout de suite le ton ; ce livre est une oeuvre ambitieuse, dont laquelle l’historien française d’origine allemande Joseph Rovan propose de retracer l’histoire de la nation allemande depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui, ou plus précisément jusqu’en 1999, date de la publication de ce livre, moins de dix ans après la réunification allemande.

Ce livre est passionnant pour quelqu’un comme moi dont le coeur est à moitié allemand et de surcroit passionné par l’Histoire. Le premier atout de ce livre, c’est que contrairement à bien d’autres livres sur l’Histoire allemande, il ne consacre pas un tiers de ses pages à Bismarck, un autre tiers à Hitler et au Troisième Reich, et le troisième tiers au Mur de Berlin et à la séparation entre la RFA et la RDA. L’ampleur de ce livre est bien plus grande, plus ambitieuse. Pour donner une idée, je peux me contenter de dire que Bismarck n’est évoqué qu’à partir du seizième chapitre, après plus de 500 pages sur les 950 que comptent le livre.

Avant cela, nous avons le droit au récit – passionnant – de la constitution de la nation allemande, à la destinée des premiers empereurs, à la Réforme de Luther et à la guerre de religions qui a ensuite dévasté l’Allemagne et réduit sa population de moitié, au règne de Frédéric le Grand, aux conséquences de la Révolution Française sur l’Allemagne. Ensuite, seulement, après tous ces épisodes aussi importants et constitutifs de la nation allemande que les suivants, nous suivons l’avènement du nouvel Empire allemand inspiré par Bismarck, la Première Guerre Mondiale, la République de Weimar, l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler, la tragédie du Troisième Reich et de la Seconde Guerre Mondiale, le « partage » de l’Allemagne vaincue entre les anciens Alliés occidentaux et soviétiques, et enfin la chute du Mur de Berlin et la réunification.

Tout n’est pas parfait dans ce livre, mais la perfection est certainement impossible pour une oeuvre de cette ambition et de cette ampleur. Dans la dernière partie du livre, sur la seconde partie du XXème siècle, l’auteur amène son propos vers un moralisme catholique et un anti-communisme (voire un anti-gauchisme) quasiment primaire qui m’ont gênés. Cela n’enlève cependant rien à l’intérêt immense de ce livre, que je recommande à tous ceux qui s’intéressent à l’Histoire en général, et en particulier à celle de l’Allemagne.

Lectures (en vrac)

J’ai lu récemment plusieurs livres qui m’ont plus ou moins marqué et je n’en ai pas parlé ici. Je vais essayer aujourd’hui de rattraper mon retard, car certaines lectures valent vraiment le coup d’être évoquées.

Tout d’abord, Histoire d’un allemand de Sebastian Haffner. Jeune magistrat stagiaire à Berlin, l’auteur a vécu de près la montée du nazisme avant de s’exiler quelques mois avant le début de la Seconde Guerre Mondiale. Après avoir vécu seize ans en Angleterre, il est rentré en Allemagne en 1954 où il poursuivit sa nouvelle carrière de journaliste et d’historien. Dans ce récit autobiographique, Sebastian Haffner nous raconter son enfance pendant la Première Guerre Mondiale, son adolescence sous la République de Weimar et ses débuts dans la vie active sous le nouveau régime nazi. Sans concession pour ses compatriotes et pour lui-même, il tente d’expliquer comment l’Allemagne s’est donnée aux nazis. C’est un témoignage, personnel, éclairé et sans angélisme, sur la naissance du Troisième Reich. J’ai trouvé cela passionnant et différent de toute la littérature déjà vue et lue sur cette période. A lire pour ceux qui s’intéressent à cette époque sombre de l’Histoire.

Ensuite, Olivier de Jérôme Garcin. Journaliste quinquagénaire, il s’adresse dans ce roman à Olivier, son frère jumeau décédé à l’âge de six ans. Il nous raconte la perte et la vie sans son « double » auquel il s’adresse directement tout au long du livre. Je n’ai pas particulièrement accroché au style de l’auteur, qui a parfois tendance à s’écouter parler (ou plutôt écrire, mais l’ensemble est touchant. Cela en fait un roman pas tout à fait inoubliable mais suffisamment marquant pour que j’ai envie de le relire dans quelques mois ou quelques années. C’est déjà un bon signe.

J’ai poursuivi avec La septième vague, de Daniel Glattauer. Il s’agit de la suite, un peu laborieuse et bien moins intéressante, de Quand vient le vent du nord. L’auteur surfe sur le succès du premier roman pour nous proposer une suite qui se lit facilement mais surprend moins que le précédent. Leo et Emmi reprennent leurs échanges épistolaires et poursuivent leur drôle d’histoire entamée dans le premier volet. C’est sans surprise, souvent prévisible, parfois carrément ennuyant, et globalement sans vraiment de saveur. Un bon divertissement, sans plus.

Enfin, je viens de terminer Le tombeau de Tommy, d’Alain Blottière. Peut-être ma révélation depuis le début de l’année. Un très bon souvenir en tout cas. Nous y suivons un double récit : celui de la vie du jeune Thomas Elek, dit Tommy, lycéen, juif hongrois, jeune résistant et membre du groupe Manouchian ; et celui du tournage d’un film sur Tommy, dont les traits sont interprétés par Gabriel, un jeune lycéen parisien qui va être fasciné par le jeune homme qu’il doit incarner devant la caméra. Le narrateur, réalisateur du film, va s’attacher à Gabriel et assister à sa descente aux enfers sans pouvoir – ou vouloir ? – intervenir. Si le récit contemporain est intéressant et donne du reflet au reste, c’est surtout le destin de Thomas Elek qui m’a marqué. Bien moins connu qu’un Guy Môquet dont nous avons beaucoup entendu parler ces dernières années, « Tommy » reste un personnage incroyable et mémorable. Comme ce livre, sublime.

L’Origine de la violence

L’Origine de la violence est le troisième roman de Fabrice Humbert, également auteur de Autoportraits en noir et blanc en 2001 et de Biographie d’un inconnu en 2008. Je n’ai pas lu ses deux premiers romans mais la quatrième de couverture de celui-ci m’a tout de suite attiré :

Lors d’un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d’un détenu dont la ressemblance avec son propre père le stupéfie et ne cesse de l’obséder. Ce prisonnier, David Wagner, est en fait son véritable grand-père. Peu à peu se met en place l’autre famille, la branche cachée, celle dont personne chez les Fabre n’évoque l’existence … Au cours de sa quête, le jeune homme comprend qu’en remontant à l’origine de la violence, c’est sa propre violence qu’on finit par rencontrer …

Mon intérêt pour l’Allemagne n’est pas un secret pour ceux qui me connaissent un peu. Comme le narrateur de ce roman, j’ai une certaine fascination pour l’histoire de ce pays et en particulier pour ses années sombres, avec en toile de fond cette interrogation qui reste sans réponse : comment une nation civilisée peut-elle sombrer ainsi dans l’horreur ? C’est l’une des questions auxquelles Fabrice Humbert tente de répondre dans ce roman. Ce n’est pas, toutefois, le seul sujet de ce livre étonnant.

En alternant le récit du narrateur sur sa vie présente et celle de son grand-père et de ses contemporains, Fabrice Humbert nous parle aussi de la famille, de la paternité, des racines, avec un fond que l’on devine en partie autobiographique. A travers les Fabre, la famille d’adoption du narrateur, il nous parle également de la bourgeoisie de province, des années 30 à nos jours. Et puis, bien sûr, il y a le thème que le titre du roman annonce : l’origine de la violence, celle d’une nation mais aussi celle d’hommes qui se laissent emportés par leurs démons ou tentent d’y résister par d’autres moyens.

Ce roman m’a passionné et m’a marqué. Le thème avait tout pour me plaire et l’essai est parfaitement transformé. Même si mon histoire n’est pas la sienne, je n’ai pas eu de mal à m’identifier au narrateur et à réagir – intérieurement – aux thèmes abordés par Fabrice Humbert. Après cette lecture, j’ai bien envie de découvrir ses autres romans.

L’Origine de la violence, Fabrice Humbert

Le Livre de Poche, ISBN 978-2-253-12946-2

Note : ★★/☆☆☆☆☆

A mon coeur défendant

A mon coeur défendant

A mon cœur défendant est le troisième roman de Thibaut de Saint Pol. Après N’oubliez pas de vivre qui nous faisait découvrir l’univers à part des classes préparatoires aux grandes écoles, et Pavillon Noir qui nous plongeait dans un hôpital psychiatrique, le jeune auteur s’attaque cette fois à un autre sujet lourd : la France sous l’Occupation.

Juin 1940 : la Wehrmacht est aux portes de Paris. La victoire allemande est imminente, mais elle ne sera totale, aux yeux du Führer, qu’après la destruction du document original du traité de Versailles, souvenir cuisant de la défaite de 1918.

Au péril de sa vie, une jeune employée du Quai d’Orsay reçoit la mission de tout faire pour sauver le précieux parchemin, relique inestimable de l’honneur de la France. Traquée par un officier allemand, Madeleine fuit à travers le pays dévasté. De la capitale aux rivages de la Méditerranée, la jeune femme s’engage alors, avec son poursuivant, dans un troublant jeu de piste. Peu à peu, elle verra grandir en elle la confusion du devoir et des sentiments.

Dans ce roman, Thibaut de Saint Pol donne la parole à trois personnages :

  • Madeleine, jeune alsacienne qui porte le lourd fardeau de protéger le Traité de Versailles, nous raconte sa fuite de Paris en 1940
  • Heinrich, un officier allemand qui pourchasse Madeleine à travers la France pour mettre la main sur le fameux Diktat
  • Théo, petit-fils d’Heinrich, en visite en France de nos jours avec l’espoir de connaître enfin la vérité sur la disparition de son grand-père

Les trois récits sont directement liés et indissociables : c’est à Théo que Madeleine s’adresse quand elle nous raconte sa vie pendant l’Occupation et le jeu du chat et la souris qu’il l’a opposé à Heinrich à l’époque. L’auteur jongle ainsi habilement entre trois personnages et deux époques. L’histoire est intéressante et bien menée, il y a un véritable suspense et quelques rebondissements bien trouvés. Seul le twist final m’a un peu déçu, peut-être parce qu’il était si prévisible que la surprise aurait justement été de le contourner. Ceux qui ont lu ou liront ce livre comprendront tout de suite à quoi je fais allusion mais je n’en dirai pas plus pour ne pas éventer le secret.

Si le récit m’a plu, c’est surtout le lien avec l’Histoire qui m’a intéressé dans ce roman. J’ai particulièrement apprécié les mots d’Heinrich et de Théo sur la France ; ce sont deux regards croisés et différents sur notre pays à soixante années d’intervalle. Entre le mépris d’Heinrich et la distance de Théo, on voit une nette évolution mais aussi la complexité des liens entre les deux voisins. Pour moi qui suis tombé « amoureux » de l’Allemagne à l’adolescence, cette vision des relations franco-allemandes a été l’un des points forts de ce roman.

Avec A mon coeur défendant, Thibaut de Saint Pol confirme les espoirs placés en lui – par moi, en tout cas – après ses deux premiers romans. Outre une plume agréable à lire, j’apprécie chez cet auteur sa capacité à nous plonger chaque fois dans des cadres différents. Avec lui, on « voyage », d’une époque à une autre, ou simplement d’un lieu à un autre. En attendant son prochain roman, tout cela m’a donné envie de relire N’oubliez pas de vivre et Pavillon noir !

A mon coeur défendant, Thibaut de Saint Pol

Plon, ISBN 978-2-259-20881-9

Note : ★★★★/☆☆☆☆☆