Dorothée à l’Olympia

Dorothée

Ceux qui me suivent sur Twitter ou Facebook ne peuvent pas ignorer où j’étais lundi soir : à l’Olympia, pour assister au retour sur scène de Dorothée. C’était le dernière représentation d’une série de quatre concerts étalés entre samedi soir et lundi soir. J’avais pris des places pour Choubidou et moi dès qu’elles avaient été en vente, j’avais un peu galéré sur le site de réservation pour obtenir de bonnes places mais nous avions finalement obtenu deux sièges très bien placés au neuvième rang, face à la scène.

Dans les semaines et les jours qui ont précédé le concert, j’ai évité de regarder les passages de Dorothée à la télévision, les vidéos des répétitions, d’autant que les échos n’étaient pas très positifs. Je me suis contenté d’acheter le nouvel album de Dorothée quand il est sorti sur iTunes. Il faut bien le dire, je n’étais pas emballé. La première chanson, « Dorothée », est émouvante mais les autres sont de pales copies de ses anciens tubes. Je me demandais finalement à quoi servait cet album, tout à fait dispensable à mes yeux. J’espérais surtout que les intérêts mercantiles de la maison de production n’allaient pas venir gâcher le retour de Dorothée et nos retrouvailles avec elle. J’avais peur, aussi, que le succès et le public ne soient pas au rendez-vous pour cette série de concerts.

Dimanche, les deux compères Cédric Darval de Bayen et Jonathan D ont assisté au concert de l’après-midi. Sur un quelconque site internet, j’avais lu une brève plutôt rassurante sur le concert du samedi soir : l’ambiance était incroyable, le public avait répondu présent et avait passé presque tout le concert debout en chantant avec Dorothée. J’attendais toutefois les impressions de CDdB et Jonathan D avec impatience, un peu anxieux. Le verdict fut finalement sans appel : l’ambiance était excellente, ils avaient passé un très bon moment, comme en témoignent leurs très beaux billets : Voyage en absurdie : être une fan et Dorothée en concert à l’Olympia.

Dorothée

Lundi, j’ai passé toute la journée au bureau à penser au concert. Cela m’a aidé à traverser une rude journée, à me détacher des soucis quotidiens. J’avais hâte d’être à l’Olympia où j’espérais passer une bonne, une très bonne soirée. Bizarrement, la journée est passée très vite, je suis parti du bureau un peu à la bourre, j’ai tout de même eu le temps de passer rapidement chez moi pour déposer mes affaires et grignoter un morceau avant de filer à l’Olympia avec Choubidou.

Dans la salle, alors que CDdB et Jonathan D avaient eu droit au Docteur Klein et à Christophe Rippert, nous avons dû nous contenter d’être assis juste devant Jean-Marc Morandini accompagné de son nouveau sex-toy chroniqueur. Dans un style plus sympathique, j’ai également noté la présence du toujours charmant Cyril Féraud, craquant dans son jean et son sweat à capuche. Hormis ces pseudo-célébrités, le public était assez proche de ce que j’avais imaginé : des trentenaires (ou approchant) qui venaient comme moi retrouver Dorothée après plus de 15 ans d’absence. Seule particularité : un public qui m’a semblé majoritairement gay, ce qui m’aurait sans doute surpris si CDdB ne l’avait pas déjà évoqué dans son magnifique billet (oui, la pub est gratuite aujourd’hui !).

Toute la journée, j’avais été impatient et je m’étais dit qu’il y avait une bonne chance que je sois ému par ces retrouvailles avec Dorothée. Pourtant, je n’étais pas préparé à la vague d’émotion qui m’a envahi dès le début du concert. Dès les premières notes, dès que Dorothée est apparue sur la scène, le masque est tombé et je me suis effondré en larmes, sans comprendre ce qui m’arrivait. Quelques minutes plus tard, il a suffi d’un simple couplet de Rox et Rouky pour que les larmes tombent à nouveau . Je suis resté à fleur de peau pendant tout le concert, je crois avoir pleuré à cinq ou six reprises. Mais ce sont des larmes qui font du bien.

Dorothée

Le programme musical était très bon : l’équilibre entre les grands tubes du passé et les nouvelles chansons était parfait, le concert m’a même permis d’apprécier certaines chansons du nouvel album. Pour me remettre de nos émotions, Jacky, le fidèle complice de Dorothée, l’a rejointe sur scène pour interpréter Qu’il est bête ! : un moment plein d’humour très apprécié un peu avant l’entracte.

Du début à la fin, l’ambiance était incroyable, tout le monde était debout et reprenait les paroles en tapant dans les mains et du pied. Chaque chanson était suivie d’une ovation, de « Dorothée » hurlés par 2000 personnes. J’ai assisté à pas mal de concerts dernièrement mais je n’avais jamais vu une telle ambiance. Je crois que c’est inimaginable et un peu surprenant pour quelqu’un d’extérieur. Qu’importe les grincheux et les moqueurs, tant pis si certains trouvent cela ridicule, j’ai profité à fond de ces trois heures, j’ai chanté, applaudi et tapé du pied comme jamais je ne l’avais fait dans un concert. En rentrant chez moi, je n’avais plus de voix, j’avais mal à la gorge, j’avais les mains rouges à force de les avoir frappées l’une contre l’autre, mais je ne regrettais rien. J’étais heureux, simplement heureux de ce moment passé en compagnie de Dorothée et du public.

Dorothée

Je ne sais pas comment décrire ce que j’ai ressenti exactement ni ce qui s’est passé dans cette salle. Je pense que chacun dans le public est venu pour ses propres raisons, avec sa propre motivation. Moi-même, je ne sais pas vraiment pourquoi je suis venu. Peut-être pour voir enfin Dorothée parce que je n’avais pas eu l’occasion de le faire quand j’étais petit. Je ne sais pas non expliquer l’émotion qui m’a submergé. C’était peut-être un vide dont je n’avais pas conscience mais que j’avais besoin de combler. Il y avait aussi l’émotion de Dorothée elle-même, visible sur son visage. C’étaient des retrouvailles pour elle autant que pour nous, on sentait que les années d’absence avaient été longues de part et d’autre, c’est en tout cas ainsi que j’interprète cette ambiance, cette sorte de communion entre l’artiste et son public. Se retrouver après tout ce temps, c’était beau, c’était magique.

Je pensais retomber en enfance mais j’ai vécu cette soirée avec les yeux de l’adulte que je suis devenu, avec passion et émotion mais pas sans une certaine gravité. Au fond de moi, ces retrouvailles résonnaient comme des adieux, comme de vieux amis qui se sont perdus de vue et qui se retrouvent une dernière fois avant la fin. Mais Dorothée a apaisé mes doutes avec un émouvant « A très bientôt » final accueilli avec ferveur par le public et avec soulagement pour moi. J’ai fait un sacré bout de chemin depuis le temps où je regardais Dorothée à la télévision ; j’ai grandi, ma vie a changé, ceux qui m’accompagnaient alors ne sont plus là. A l’Olympia, face à Dorothée et aux côtés de toute cette génération, j’ai mesuré tout le chemin parcouru depuis l’enfance mais j’ai aussi redécouvert avec plaisir que je n’avais pas totalement changé. Derrière l’adulte que je suis devenu et qui peut sembler froid, le petit Sébastien qui regardait Dorothée avec admiration est toujours là. Ca fait un bien fou de le savoir.

Où sont passées
Les chansons du passé
Ces refrains qui nous faisaient rêver

Où sont partis
Ces copains ces amis
Compagnons de nos tendres années

Où sont passées
Les chansons du passé
Elles sont là blotties dans nos mémoires

Pour enchanter
Pour nous faire chanter
Tous ensemble quelques refrains ce soir

Dorothée

PS : merci à Choubidou pour les photos !

Les yeux au ciel

Le soleil inonde le ciel
Mes jours en hiver passés à t’oublier
Où chaque seconde est une poignée de terre
Où chaque minute
Est un sanglot
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau

[…]

Le soleil inonde le ciel
Mes jours en enfer passés a t’enterrer
Où chaque seconde est une poignée de terre
Où chaque minute
Est un caveau
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau

J’espère qu’au ciel
Des diables malins coupent aux anges leurs ailes
Pour que tu retombes du ciel
Dans mes bras ouverts
Cadeau providentiel

Mais chaque seconde est une poignée de terre
Mais chaque seconde est une poignée de terre
Mais chaque minute
Est un tombeau
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau

(« Les yeux au ciel » par Louis Garrel dans Les chansons d’amour)

Je t’écris

Ce billet du sympathique Cédric Darval de Bayen m’a amené à lire cet autre billet plus ancien. On y parle de Grégory Lemarchal, vainqueur de la quatrième saison de la Star Academy, décédé l’an passé. Je comprends l’agacement exprimé par CDdB (tu permets que je t’appelle comme ça, hein ?) sur la mise en scène de l’émotion suite à la mort du jeune chanteur. Je comprends aussi ceux qui ont été sincèrement touchés par cette disparition. Je comprends parce que je navigue entre les deux.

Tout, depuis la première présentation de Grégory au début de la Star Academy 4 sur TF1, aurait dû me déplaire. Pourtant, ce jeune homme m’a ému au fil du temps, prime après prime, prestation après prestation. J’avoue même avoir envoyé un SMS, une fois, pour contribuer à sa victoire éclatante en finale. Je ne me l’explique pas. Sa voix m’a plu. Son prénom aussi, sans doute …

Lorsque j’ai appris sa mort l’année dernière, j’ai été choqué. Mon copain de l’époque s’est moqué de mon émotion, je l’ai haï pour cela. Comme un idiot, j’ai regardé quelques jours plus tard l’émission spéciale diffusée sur TF1. Totalement mélo, décevante sans être surprenante, cette émission qui se voulait un hommage m’a agacé. Jusqu’à ce moment : Yvan Casar au piano, et Marc Levy qui lit un texte adapté de la chanson « Je t’écris » qu’il avait écrite pour le premier album de Grégory. C’est bête, je devrais sans doute avoir honte, mais j’ai été touché.

Je t’écris des trottoirs de nos villes
Où tu nous as laissés
Je t’écris de ces soirs de lumière
Des yeux émerveillés de ceux pour qui tu chantais
De tous ceux pour qui tu résistais
Je t’écris d’un départ si discret
D’une valise oubliée avec ta vie dedans
Et les promesses abandonnées
Je t’écris pour tous ceux à qui tu as redonné force
Je t’écris en leur nom
Pour te dire merci
Merci de tes courages
De ta volonté
De ton humilité
Je t’écris aussi pour tous ceux qui doutaient
Je t’écris en leur nom
Pour te demander pardon
De Londres à Montréal
De Sonaz à Marseille
En passant par Liège
Tu as semé la joie
Tu as tout donné de toi
Sans rien demander
Sans rien attendre
Je t’écris de cette scène orpheline
En rêvant que d’autres y reprennent un jour tes mots
Fassent revivre ta voix
Et nous ramènent un peu de toi
Je t’écris du plumier d’un vieillard solitaire
Qui écoutait tes chansons
Et se sentait moins seul
Je t’écris du regard d’un enfant
Qui chantait sur tes mots
Et qui voulait grandir
Je t’écris sur cette partition où se promenait ta voix
Entraînant vers l’espoir
Un crooner disait qu’il suffisait de quelques mots, de quelques notes pour refaire le monde ensemble
Le tien était tout en couleur
Alors où que tu sois désormais
Je t’écris ébloui par tant d’humanité
La tienne