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Autant le dire tout de suite : j’ai beaucoup ri en lisant ce livre. Plus encore que je m’y attendais après avoir lu le résumé :

Avec leurs indécisions et leurs marottes, les vieux garçons avaient mauvaise presse. Même jeunes, ils ont déjà l’air démodé, précocement usé, inadapté. N’est-il pas temps de les réhabiliter ?

Le héros, François de Rupignac, né en 1984, est du bois dont on fait les célibataires endurcis : entre son grand-père (vénérable général chauve et bondissant), sa grand-mère (duchesse farfelue à langue de vipère) et son oncle Albert (moustachu mélancolique qui vit seul dans son manoir, entouré de têtes de cerfs), François traverse son enfance en dehors des clous contemporains. Avec des modèles pareils, il est mal parti pour s’insérer.

En pension, il rencontre Pierre, sorte d’anarchiste mystique, cultivé et plus remonté qu’un coucou. Ensemble, ils se rêvent conspirateurs, nouveaux frondeurs, et imaginent le mouvement qu’ils lanceront tous les deux : le Club des vieux garçons, société secrète qui se réunit une fois par mois au sous-sol du très chic Jockey Club. Il fonctionne un peu comme les fraternités monastiques, rassemble toute une faune de résistants drolatiques qui font voeu de pauvreté et de chasteté, refusant le travail et le couple. « Abstiens-toi ! » est leur mot d’ordre.

Peu à peu, les membres de ce club se muent en activistes, bizutant banquiers gloutons, créateurs de mode prétentieux, artistes contemporains surcotés, mauvais écrivains, etc. Mais pourront-ils maintenir ad vitam cet écart ? La jeunesse n’estelle pas condamnée à passer ? Les têtes de cerfs ne doivent-elles pas un jour céder leur place à l’amour ? C’est tout l’enjeu de ce livre qui, satirique par endroits, est aussi un roman d’initiation …

J’ai beaucoup ri car c’est d’abord l’objectif de l’auteur de ce roman qui nous plonge dans le monde de l’aristocratie française à la fin du XXème et au début du XXIème siècle. L’auteur, que je connais pas et dont j’ignore si son roman est totalement, partiellement ou absolument pas autobiographique, s’amuse clairement à mettre en scène le décalage entre ses personnages et le monde qui les entoure. J’ai franchement ri en imaginant que tout cela pourrait être vrai.

L’intérêt de ce roman n’est pas seulement dans son humour. C’est également par certains aspects un roman d’initiation classique, avec son héros qui grandit et découvre l’amitié, l’amour, le deuil, la vie en somme. Là où j’applaudis l’auteur, c’est qu’il a réussi à me rendre attachant un personnage qui est mon opposé : comment moi, fils de communiste, issu d’un milieu modeste et qui a grandi en province, ai-je pu finir par trouver sympathique cet aristocrate parisien, coincé et réac ? Je vais mettre cela sur le compte du talent d’écrivain de Louis-Henri de La Rochefoucauld.

Le récit n’est pas forcément surprenant, la fin encore moins, mais j’ai pris un réel plaisir à lire ce roman toujours drôle et parfois touchant. Ce n’est sans doute pas un chef d’oeuvre absolu, ce ne sera mon livre préféré de l’année, mais cela reste une lecture plaisante dont je garderai un bon souvenir.


Le Club des vieux garçons, Louis-Henri de La Rochefoucauld

Note : ★★★☆☆


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