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Je me méfie toujours des livres annoncés comme « le roman événement » ou comme « un véritable phénomène d’édition ». Publié initialement en langue anglaise en 2014, la traduction française de ce roman est parue au début de cette année. Habituellement, j’aurais plutôt été tenté de le lire en langue originale, mais la version française m’a été offerte par l’éditeur par l’intermédiaire de la plateforme Netgalley.fr, je me suis donc résolu à le lire en français.

Je ne connaissais absolument E.O. Chirovici, l’auteur roumain de ce livre. Il est apparemment un spécialiste des polars dans son pays, et Jeux de Miroirs est son premier roman écrit directement en anglais, sous le titre The Book of Mirrors. Je crois que le titre original me plait plus que sa version française, car il colle mieux à l’intrigue du roman :

Un agent littéraire, Peter Katz, reçoit un manuscrit intitulé  Jeux de miroirs qui l’intrigue immédiatement. En effet, l’un des personnages n’est autre que le professeur Wieder, ponte de la psychologie cognitive, brutalement assassiné à la fin des années quatre-vingt et dont le meurtre ne fut jamais élucidé. Se pourrait-il que ce roman contienne des révélations sur cette affaire qui avait tenu en haleine les États-Unis ?

Persuadé d’avoir entre les mains un futur best-seller qui dévoilera enfin la clef de l’intrigue, l’agent tente d’en savoir plus. Mais l’auteur du manuscrit est décédé et le texte inachevé. Qu’à cela ne tienne, Katz embauche un journaliste d’investigation pour écrire la suite du livre. Mais, de souvenirs en faux-semblants, celui-ci va se retrouver pris au piège d’un maelström de fausses pistes.

Et si la vérité n’était qu’une histoire parmi d’autres ? 

L’intrigue tourne autour du meurtre d’un certain professeur Wieder, enseignant et chercheur émérite à l’université de Princeton à la fin des années 80. L’auteur nous propose donc de résoudre l’énigme que constitue ce meurtre. En soi, cela ne parait pas très original, mais c’est la structure narrative du roman qui lui donne tout son intérêt.

Il faut d’abord préciser que le roman est découpé en trois parties successives, chacune étant consacrée à un narrateur : le roman commence avec la voix de Peter Katz, l’agent littéraire qui reçoit le fameux manuscrit « Jeux de miroirs » auquel le roman doit son propre titre ; le récit se poursuit ensuite avec un journaliste chargé par l’agent littéraire d’enquêter sur le manuscrit et sur l’affaire criminelle qu’il relate ; enfin, la parole est donnée à un policier désormais retraité mais qui avait mené l’enquête sur la mort du professeur Wieder trois décennies plus tôt.

Cette succession de narrateurs s’accompagne évidemment de révélations sur l’affaire et sur les différents suspects. Les trois narrateurs interrogent eux-mêmes des témoins et des personnes impliquées, ou suspectées de l’être, dans l’assassinat. Chaque témoin apporte une part de vérité, ou en tout une part de sa vérité ; car toute la construction du roman repose sur le fait que chaque partie prenante interprète les faits selon sa propre sensibilité et ses propres obsessions.

Le roman propose ainsi autant de points de vue, au sens littéraire du terme, sur des événements passés. Finalement, la résolution de l’enquête est anecdotique, elle n’est pas l’élément le plus important dans ce livre. Si au début du roman j’ai été facilement absorbé par le mystère autour du crime, je me suis transformé progressivement en lecteur distant par rapport à l’enquête elle-même, pour observer avec plaisir la construction du récit et la multiplication des pistes et des fausses pistes. Plus qu’un roman d’enquête criminelle, ce livre m’est apparu comme une réflexion aboutie et réussie sur la construction d’une fiction, et sur l’interprétation forcément subjective des faits par des individus qui se distinguent par leur personnalité et leur passé.

Alors que j’étais plutôt déçu au début de ma lecture, ayant l’impression d’être tombé sur une banale enquête sans originalité, la suite et surtout la fin m’ont emballé et cela m’amène à garder un très bon souvenir de ce roman. Ce n’est peut-être pas le « roman événement » comme le clame l’éditeur sur la jaquette, mais c’est assurément un bon roman qui a le mérite d’apporter quelque chose de neuf dans cette littérature de genre maltraitée par des best-sellers trop souvent médiocres.


Jeux de miroirs, E.O. Chirovici

Note : ★★★★☆


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Un commentaire sur « Jeux de miroirs »

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