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Je ne suis pas toujours d’accord avec le contenu des articles politiques sur Slate.fr mais j’ai trouvé très intéressant un article de Claude Askolovitch publié en cette semaine d’entre-deux-tours des primaires de la « Belle Alliance Populaire ».

L’article est titré La « culture de gouvernement » empêche la gauche de penser et s’intéresse aux rapports qu’entretient le Parti Socialiste avec la conquête et l’exercice du pouvoir. Le sujet semble parfaitement illustré aujourd’hui par l’opposition entre d’une part Benoit Hamon, présenté par ses adversaires et une partie non négligeable des médias comme un utopiste condamné à être minoritaire dans le pays, et d’autre part Manuel Valls, représentant d’une gauche qui s’auto-proclame réaliste, raisonnable et seule capable de rassembler une majorité de français lors des élections nationales.

J’ai apprécié plusieurs passages de cet article, que je souhaitais partager ici :

Puis le Mitterrandisme vint, et le socialisme dura, et en durant, il changea! La fiabilité prit la place de la pureté, mais quelle victoire! Le socialisme français rejoignit ce que ressentait, en 1924, le leader travailliste britannique Ramsay McDonald, qui avait gouverné dans une situation instable, simplement pour «briser le préjugé aristocratique du pouvoir», disait-il à Blum. Montrer que le parti des ouvriers pouvait gérer le pays sans catastrophe, sans que rien ne soit bouleversé : dans ce pays de castes, il s’agissait de rendre une fierté à la working class.

Mais après lui, Laurent Fabius, aimable bourgeois délesté de ses radicalités enfantines, pas peu fier d’être «le chef du gouvernement de la France», fit miroiter le mot de «modernité», et l’affaire était pliée. Fini les racines, vive le temps présent ! Le socialisme serait aimable aux entreprises, au capitalisme, au système monétaire européen, aux marchés, au Financial Times, à Monsieur Kohl, à l’Euro. Il se poursuivrait jusqu’à aujourd’hui, où l’on crierait «j’aime l’entreprise» et, pour faire bien poids, on préférerait gendarmes et policiers, l’ordre et l’Etat, l’autorité et la violence légitime, la fière matraque, aux contestataires et manifestants de poil ; et préférer aussi, évidemment, l’identité culturelle, cela va sans dire, au hijab ou aux migrants. Gouverner donc. Une culture.

Il faut revenir à la confusion originelle. A partir du tournant mitterrandien, la gauche gouverne dans le capitalisme, puis ses versions financières, et découvre, en même temps, la stabilité. […] Le socialiste devient, dans son propre intérêt, le «gérant loyal du capitalisme», que promettait d’être Blum. […] Il fait faire comme les camarades allemands, qui avalèrent leur chapeau idéologique pour accéder à la chancellerie ! Hollande l’explique gentiment à Tsipras : si tu ne plie pas, tu sauteras… Si tu cèdes aux béatitudes de Benoit, tu ne gouverneras plus jamais, disent cette semaine Valls et ses hérauts médiatiques au peuple de la primaire.

Culture de gouvernement ? Mais vous ne gouvernerez pas, camarades, ou pas à votre main ? Vous aurez faim, peut-être ? Tant mieux. Vous pouvez donc divaguer: la pensée est une divagation. Le socialisme, avant d’être slogan, fut une philosophie.

Il y a du chemin. Avant de penser, il faudra être modeste. Les inquisiteurs moquent Hamon de se référer à Podemos, les contestataires espagnols, Corbyn, le socialo-gauchiste anglais, ou Sanders, le socialiste américain. Ces gens-là perdent les élections, enfin! Sans doute. Mais pas plus que les autres, et ils ne se ressemblent pas tant. Le plus intéressant des trois est sans doute Bernie Sanders, qui aurait pu (si les tenants de la culture de gouvernement -dites l’oligarchie- ne lui avaient pas fait barrage) empêcher un électorat ouvrier d’offrir l’Amérique à Trump …

Benoit Hamon n’est sans doute pas le messie. Point par point, il n’a pas toujours raison face à Valls, loin de là. Mais ses hésitations mêmes, ses constructions financières, son dogmatisme utopique, ont un mérite: il ressemble à un minoritaire, ce qui est une circonstance, pas forcément son destin. Et il ressemble, minoritaire, à ce qu’est le socialisme aujourd’hui. S’accepter petit lui fera le plus grand bien. L’honneur, qui sait, lui sera rendu par surcroit.

Je n’ai jamais caché ma sympathie – politique – pour Jean-Luc Mélenchon, depuis la campagne pour le « non » au Traité Constitutionnel Européen lors du référendum de 2005 et plus encore depuis qu’il a quitté le PS en 2008 pour tenter de refonder une gauche anti-libérale et humaniste. J’ai déjà parlé ici des raisons qui m’avaient amené à voter pour sa candidature en 2012. Mon vote au premier tour de la prochaine élection présidentielle lui est déjà quasiment acquis, à moins d’un énorme retournement de situation d’ici-là. Quant aux primaires du Parti Socialiste et de ses alliés, je m’étais promis de ne pas aller y voter, considérant que cela ne me concernait pas : parce que je ne voulais pas soutenir un processus de primaires que je rejette, et parce que je ne voterai de toute façon pas au premier tour de l’élection présidentielle pour le candidat qui en serait issu.

Puis j’ai commencé à suivre la campagne, comme j’avais suivi à l’automne la campagne de la droite et du centre, parce que la politique me passionne. J’ai écouté avec intérêt les propositions développées par Benoit Hamon. Tout ne me plait pas dans son programme, mais j’ai retrouvé dans son discours une vision du progrès social et une ambition que je retrouve souvent dans les écrits et les interventions de Jean-Luc Mélenchon, et qui manquent à mes yeux depuis trop longtemps au Parti Socialiste. Même si tout n’est pas à mon goût dans son parcours politique, Benoît Hamon me semble plus sincère dans ses convictions que, par exemple, le flamboyant Arnaud Montebourg qui aime se mettre en scène et en valeur. Je suis évidemment opposé à la ligne politique défendue par Manuel Valls, dans la droite ligne du quinquennat de François Hollande. Je suis convaincu que la gauche n’est plus la gauche quand elle renonce à ses idéaux, à ses utopies humanistes, et que cela n’est pas incompatible avec le pouvoir.

Je ne me fais aucune illusion sur les chances de victoire de Benoit Hamon à l’élection présidentielle, je ne voterai d’ailleurs pas pour lui au mois d’avril. Je sais que sa probable victoire demain soir va précipiter de nombreux élus et électeurs du PS dans les bras d’Emmanuel Macron, que cela ne fera que renforcer la dynamique de l’ancien ministre de l’Economie. Je sais qu’après l’échec probable de la candidature de Benoit Hamon au premier tour de l’élection présidentielle peut amener définitivement le Parti Socialiste à renier les idéaux socialistes pour la « modernité » du social-libéralisme. Je sais enfin que d’un point de vue purement tactique, la candidature de Benoit Hamon ne favorise pas celle de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle.

Pourtant, la fin de la campagne de premier tour et cette semaine d’entre-deux-tours m’ont décidé à aller voter demain pour Benoit Hamon face à Manuel Valls. La lecture de l’article de Claude Askolovitch n’a fait que renforcer ma conviction sur l’utilité et l’intérêt pour moi d’aller voter demain. Pour permettre la clarification idéologique du Parti Socialiste, pour le meilleur ou pour le pire. Pour permettre les conditions d’une recomposition de la gauche, ou plutôt la recomposition en deux pôles des deux « gauches irréconciliables » – puisque, je dois le reconnaitre, Manuel Valls avait raison sur ce point. Pour donner une dernière chance au Parti Socialiste de retrouver ses valeurs et son honneur.

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