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Une bonne raison de se tuer

Une bonne raison de se tuer

Je n’avais plus écrit ici depuis plus de six mois, autant par manque de temps que d’inspiration ou de motivation. J’ai toujours fonctionné de façon cyclique avec ce blog, alternant les périodes d’écriture compulsive et celles où je ne publie rien pendant plusieurs mois. Il y a eu quelques sujets dont j’aurais pourtant pu parler ici : des romans qui m’ont plu ou des séries découvertes ces derniers mois. Je pense notamment à la série Mad Men dont j’ai englouti les quatre premières saisons en quelques semaines. Tout cela pour dire que j’ignore si ce billet est le début d’un nouveau cycle ou simplement un phénomène éphémère avant de replonger ce blog en hibernation pour quelques semaines ou mois supplémentaires.

Je crois que je ne pouvais tout simplement pas lire le nouveau roman de Philippe Besson sans en parler ici. Une bonne raison de se tuer est sorti au tout début du mois de janvier mais je viens seulement de le lire. Pour une fois, je n’ai pas sauté dessus dès sa sortie pour le dévorer en deux ou trois jours. Non pas que je n’étais pas impatient, mais j’avais décidé d’attendre la sortie sur Kindle pour arrêter d’encombrer ma bibliothèque avec des dizaines de bouquins dont je ne sais plus quoi faire.

A Los Angeles, tandis que l’Amérique s’apprête à élire un nouveau président, Laura, en proie à une résignation qui semble insurmontable, et Samuel, dévasté par la douleur et la perte, vacillent au bord du précipice, insensibles à l’effervescence de leur pays. Ils ne se connaissent pas. Leurs destins vont se croiser. Pourront-ils se sauver l’un l’autre ?

L’action se déroule le 4 novembre 2008, date de l’élection de Barack Obama. A Los Angeles comme partout ailleurs, c’est une journée d’exaltation, d’espoir de renouveau et d’attente fiévreuse. Mais tandis que l’Amérique semble retenir son souffle, impatiente de connaître l’issue de ce jour historique, pour Laura et Samuel, cette journée sera la plus longue et la plus terrible de leur vie. Car aujourd’hui Samuel doit se rendre aux funérailles de son fils, Paul, qui vient de se suicider à l’âge de dix-sept ans. Et Laura, femme seule de quarante-cinq ans, serveuse dans une cafétéria, a décidé de se donner la mort le soir venu.

Pour chacun d’eux, l’enjeu sera le même : comment échapper au déroulement implacable de cette journée ? Samuel pourra-t-il surmonter son chagrin, ne serait-ce que le temps de la cérémonie ? A-t-il même le droit de survivre à l’absence de celui qui n’aurait jamais dû partir avant lui ? Et quel sens donner au geste de son fils, un geste d’autant plus révoltant qu’il est inexpliqué ? Laura, elle, a mûrement réfléchi son choix. Personne ne la regrettera, ni son fils indifférent ni son ex-mari qui, lui, a su refaire sa vie. Cette dernière journée aura-t-elle un goût moins fade que toutes celles qu’elle vient de laisser derrière elle ? Un goût d’exceptionnel qui pourrait la faire changer d’avis ?

Samuel et Laura ne se connaissent pas encore. Pourtant ils ont déjà beaucoup en commun. Ils vont d’ailleurs se rencontrer… au crépuscule.

Une fois de plus, Philippe Besson nous entraine dans la vie de personnages tourmentés et marqués par l’absence, le manque, la mort. Nous suivons alternativement les récits de Laura et de Samuel, chacun s’exprimant pendant un ou deux chapitres avant de redonner la parole à l’autre. Le récit tient sur une seule journée, celle de l’élection de Barack Obama, et tandis que l’Amérique vit un jour historique, il ne se passe finalement pas grand chose dans le roman. Bien sûr, Samuel assiste aux funérailles de son fils et Laura a choisi ce jour pour se donner la mort, mais les événements s’enchainent sans bruit, sans passion. Il y a comme une routine inéluctable tout au long du roman. C’est d’autant plus vrai pour le récit de Laura qui vit une journée presque ordinaire. C’est sûrement pour cela que j’ai été plus emporté par celui de Samuel, ce père meurtri par la mort de son fils de dix-sept ans.

Les routes de Laura et Samuel finissent par se croiser à deux reprises pendant le roman, une première fois de façon assez anecdotique au milieu du récit et une seconde fois, plus importante, à la fin. Cette rencontre parait elle aussi inéluctable, presque artificiellement construite. C’est sans doute le principal reproche que je ferais à ce roman. J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire, mais j’ai tout de même regretté qu’il soit si prévisible, comme un exercice de style que l’auteur se serait imposé. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de reconnaitre Philippe Besson sous les traits de cet écrivain français qui fréquente le café où travaille Laura, et d’imaginer que ce roman a vu le jour dans l’esprit de l’auteur lors de son séjour aux Etats-Unis où il aurait croisé une « Laura  » et un « Samuel » et aurait alors imaginé leur vie et cette journée particulière.

Malgré ce défaut, le roman reste plaisant à lire. Philippe Besson a toujours le don de mettre des mots sur les émotions et de parler toujours aussi justement du manque, de l’absence, du deuil. C’est assez étonnant de le voir en parler dans chacun de ses romans en trouvant des situations originales et des mots différents. J’ai noté trois ou quatre passages dans celui-ci qui m’ont interpelé et m’ont fait me dire « oui, c’est exactement ça ». Sans atteindre l’émotion suscitée chez moi par En l’absence des hommes ou Un homme accidentel, ce roman trouve une nouvelle fois les mots justes.Pour cette raison au moins, ce nouveau roman complète parfaitement l’oeuvre déjà bien riche de Philippe Besson.

Une bonne raison de se tuer, Philippe Besson

Julliard, ISBN 978-2260020035

Note : ★★/☆☆☆☆☆

  1. anthonygay
    21 avril 2012 à 21:32

    Excellent auteur. J’avais adoré « un homme accidentel ». A conseiller

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