The September Issue
The September Issue

The September Issue est un documentaire de R.J. Cutler sur Anna Wintour, la rédactrice en chef du célèbre magazine Vogue. On y suit la préparation du numéro de septembre 2007 du magazine par toute la rédaction sous l’oeil d’Anna.

N’étant pas passionné de mode, rien ne me prédestinait à aller voir ce film au cinéma. Mon seul lien avec ce milieu consiste à apprécier Ugly Betty et c’est justement cette série qui m’a poussé à aller voir The September Issue, car j’avais lu que le personnage (défunt) de Fey Sommers dans la série est inspiré d’Anna Wintour. Effectivement, le look de Fey Sommers dans les quelques images d’archives de la série ressemble beaucoup à celui de son modèle vivant (la coupe de cheveux et les lunettes noires, notamment).

Je suis donc allé au cinéma cet après-midi sans a priori, pour découvrir cette femme influente et son équipe. J’ai passé un excellent moment ; c’est suffisamment rare pour être signalé : je ne me suis pas ennuyé une seule seconde pendant l’heure et demie qu’a duré le film. J’ai appris pas mal de choses sur la façon dont est conçu un magazine de mode, par exemple que la rédaction commence à préparer le numéro de septembre cinq mois avant sa parution. J’ai surtout découvert deux femmes incroyables : Anna Wintour bien sûr, mais aussi Grace Coddington, une rédactrice qui est en quelque sorte la deuxième star du documentaire.

Anna Wintour est une reine toute-puissante, despotique, dont l’opinion compte plus que tout autre dans le milieu de la mode ; un « oui » de sa part est c’est le succès assuré, un « non » est c’est la fin du monde pour un créateur ou une rédactrice. J’ai toujours été à la fois impressionné, fasciné et troublé par la façon dont certains individus ont une telle influence sur des milliers voire des millions de personnes et Anna fait partie de ces personnes qui ont un tel pouvoir. La mode est sa vie, elle est élitiste dans son métier mais on sent quand elle parle de ses frères (qui travaillent dans l’humanitaire ou dans le journalisme politique) qu’elle a un peu (mais pas trop) honte de la futilité de ce milieu et de sa profession. C’est LE moment du film où sa carapace de grande prêtresse glaciale craque et qu’elle devient émouvante.

Grace Coddington est une ancienne mannequin qui a réussi une magnifique reconversion comme rédactrice ; je n’y connais pas grand chose mais j’ai l’impression qu’elle a un réel talent pour composer les photos, choisir les décors et les tenues. Ce documentaire la présente en quelque sorte comme l’âme de Vogue, avec Anna Wintour. Il y a quarante ans, c’était une femme splendide qui posait pour les couvertures des plus grands magazines. Aujourd’hui elle a perdu ses atours et on sent beaucoup de nostalgie dans son regard et ses propos. C’est sans doute le « personnage » le plus touchant de ce documentaire.

Les relations ambiguës entre ces deux femmes différentes est peut-être ce qui m’a le plus plu dans le film : Grace se sent parfois humiliée par la façon dont Anna rejette ses idées mais toutes deux ont finalement beaucoup de respect l’une pour l’autre. J’ai aimé entendre chacune dire que la principale qualité de l’autre est de « sentir » la direction que va prendre la mode et d’anticiper les changements, qualité que Grace ne se reconnaît d’ailleurs pas, elle répète plusieurs fois qu’elle a du mal à mettre de côté le passé. C’était une belle coïncidence qui m’a montré que malgré les inévitables tensions chacune reconnaît le talent de l’autre.

Le reste du film est également agréable et souvent drôle. Que penser par exemple de ce collaborateur d’Anna Wintour dont j’ai oublié le nom (Mario ?) qui est pour moi le prototype du lèche-cul qui ne donne jamais son avis personnel et se contente de dire « oui » à tout ce que dit sa patronne. Je crois que c’est Grace qui dit d’ailleurs dans le film « Il n’a pas dit ce qu’il en pensait, de peur de commettre une erreur », sous-entendu : de peur qu’Anna ne soit pas du même avis.

J’ai donc passé un excellent moment en regardant ce documentaire passionnant et fascinant. Je le conseille à tous ceux qui apprécient les personnages plus complexes qu’ils en ont l’air, passionnés de mode ou non. C’est sans doute un portrait des relations humaines plus réussi et juste que certains films « d’auteurs » sortis récemment (qui a parlé d’endives braisées ?).

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5 commentaires sur « The September Issue »

  1. J’ai adoré. Vraiment. Et d’autant plus Grace Coddington dont j’ignorais l’existence et qui pour moi est la vedette du documentaire. Elle y est dépeinte si humaine face à une anna wintour si froide.

    Vraiment un bon moment.

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  2. Je suis allé voir ce film uniquement parce que j’ai adoré ton impression, et je n’ai pas regretté une seconde ^^

    Les 20 minutes de la fin m’ont particulièrement séduites, et le montage a été finement réalisé !

    En plus, j’ai embarqué Matoo pour allé voir le film =P ça ne pouvait qu’être chouette

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