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Lectures (en vrac) : le retour

31 mai 2011 Poster un commentaire

Trois semaines après mon précédent billet où je voulais parler (déjà !) de mes dernières lectures, je viens à nouveau vous présenter les derniers romans que j’ai lus, et plus ou moins appréciés.

Je commence par Le baby-sitter de Jean-Philippe Blondel. Le narrateur, Alex, est un jeune étudiant de dix-neuf ans qui décide de proposer ses services comme baby-sitter aux familles de son quartier, en commençant par celle de la boulangerie en bas de chez lui. C’est le début de rencontres un peu improbables qui vont le faire évoluer et qui vont surtout changer la vie de ceux chez qui il s’installe quelques heures par semaines pour s’occuper de leurs enfants. On croise des couples différents, des histoires banales, des personnalités singulières, et même s’il se passe finalement peu de chance dans ce roman, il en reste un parfum indéfinissable de simplicité et de bonheur. Je me suis surpris à sourire en lisant le dernier chapitre, alors que ce genre d’histoire – sur les petits bonheurs simples de la vie – n’est habituellement pas ma tasse de thé.

Dans un autre style, plus sombre, moins joyeux, L’écrivain de la famille de Grégoire Delacourt m’a bien plu également. Publicitaire, l’auteur nous livre un récit que l’on devine autobiographique : on suit l’enfance, l’adolescence et la vie adulte d’Edouard, proclamé poète de génie à l’âge de sept ans par ses parents mais qui n’a ensuite jamais accompli les promesses de ce talent précoce. Du pensionnat où il est envoyé à l’adolescence jusqu’à son travail de publicitaire en passant par ses tentatives ratées de devenir écrivain, il traverse une vie agitée de toute part et nous parcourons avec lui les années soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Le narrateur m’a semblé antipathique mais je me suis attaché à son histoire et à ses proches. Il y a quelques très beauxmoments dans ce roman, en particulier ceux qui concernent le frère cadet d’Edouard, ou la dernière scène avec ses parents. Vous me pardonnerez ce raccourci un peu facile, mais ce roman qui nous raconte une vie plutôt ratée est quant à lui plutôt réussi.

On descend d’une catégorie, voire de plusieurs, avec Un homme louche de François Beaune. Ce roman est découpé en deux parties, toutes deux écrites par Jean-Daniel Dugommier, l’homme louche du titre. Adolescent asocial sur le point d’être interné dans la première partie, adulte "quasi-normal" (ce n’est pas moi qui le dit mais la quatrième de couverture) dans la seconde, il nous livre son regard sur le monde qui l’entoure. L’ensemble est troublant. Dans la période adolescente, ce trouble s’accompagne d’une certaine naïveté qui peut toucher et faire rire. Dans la période adulte, par contre, on approche de l’absurde avec des digressions qui m’ont laissé complètement indifférent. L’adolescent asocial et décalé m’a finalement semblé plus proche que l’adulte étrange et cynique. Fait inhabituel : j’ai abandonné ma lecture à moins de cinquante pages de la fin. Habituellement, je renonce à un roman au début, très rarement si proche de la fin : ce roman m’a finalement semblé si dérangeant que je n’ai pas réussi à aller au bout.

Heureusement, ma lecture suivante m’a réconcilié avec la littérature française. Le printemps des pères est le second roman d’Henri Husetowki. Au printemps 1942, Ludovic croit voir son meilleur ami Gaëtan sauter d’une falaise. Pendant la semaine qui suit, alors que les recherches battent leur plein, il s’enfance dans le mensonge en gardant ce lourd secret. En pleine adolescence, sa vie bascule – comme son ami au bord de cette falaise. C’est un beau roman, c’est une belle histoire, comme le dit la chanson. Plus sérieusement, le récit est parfois maladroit mais l’émotion reste latente sous les petites histoires du quotidien. Dans le cadre de l’Occupation souvent utilisé en littérature, l’adolescent grandit, fait des rencontres, et découvre le deuil. Ce n’est pas le meilleur roman sur ce thème, mais c’est l’un des "bons".

Lectures (en vrac)

8 mai 2011 8 commentaires

J’ai lu récemment plusieurs livres qui m’ont plus ou moins marqué et je n’en ai pas parlé ici. Je vais essayer aujourd’hui de rattraper mon retard, car certaines lectures valent vraiment le coup d’être évoquées.

Tout d’abord, Histoire d’un allemand de Sebastian Haffner. Jeune magistrat stagiaire à Berlin, l’auteur a vécu de près la montée du nazisme avant de s’exiler quelques mois avant le début de la Seconde Guerre Mondiale. Après avoir vécu seize ans en Angleterre, il est rentré en Allemagne en 1954 où il poursuivit sa nouvelle carrière de journaliste et d’historien. Dans ce récit autobiographique, Sebastian Haffner nous raconter son enfance pendant la Première Guerre Mondiale, son adolescence sous la République de Weimar et ses débuts dans la vie active sous le nouveau régime nazi. Sans concession pour ses compatriotes et pour lui-même, il tente d’expliquer comment l’Allemagne s’est donnée aux nazis. C’est un témoignage, personnel, éclairé et sans angélisme, sur la naissance du Troisième Reich. J’ai trouvé cela passionnant et différent de toute la littérature déjà vue et lue sur cette période. A lire pour ceux qui s’intéressent à cette époque sombre de l’Histoire.

Ensuite, Olivier de Jérôme Garcin. Journaliste quinquagénaire, il s’adresse dans ce roman à Olivier, son frère jumeau décédé à l’âge de six ans. Il nous raconte la perte et la vie sans son "double" auquel il s’adresse directement tout au long du livre. Je n’ai pas particulièrement accroché au style de l’auteur, qui a parfois tendance à s’écouter parler (ou plutôt écrire, mais l’ensemble est touchant. Cela en fait un roman pas tout à fait inoubliable mais suffisamment marquant pour que j’ai envie de le relire dans quelques mois ou quelques années. C’est déjà un bon signe.

J’ai poursuivi avec La septième vague, de Daniel Glattauer. Il s’agit de la suite, un peu laborieuse et bien moins intéressante, de Quand vient le vent du nord. L’auteur surfe sur le succès du premier roman pour nous proposer une suite qui se lit facilement mais surprend moins que le précédent. Leo et Emmi reprennent leurs échanges épistolaires et poursuivent leur drôle d’histoire entamée dans le premier volet. C’est sans surprise, souvent prévisible, parfois carrément ennuyant, et globalement sans vraiment de saveur. Un bon divertissement, sans plus.

Enfin, je viens de terminer Le tombeau de Tommy, d’Alain Blottière. Peut-être ma révélation depuis le début de l’année. Un très bon souvenir en tout cas. Nous y suivons un double récit : celui de la vie du jeune Thomas Elek, dit Tommy, lycéen, juif hongrois, jeune résistant et membre du groupe Manouchian ; et celui du tournage d’un film sur Tommy, dont les traits sont interprétés par Gabriel, un jeune lycéen parisien qui va être fasciné par le jeune homme qu’il doit incarner devant la caméra. Le narrateur, réalisateur du film, va s’attacher à Gabriel et assister à sa descente aux enfers sans pouvoir – ou vouloir ? – intervenir. Si le récit contemporain est intéressant et donne du reflet au reste, c’est surtout le destin de Thomas Elek qui m’a marqué. Bien moins connu qu’un Guy Môquet dont nous avons beaucoup entendu parler ces dernières années, "Tommy" reste un personnage incroyable et mémorable. Comme ce livre, sublime.

L’Origine de la violence

1 décembre 2010 1 commentaire

L’Origine de la violence est le troisième roman de Fabrice Humbert, également auteur de Autoportraits en noir et blanc en 2001 et de Biographie d’un inconnu en 2008. Je n’ai pas lu ses deux premiers romans mais la quatrième de couverture de celui-ci m’a tout de suite attiré :

Lors d’un voyage scolaire en Allemagne, un jeune professeur découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d’un détenu dont la ressemblance avec son propre père le stupéfie et ne cesse de l’obséder. Ce prisonnier, David Wagner, est en fait son véritable grand-père. Peu à peu se met en place l’autre famille, la branche cachée, celle dont personne chez les Fabre n’évoque l’existence … Au cours de sa quête, le jeune homme comprend qu’en remontant à l’origine de la violence, c’est sa propre violence qu’on finit par rencontrer …

Mon intérêt pour l’Allemagne n’est pas un secret pour ceux qui me connaissent un peu. Comme le narrateur de ce roman, j’ai une certaine fascination pour l’histoire de ce pays et en particulier pour ses années sombres, avec en toile de fond cette interrogation qui reste sans réponse : comment une nation civilisée peut-elle sombrer ainsi dans l’horreur ? C’est l’une des questions auxquelles Fabrice Humbert tente de répondre dans ce roman. Ce n’est pas, toutefois, le seul sujet de ce livre étonnant.

En alternant le récit du narrateur sur sa vie présente et celle de son grand-père et de ses contemporains, Fabrice Humbert nous parle aussi de la famille, de la paternité, des racines, avec un fond que l’on devine en partie autobiographique. A travers les Fabre, la famille d’adoption du narrateur, il nous parle également de la bourgeoisie de province, des années 30 à nos jours. Et puis, bien sûr, il y a le thème que le titre du roman annonce : l’origine de la violence, celle d’une nation mais aussi celle d’hommes qui se laissent emportés par leurs démons ou tentent d’y résister par d’autres moyens.

Ce roman m’a passionné et m’a marqué. Le thème avait tout pour me plaire et l’essai est parfaitement transformé. Même si mon histoire n’est pas la sienne, je n’ai pas eu de mal à m’identifier au narrateur et à réagir – intérieurement – aux thèmes abordés par Fabrice Humbert. Après cette lecture, j’ai bien envie de découvrir ses autres romans.

L’Origine de la violence, Fabrice Humbert

Le Livre de Poche, ISBN 978-2-253-12946-2

Note : ★★/☆☆☆☆☆

A mon coeur défendant

4 mai 2010 2 commentaires

A mon coeur défendant

A mon cœur défendant est le troisième roman de Thibaut de Saint Pol. Après N’oubliez pas de vivre qui nous faisait découvrir l’univers à part des classes préparatoires aux grandes écoles, et Pavillon Noir qui nous plongeait dans un hôpital psychiatrique, le jeune auteur s’attaque cette fois à un autre sujet lourd : la France sous l’Occupation.

Juin 1940 : la Wehrmacht est aux portes de Paris. La victoire allemande est imminente, mais elle ne sera totale, aux yeux du Führer, qu’après la destruction du document original du traité de Versailles, souvenir cuisant de la défaite de 1918.

Au péril de sa vie, une jeune employée du Quai d’Orsay reçoit la mission de tout faire pour sauver le précieux parchemin, relique inestimable de l’honneur de la France. Traquée par un officier allemand, Madeleine fuit à travers le pays dévasté. De la capitale aux rivages de la Méditerranée, la jeune femme s’engage alors, avec son poursuivant, dans un troublant jeu de piste. Peu à peu, elle verra grandir en elle la confusion du devoir et des sentiments.

Dans ce roman, Thibaut de Saint Pol donne la parole à trois personnages :

  • Madeleine, jeune alsacienne qui porte le lourd fardeau de protéger le Traité de Versailles, nous raconte sa fuite de Paris en 1940
  • Heinrich, un officier allemand qui pourchasse Madeleine à travers la France pour mettre la main sur le fameux Diktat
  • Théo, petit-fils d’Heinrich, en visite en France de nos jours avec l’espoir de connaître enfin la vérité sur la disparition de son grand-père

Les trois récits sont directement liés et indissociables : c’est à Théo que Madeleine s’adresse quand elle nous raconte sa vie pendant l’Occupation et le jeu du chat et la souris qu’il l’a opposé à Heinrich à l’époque. L’auteur jongle ainsi habilement entre trois personnages et deux époques. L’histoire est intéressante et bien menée, il y a un véritable suspense et quelques rebondissements bien trouvés. Seul le twist final m’a un peu déçu, peut-être parce qu’il était si prévisible que la surprise aurait justement été de le contourner. Ceux qui ont lu ou liront ce livre comprendront tout de suite à quoi je fais allusion mais je n’en dirai pas plus pour ne pas éventer le secret.

Si le récit m’a plu, c’est surtout le lien avec l’Histoire qui m’a intéressé dans ce roman. J’ai particulièrement apprécié les mots d’Heinrich et de Théo sur la France ; ce sont deux regards croisés et différents sur notre pays à soixante années d’intervalle. Entre le mépris d’Heinrich et la distance de Théo, on voit une nette évolution mais aussi la complexité des liens entre les deux voisins. Pour moi qui suis tombé "amoureux" de l’Allemagne à l’adolescence, cette vision des relations franco-allemandes a été l’un des points forts de ce roman.

Avec A mon coeur défendant, Thibaut de Saint Pol confirme les espoirs placés en lui – par moi, en tout cas – après ses deux premiers romans. Outre une plume agréable à lire, j’apprécie chez cet auteur sa capacité à nous plonger chaque fois dans des cadres différents. Avec lui, on "voyage", d’une époque à une autre, ou simplement d’un lieu à un autre. En attendant son prochain roman, tout cela m’a donné envie de relire N’oubliez pas de vivre et Pavillon noir !

A mon coeur défendant, Thibaut de Saint Pol

Plon, ISBN 978-2-259-20881-9

Note : ★★★★/☆☆☆☆☆

The Boy in the Striped Pyjamas

2 août 2009 1 commentaire
The Boy in the Striped Pyjamas

The Boy in the Striped Pyjamas

Inspiré du roman homonyme de John Boyne, "The Boy in the Striped Pyjamas" ("Le garçon au pyjama rayé" en français) nous raconte l’histoire d’amitié entre deux garçons âgés de huit ans : Bruno, le fils d’un officier S.S., et Schmuel, prisonnier d’un camp de concentration. Le roman, que j’avais lu sur les conseils de mon colocataire, m’avait bouleversé. Le film risque bien d’avoir le même effet. Difficile d’en dire plus si dévoiler l’intrigue mais il y a des images qui marquent, celles des dernières minutes de ce film en font partie. Voir peut parfois être plus fort, plus violent, que lire. Ce film en est la preuve.

The Reader

23 juillet 2009 5 commentaires
The Reader

The Reader

Remarque préalable : ce billet contient des spoilers, les spectacteurs qui ne connaissent pas l’histoire de ce livre ou du roman sont invités à passer leur chemin s’ils souhaitent garder la surprise pour des éléments majeurs de l’intrigue.

Les critiques de la presse étaient partagées mais j’avais bien l’intention de voir ce film pour plusieurs raisons : le thème m’intéresse, j’avais beaucoup aimé le roman "Le  liseur" de Bernhard Schlink dont ce film est l’adaptation, et on doit au réalisateur Stephen Daldry l’un de mes films préférés, Billy Elliot. Tout m’amenait donc à prendre avec enthousiasme une place de cinéma pour voir ce long-métrage. Je n’ai pas été déçu, bien au contraire. Ce film a été une véritable claque pour moi : captivé pendant tout le film, souffle coupé (ainsi que les jambes) pendant le générique de fin, incapacité à dire un mot pendant plusieurs minutes après la séance, et enfin désir de crier sur tous les toits qu’il s’agit DU film à voir cet été.

Je ne sais pas exactement ce film m’a tant plu. Sans doute pour plusieurs raisons. L’interprétation de Kate Winslet (fort justement récompensée par un Oscar de la meilleur actrice, j’étais pourtant sceptique avant de voir le film) y est sans doute pour quelque chose mais n’explique qu’en partie ma réaction.

Le livre a été parfaitement adapté, je crois même que le film apporte un petit quelque chose en plus au roman, ce qui est suffisamment rare pour le signaler. Je pense notamment au moment où Hanna préfère faire de faux aveux plutôt que de reconnaître devant le tribunal qu’elle ne sait pas lire et écrire ; j’ai retrouvé dans cette scène parfaitement réalisée et interprétée la question édifiante que je m’étais posé au même moment dans le livre : comment une femme peut-elle avoir plus honte d’être analphabète que d’avoir été gardienne dans un camp de concentration ? Tout au long du film, j’ai été tour à tour captivé et ému. Au risque de paraître ridicule, je dois avouer avoir versé quelques larmes quant le personnage incarné par Kate Winslet commence à apprendre à lire et quand celui de Ralph Fiennes reçoit sa première lettre.

The Reader est donc l’un de mes très bons souvenirs cinématographiques de l’année 2009, après Milk qui m’avait fait le même effet.

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