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Articles avec le mot clé ‘mort’

D’un Terrien en Détresse à un Blogueur Amnésique

27 juillet 2009 4 commentaires

Je t’avais perdu de vue, sans doute parce que tu voulais disparaître. Je t’ai retrouvé, sans doute parce que tu as commencé à semer des cailloux pour être retrouvé. J’ai lu les billets de ton nouveau blog, un à un. Je sors de cette lecture le coeur lourd, abattu par ce que tu y as écrit, marqué par certaines phrases que j’y ai lues. J’ai lu et j’ai eu envie de réagir. Pas pour t’aider, je n’ai pas la prétention de pouvoir réussir là où tes amis ont échoué. Je t’écris sans vraiment savoir pourquoi. Juste pour partager une peine que je comprends, ou que je crois comprendre. Même si mes symptômes sont différents des tiens.

Je suis le contraire d’un amnésique. Je suis celui qui se souvient. Celui qui n’a oublié aucune émotion, aucun battement de coeur. Celui qui n’a oublié aucun garçon. Ni le Premier, dont je porte encore le deuil. Ni le Lycéen, enseveli deux fois sous une montagne de regrets. Ni le Montpelliérain, qui m’a redonné le sourire et le plaisir d’aimer le temps d’une parenthèse, d’une transition. Ni le Gamin, qui a tant abusé de mes sentiments sans être sur la même longueur d’onde. Ni l’Eternel, tour à tour amant et ami mais que je ne saurai jamais aimer comme il le faudrait. Ni le Comédien, qui a souffert deux fois de ma lâcheté et pour lequel je n’aurai jamais assez de mots pour m’excuser. Ni le Breton, qui sentait bon les crêpes au citron mais que j’ai contraint à la Distance. Ni Lui, dont la simple évocation suffit à faire trembler mes mains, mon corps entier, mon coeur.

Je suis le contraire d’un amnésique. Je suis celui qui se souvient. Celui qui se souvient de tout. Des débuts, des milieux, des fins. Des avants, des pendants, des après. Des bons et des mauvais moments. Des joies et des peines. Des disputes et des réconciliations. Des rires et des larmes. Des sourires et des regards lourds. Des réveillons de Noël et des soirs de septembre. Des choux et des coeurs. Des promesses et des déceptions. Des colères et des excuses. Du vertige en haut d’une tour, des averses au bord d’un étang. Des départs à deux et des retours à un plus un. Des semaines d’attente et des retrouvailles. Des erreurs et des leçons. Des lettres et des réponses. Des ruptures qui n’en sont pas et des ruptures qui durent. Des colis, des bracelets perdus, des anneaux, des doigts à nouveau dénudés. Des clefs et du trousseau vide. Des messages et des silences. Du silence et du manque.

Je suis le contraire d’un amnésique. Je suis celui qui se souvient et voudrait oublier. Nous pourrions échanger nos Super-Pouvoirs. Tu m’apprendrais à oublier, je t’apprendrais à te souvenir. Dis-moi que tu veux bien …

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Le deuil

18 juillet 2009 5 commentaires

Paris, 17 juillet 2009.

Il a suffi d’une soirée en l’honneur de l’anniversaire d’une amie de mon colocataire pour raviver le souvenir d’autres soirées similaires, celui des anniversaires du garçon qui a accompagné mon enfance et mon adolescence. Grégory. Mon premier ami. Mon premier petit ami. Celui dont j’ai l’habitude de dire qu’il m’a aidé à grandir, à m’accepter, à m’assumer, à être mieux dans ma peau, et donc à être celui que je suis aujourd’hui. Nous formions un petit groupe d’amis dont il était le trait d’union. Pour les cadeaux d’anniversaires ou de Noël, nous avions des habitudes qui me sont revenues en mémoire en découvrant les “rituels” pratiqués ou évoqués par le groupe ce soir. Rien de bien original, mais suffisamment marquant pour me replonger plusieurs années en arrière.

Cela fait plus de douze ans qu’il nous a brutalement quitté. Chaque année, le 7 mai, je me dis qu’il aurait eu vingt, vingt-cinq, trente ans, alors qu’en réalité il aura éternellement dix-huit ans. Les années ont produit leur effet sur moi mais je garde de lui le souvenir de ce jeune homme charmant tout juste sorti de l’adolescence ; c’est la dernière image qu’il me reste de lui. Cette idée un peu irrationnelle que le temps n’a plus de prise sur lui me trouble. Au fil des années, il m’est souvent arrivé de me demander comment il aurait réagi face à un événement de ma vie ou de l’actualité. Savoir qu’il n’a pas connu tout cela et que tout s’est arrêté pour lui m’angoisse, peut-être parce que cela me ramène à ma peur de ma propre mort.

Il m’arrive parfois d’imaginer ce que seraient aujourd’hui nos vies s’il était encore parmi nous. Serions-nous toujours aussi proches ? Sans doute. Que serait-il devenu ? Aurait-il réalisé ses ambitions, ses rêves ? Quel aurait été mon parcours avec lui à mes côtés ? Aurais-je fait les mêmes rencontres, aurais-je commis les mêmes erreurs ? Que penserait-il de mes amis ? Aurions-nous réussi à choisir entre amour et amitié ?

Lorsque je résiste à ces rêveries, il reste un bruit discret, presque silencieux mais toujours présent. Bien sûr, le temps a fait son oeuvre, la douleur n’est plus ce qu’elle était pendant les longs mois qui ont suivi sa disparition. J’ai réappris à vivre sans lui. J’ai fait d’autres rencontres, j’ai aimé et été aimé d’autres garçons. J’ai même la chance d’avoir à mes côtés depuis dix ans un ami qui a toujours été présent dans les bons et mauvais moments. Je ne suis pas malheureux. J’ai, simplement, toujours au fond de moi la nostalgie de cette relation si particulière et le regret de cette vie partagée avec lui que nous avions imaginée mais qui ne s’est pas réalisée. Je sais que jusqu’à la fin de ma vie je garderai le souvenir de son existence, le sentiment de manque, et l’impression d’être définitivement incomplet.

Incomplet ? Oui, incomplet. C’est le mot que je cherchais pour exprimer ce que je ressens inconsciemment depuis sa mort. Incomplet, comme ces deux êtres séparés dans la chanson “Origin of Love” dans Hedwig and the Angry Inch (ce qui explique pourquoi cette chanson m’a interpellé dès la première fois où je l’ai entendue).

Last time I saw you
We had just split in two
You were looking at me
I was looking at you
You had a way so familiar
But I could not recognize
Cause you had blood on your face
I had blood in my eyes
But I could swear by your expression
That the pain down in your soul
Was the same as the one down in mine
That’s the pain
Cuts a straight line
Down through the heart
We called it love.

“We called it love”.

On dit souvent qu’on se souvient toujours de son premier amour. C’est vrai.

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Les blessures

29 avril 2009 2 commentaires

Certaines blessures ne guérissent jamais. La douleur s’estompe, mais la plaie ne se referme jamais complètement. Il suffit d’une simple friction pour que la cicatrice s’ouvre à nouveau, pour que le sang et les larmes coulent à flot.

On redécouvre alors brutalement le choc et l’horreur de la blessure. On replonge dans cette douleur insoutenable qui semble interminable. On oublie les bonnes résolutions et la volonté de tourner la page, de se reconstruire. On voudrait réécrire l’histoire, croire que cela aurait pu se terminer autrement – ne pas se terminer tout court – si on avait agi différemment. On retrouve la colère, la haine, le mépris ressentis naguère, mais aussi la peine indescriptible. On comprend mieux cette mélancolie qui n’est jamais vraiment partie, cette petite musique qui résonne dans les moments de solitude, avec ses notes graves et son rythme désespérément lent. On met un visage sur ce froid qui s’installe en soi quand on entend cette chanson, quand on revoit ce film, quand on repasse à cet endroit.

On se demande, aussi, laquelle de ces blessures a été la plus douloureuse, laquelle reste la plus vive aujourd’hui. Si elles peuvent cicatriser définitivement, comme l’ont promis les amis. Si un départ et une rupture sont comparables. Si ce visage déclenchera à jamais un pincement au coeur. Si cette ville sera toujours associée à ces souvenirs. Si, avec le temps, blesser peut faire autant de mal que d’être blessé.

On essaye tout de même de repenser aux circonstances des accidents de parcours, aux fautes commises et aux leçons retenues. On se promet de ne plus reproduire les mêmes erreurs, d’éviter les excès de vitesse et les priorités grillées. On espère toujours que des moments aussi exaltants nous attendent encore. On guette des signes et des regards. On rêve de Bretagne ou d’ailleurs. On veut croire que cela en vaut la peine.

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Les éphémères

18 décembre 2008 5 commentaires

Les éphémères passent dans notre vie, nous apportent un peu de bonheur et finissent par s’en aller.

Je ne sais plus où j’ai lu cette phrase mais elle m’avait marqué car elle résume très bien ce que je ressens parfois. Je l’avais notée dans un coin, avec l’idée de la développer un jour dans un billet.

Les éphémères, ce sont celles et ceux que j’ai connus et qui ne sont plus dans ma vie, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

Les éphémères, ce sont ces anciens collègues que la paresse, souvent partagée, puis la gêne m’ont empêché de revoir. Malgré les coordonnées personnelles laissées par celui qui quitte une mission ou une société, malgré les rencontres autour d’un verre ou d’un bon repas, le fossé se creuse : les dernières nouvelles et rumeurs finissent par ne plus intéresser l’ancien qui ne connaît pas tous ces nouveaux, arrivés après son départ, dont je pourrais parler. Le temps triomphe peu à peu de ma volonté, et après plusieurs mois sans contact il devient gênant de se rappeler au souvenir de l’autre.

Les éphémères, ce sont ces amis d’enfance que les années et les kilomètres m’ont fait perdre de vue. Voisins ou camarades, nous avons partagé nos jeux, nous avons échangé nos billes et nos vignettes Panini. Puis nous avons grandi, nos choix et nos parcours ont été différents, nous sommes devenus différents. Ceux qui nous qualifiaient d’inséparables devaient savoir que cela ne durerait pas mais ils avaient raison de nous le laisser croire. Il y a une ironie un peu cruelle dans l’idée qu’on devient vraiment adulte quand on se sépare de ceux qui nous ont aidé à grandir.

Les éphémères, c’est aussi cette amie qui a accompagné mon adolescence. C’est une amitié née malgré les sentiments ou grâce aux sentiments partagés pour le même garçon, et enterrée avec lui. Ce garçon nous a réunis plus de trois ans, trois années peuplées de mensonges, de crises de jalousie et de larmes mais aussi de tendresse et de fous rires. Quand le trait d’union a disparu, la tragédie et les malentendus nous ont séparés, plein de rancoeur et en n’affichant qu’un seul regret : celui d’avoir perdu celui qui nous liait.

Les éphémères, ce sont ces relations commencées avec la certitude qu’elles dureront “le plus longtemps possible” et qui ont pris fin avec la promesse, vite rompue, de rester amis et d’être toujours là l’un pour l’autre. Croit-on vraiment à ces grandes déclarations quand on les fait ? Peut-être … jusqu’à ce que le coeur change de cible et qu’on se rende compte qu’après l’amour, il ne reste souvent rien d’autre que de l’indifférence, rarement de l’amitié.

Les éphémères passent dans notre vie, nous apportent un peu de bonheur et finissent par s’en aller. Ils nous laissent avec le regret de ce qui aurait pu être et ne sera jamais, à la fois souvenirs enivrants d’un passé révolu et promesses non tenues d’un avenir rêvé.

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Les absents

9 août 2008 3 commentaires

Les absents me manquent. Parfois. Souvent.

Je pense à eux. Parfois. Souvent.

Le matin, sous la douche, quand l’esprit hésite encore entre sommeil et éveil. Dans le RER qui m’amène au bureau, lorsqu’il s’arrête dans cette station où nous nous retrouvions parfois. Sur le parvis venteux de La Défense, point de rendez-vous pour ces traditionnels mais désormais oubliés déjeuners. Au bureau, perdu dans mes pensées au moment où mes collègues rient d’une blague quelconque pendant la pause café. Le soir, en rentrant dans cet appartement que je voudrais quitter pour tourner la page.

Je pense à eux. Parfois. Souvent.

En relisant un roman dont nous avions tant parlé, les passages qui nous avaient plu, les personnages qui nous avaient marqués et qui parfois nous ressemblaient. En revoyant un film devant lequel nous avions ri ou pleuré, les scènes mémorables et les répliques que nous connaissions par coeur. En écoutant ces chansons que j’associerai éternellement à eux, les mélodies fredonnées ensemble et ces paroles échangées dans nos lettres et nos e-mails. En retrouvant ces cadeaux reçus, ces objets achetés ensemble, ces petits bouts d’histoire à deux.

Je pense à eux. Parfois. Souvent.

Au crépuscule, au moment de se réfugier sous la couette pour fuir et rejoindre ce monde où les absents renaissent pour nous retrouver. La nuit, quand je peux leur dire ce que je n’ai pas eu le temps de leur dire et partager à nouveau quelques instants avec eux. Au réveil, quand je réalise brutalement, douloureusement, que les absents ne m’accompagneront pas hors de mes rêves.

Je pense à eux. Parfois. Souvent.

Quand les amis communs se souviennent. Quand le calendrier s’arrête sur ces dates anniversaires. Quand quelqu’un, ignorant ce qui s’est passé, demande innocemment des nouvelles. Quand, le jour venu, les projets faits ensemble ne se réalisent pas. Quand un simple accident donne envie de composer ce numéro auquel on ne répondra pas.

Je pense à eux. Parfois. Souvent. Malgré les mois ou les années, ils sont toujours présents dans mes souvenirs, dans mes rêves, dans ma vie. Les absents me manquent. La douleur s’apaise parfois mais le manque, lui, sera toujours présent.

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Les yeux au ciel

6 mars 2008 1 commentaire

Le soleil inonde le ciel
Mes jours en hiver passés à t’oublier
Où chaque seconde est une poignée de terre
Où chaque minute
Est un sanglot
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau

[...]

Le soleil inonde le ciel
Mes jours en enfer passés a t’enterrer
Où chaque seconde est une poignée de terre
Où chaque minute
Est un caveau
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau

J’espère qu’au ciel
Des diables malins coupent aux anges leurs ailes
Pour que tu retombes du ciel
Dans mes bras ouverts
Cadeau providentiel

Mais chaque seconde est une poignée de terre
Mais chaque seconde est une poignée de terre
Mais chaque minute
Est un tombeau
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau

(“Les yeux au ciel” par Louis Garrel dans Les chansons d’amour)

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Je t’écris

2 février 2008 3 commentaires

Ce billet du sympathique Cédric Darval de Bayen m’a amené à lire cet autre billet plus ancien. On y parle de Grégory Lemarchal, vainqueur de la quatrième saison de la Star Academy, décédé l’an passé. Je comprends l’agacement exprimé par CDdB (tu permets que je t’appelle comme ça, hein ?) sur la mise en scène de l’émotion suite à la mort du jeune chanteur. Je comprends aussi ceux qui ont été sincèrement touchés par cette disparition. Je comprends parce que je navigue entre les deux.

Tout, depuis la première présentation de Grégory au début de la Star Academy 4 sur TF1, aurait dû me déplaire. Pourtant, ce jeune homme m’a ému au fil du temps, prime après prime, prestation après prestation. J’avoue même avoir envoyé un SMS, une fois, pour contribuer à sa victoire éclatante en finale. Je ne me l’explique pas. Sa voix m’a plu. Son prénom aussi, sans doute …

Lorsque j’ai appris sa mort l’année dernière, j’ai été choqué. Mon copain de l’époque s’est moqué de mon émotion, je l’ai haï pour cela. Comme un idiot, j’ai regardé quelques jours plus tard l’émission spéciale diffusée sur TF1. Totalement mélo, décevante sans être surprenante, cette émission qui se voulait un hommage m’a agacé. Jusqu’à ce moment : Yvan Casar au piano, et Marc Levy qui lit un texte adapté de la chanson “Je t’écris” qu’il avait écrite pour le premier album de Grégory. C’est bête, je devrais sans doute avoir honte, mais j’ai été touché.

Je t’écris des trottoirs de nos villes
Où tu nous as laissés
Je t’écris de ces soirs de lumière
Des yeux émerveillés de ceux pour qui tu chantais
De tous ceux pour qui tu résistais
Je t’écris d’un départ si discret
D’une valise oubliée avec ta vie dedans
Et les promesses abandonnées
Je t’écris pour tous ceux à qui tu as redonné force
Je t’écris en leur nom
Pour te dire merci
Merci de tes courages
De ta volonté
De ton humilité
Je t’écris aussi pour tous ceux qui doutaient
Je t’écris en leur nom
Pour te demander pardon
De Londres à Montréal
De Sonaz à Marseille
En passant par Liège
Tu as semé la joie
Tu as tout donné de toi
Sans rien demander
Sans rien attendre
Je t’écris de cette scène orpheline
En rêvant que d’autres y reprennent un jour tes mots
Fassent revivre ta voix
Et nous ramènent un peu de toi
Je t’écris du plumier d’un vieillard solitaire
Qui écoutait tes chansons
Et se sentait moins seul
Je t’écris du regard d’un enfant
Qui chantait sur tes mots
Et qui voulait grandir
Je t’écris sur cette partition où se promenait ta voix
Entraînant vers l’espoir
Un crooner disait qu’il suffisait de quelques mots, de quelques notes pour refaire le monde ensemble
Le tien était tout en couleur
Alors où que tu sois désormais
Je t’écris ébloui par tant d’humanité
La tienne

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Des amants

27 janvier 2008 Laisser un commentaire

Je ne connaissais pas Daniel Arsand avant de découvrir cette semaine son nouveau roman : Des amants. Je l’ai acheté à la FNAC lundi dernier : en prévision de trois jours en déplacement pour le boulot, je cherchais un peu de lecture pour occuper mes trajets en train et mes soirées à l’hôtel. Le titre m’a intrigué et la quatrième de couverture m’a convaincu :

“Ne nous quittons jamais.

Nous ne nous quitterons jamais.

Comme dans une chanson qui a sans doute déjà été écrite.

Une chanson de rien.

Rien. Un mot qu’affectionne Sébastien.

Rien. Un mot que Balthazar prononce très peu souvent. Le temps n’en est pas encore venu. Mais cela viendra, comme le reste. Et c’est, ce sera quoi, le reste ? Et le reste de quoi ?

Rien. Pas vraiment, se dit Sébastien. Il y a Balthazar. Et il y a l’amour.”

Des amants est un magnifique chant d’amour et d’humanité. A travers l’histoire incandescente de Balthazar et Sébastien, il dénonce l’intolérance de la société, d’hier et d’aujourd’hui.

L’action se déroule en 1749, quarante ans avant la Révolution. Sébastien Faure a quinze ans, c’est un fils de paysan. Balthazar de Créon est un jeune noble. Après une chute de cheval à laquelle Sébastien assiste, Balthazar fait de lui son protégé, son ami, son amant. A Moulins puis à Paris où le roi requiert sa présence, contre l’avis de sa mère, Balthazar ne sépare plus de son compagnon et risque sa réputation et sa vie par amour pour Sébastien. Celui-ci lui sera infidèle, mais l’amour sera toujours là entre eux.

Comment ne pas noter l’étrange similitude avec Un homme accidentel de Philippe Besson ? J’ai lu ces deux romans l’un après l’autre et la ressemblance m’a frappé. Dans les deux livres, nous assistons à une rencontre accidentelle de deux êtres que tout oppose (le flic et l’acteur pour Philippe Besson, le noble et le paysan pour Daniel Arsand). Dans les deux histoires, la passion va isoler les deux hommes du reste du monde et les mener à leur chute.

Les deux romans sont malgré tout différents. Dans Des amants, Daniel Arsand dépeint habilement la folie d’une mère qui perd son fils et le désespoir d’un garçon qui réalise qu’il ne verra plus son compagnon. C’est parfois grandiloquent et mélodramatique, à l’inverse de l’émotion retenue que Philippe Besson parvient à créer dans Un homme accidentel. J’ai apprécié Des amants mais ma préférence va nettement au roman de Philippe Besson. Il ne restera pas dans ma mémoire, peut-être parce qu’il a précédé un roman qui, lui, restera inoubliable à mes yeux.

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Un homme accidentel

26 janvier 2008 5 commentaires

Un homme accidentel est le neuvième roman de Philippe Besson, un auteur que je suis fidèlement depuis la sortie de En l’absence des hommes, peut-être mon livre préféré tous auteurs confondus (seul Le Petit Prince pourrait peut-être rivaliser dans mon coeur).

La quatrième de couverture ne révèle pas grand chose de l’histoire :

“Nous n’aurions jamais dû nous rencontrer.

Seulemement voilà, le hasard nous a mis en présence.

Si on veut bien considérer que la découverte d’un cadavre sur les pelouses impeccables de Beverly Hills est un hasard.”

Deux êtres que tout sépare se trouvent brutalement réunis par la mort d’un inconnu. Aussitôt, entre ces deux-là, surgit, sans qu’ils s’y attendent et sans qu’ils puissent s’y opposer, un sentiment violent. Un sentiment qui va les arracher à la solitude et au mensonge.

A Los Angeles, ville mythique et dangereuse, une intrigue criminelle peut quelquefois devenir une intrigue amoureuse.

Le narrateur est un jeune flic de Los Angeles, heureux en couple avec une charmante épouse qui va bientôt lui donner un enfant. Lors d’une enquête sur la mort d’un prostitué retrouvé mort dans les beaux quartiers, il rencontre Jack Bell, un acteur qui fait la une des journaux après plusieurs succès au grand écran. Entre le jeune premier et le flic consciencieux mais sans envergure, l’improbable se produit : c’est le coup de foudre et le début d’une relation clandestine qui va les mener au fond de l’abysse. Mais avant la chute, il y aura un amour intense, des moments inoubliables de complicité et de bonheur.

Je ne révélerai pas ici tous les détails de l’intrigue, je préfère laisser le plaisir de la découverte aux futurs lecteurs. Je me contenterai de dire que l’enquête criminelle et l’histoire d’amour s’entremêlent parfaitement dans un récit sans surprise mais passionnant.

Tous les romans de Philippe Besson parlent d’une façon ou d’une autre de la mort ou de l’absence, celui-ci ne fait exception. J’ai déjà cité ici cet extrait sublime sur le manque. C’est aussi un livre sur le hasard, sur le coup de foudre, sur une rencontre improbable donnant vie à un sentiment qui dépasse tout. Qu’importe, peut-être, qu’il s’agisse de deux garçons, c’est une histoire universelle sur une vie qui bascule quand elle en croise une autre. J’ai lu une critique dans la presse qui disait que ce n’est pas un roman sur un homme qui découvre son homosexualité et je partage ce point de vue. C’est une histoire d’amour, peut-être l’une des plus belles jamais écrites.

Ce roman m’a touché comme peu de livres l’ont fait. La dernière fois, c’était peut-être En l’absence des hommes : c’est dire si Un homme accidentel m’a marqué. Philippe Besson a le don de m’émouvoir. Chacun de ses romans éveille quelque chose en moi. Cette fois-ci, c’est très fort. S’il y a une semaine on m’avait demander de choisir un seul roman de Philippe Besson, j’aurais choisi En l’absence des hommes sans hésiter. Aujourd’hui, j’aurais du mal à choisir.

“Nous n’avions pas fini de nous aimer. Non, pas fini de nous aimer. Tout nous a été retiré trop vite. Il nous restait tant à faire. Une vie entière, peut-être. Un amour total, pourquoi ça s’arrêterait ?

J’essaie d’apprendre à vivre sans lui. Chaque jour, j’essaie. Je vous jure que j’essaie. Je n’y arrive pas.”

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Une minute de silence

1 janvier 2008 Laisser un commentaire

Pour Grégory

(07/05/1978 – 01/01/1997)

Un soir, tu trouveras des brouillons dans leur cachette
Pour voir, tu sortiras les disques de leur pochette
Notre histoire, tu la verras défiler dans ta tête

Alors chut, pose doucement un doigt devant ta bouche
Et lutte, efface de ta mémoire ces mots qui nous touchent
Brûle, ces images qui nous plongent dans la solitude

Ecoute, ce qu’il reste de nous
Immobile et debout
Une minute de silence

Ce qu’il reste, c’est tout
De ces deux cœurs immenses
Et de cet amour fou
Et fais quand tu y penses
En souvenir de nous
Une minute de silence

Ecoute passer mes nuits blanches
Dans tes volutes de fumée bleue
Cette minute de silence
Est pour nous deux

Ecoute, ce qu’il reste de nous
Immobile et debout
Une minute de silence

Ce qu’il reste, c’est tout
De ces deux cœurs immenses
Et de cet amour fou
Et fais quand tu y penses
En souvenir de nous
Une minute de silence

Une minute de silence

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