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Juste une question d’amour

13 septembre 2009 2 commentaires
Juste une question d'amour

Juste une question d'amour

Décidément ! Peu de temps après avoir redécouvert avec plaisir la version anglaise de Queer As Folk, je continue bien involontairement un cycle sur l’histoire de l’homosexualité à la télévision avec Juste une question d’amour, un téléfilm qui a fait beaucoup pour la visibilité de l’homosexualité en France. Diffusé en prime-time par France 2 en janvier 2000, ce fut l’un des premiers téléfilms (si ce n’est le premier ?) à aborder ouvertement le thème de l’homosexualité à une heure de grande écoute et à trouver son public, avec plus de 6 millions de téléspectateurs lors de sa première diffusion.

On y suit l’histoire d’amour entre Laurent, étudiant en lycée agricole, et Cédric, son jeune maître de stage, ainsi que les relations entre Laurent et ses parents avant et après la révélation de son homosexualité. Le scénario est à la fois banal et plein de finesse, il évite les excès de bons sentiments qu’on retrouve parfois dans ce genre d’histoires, tout en abordant avec subtilité les thèmes de l’acceptation de soi, du coming-out et de l’homophobie. C’est une belle histoire, très bien servie par des comédiens de talent : le très mignon Cyrille Thouvenin dans le rôle de Laurent, le charmant Stephan Guerin Tillié dans celui de Cédric, et surtout l’excellente Eva Darlan, formidable dans le rôle d’Eva, la mère de Cédric.

Presque dix ans après sa première diffusion, ce téléfilm n’a pas pris une ride : j’ai pris beaucoup de plaisir à le revoir ce soir, j’ai été touché par l’histoire et les personnages comme la première fois. C’est un très bon film qui réussit à faire réfléchir sur des thèmes difficiles sans tomber dans la facilité. Une oeuvre à conseiller à tous les jeunes gens qui se posent des questions sur leur sexualité, et à leurs parents.

D’un Terrien en Détresse à un Blogueur Amnésique

27 juillet 2009 4 commentaires

Je t’avais perdu de vue, sans doute parce que tu voulais disparaître. Je t’ai retrouvé, sans doute parce que tu as commencé à semer des cailloux pour être retrouvé. J’ai lu les billets de ton nouveau blog, un à un. Je sors de cette lecture le coeur lourd, abattu par ce que tu y as écrit, marqué par certaines phrases que j’y ai lues. J’ai lu et j’ai eu envie de réagir. Pas pour t’aider, je n’ai pas la prétention de pouvoir réussir là où tes amis ont échoué. Je t’écris sans vraiment savoir pourquoi. Juste pour partager une peine que je comprends, ou que je crois comprendre. Même si mes symptômes sont différents des tiens.

Je suis le contraire d’un amnésique. Je suis celui qui se souvient. Celui qui n’a oublié aucune émotion, aucun battement de coeur. Celui qui n’a oublié aucun garçon. Ni le Premier, dont je porte encore le deuil. Ni le Lycéen, enseveli deux fois sous une montagne de regrets. Ni le Montpelliérain, qui m’a redonné le sourire et le plaisir d’aimer le temps d’une parenthèse, d’une transition. Ni le Gamin, qui a tant abusé de mes sentiments sans être sur la même longueur d’onde. Ni l’Eternel, tour à tour amant et ami mais que je ne saurai jamais aimer comme il le faudrait. Ni le Comédien, qui a souffert deux fois de ma lâcheté et pour lequel je n’aurai jamais assez de mots pour m’excuser. Ni le Breton, qui sentait bon les crêpes au citron mais que j’ai contraint à la Distance. Ni Lui, dont la simple évocation suffit à faire trembler mes mains, mon corps entier, mon coeur.

Je suis le contraire d’un amnésique. Je suis celui qui se souvient. Celui qui se souvient de tout. Des débuts, des milieux, des fins. Des avants, des pendants, des après. Des bons et des mauvais moments. Des joies et des peines. Des disputes et des réconciliations. Des rires et des larmes. Des sourires et des regards lourds. Des réveillons de Noël et des soirs de septembre. Des choux et des coeurs. Des promesses et des déceptions. Des colères et des excuses. Du vertige en haut d’une tour, des averses au bord d’un étang. Des départs à deux et des retours à un plus un. Des semaines d’attente et des retrouvailles. Des erreurs et des leçons. Des lettres et des réponses. Des ruptures qui n’en sont pas et des ruptures qui durent. Des colis, des bracelets perdus, des anneaux, des doigts à nouveau dénudés. Des clefs et du trousseau vide. Des messages et des silences. Du silence et du manque.

Je suis le contraire d’un amnésique. Je suis celui qui se souvient et voudrait oublier. Nous pourrions échanger nos Super-Pouvoirs. Tu m’apprendrais à oublier, je t’apprendrais à te souvenir. Dis-moi que tu veux bien …

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Le deuil

18 juillet 2009 5 commentaires

Paris, 17 juillet 2009.

Il a suffi d’une soirée en l’honneur de l’anniversaire d’une amie de mon colocataire pour raviver le souvenir d’autres soirées similaires, celui des anniversaires du garçon qui a accompagné mon enfance et mon adolescence. Grégory. Mon premier ami. Mon premier petit ami. Celui dont j’ai l’habitude de dire qu’il m’a aidé à grandir, à m’accepter, à m’assumer, à être mieux dans ma peau, et donc à être celui que je suis aujourd’hui. Nous formions un petit groupe d’amis dont il était le trait d’union. Pour les cadeaux d’anniversaires ou de Noël, nous avions des habitudes qui me sont revenues en mémoire en découvrant les “rituels” pratiqués ou évoqués par le groupe ce soir. Rien de bien original, mais suffisamment marquant pour me replonger plusieurs années en arrière.

Cela fait plus de douze ans qu’il nous a brutalement quitté. Chaque année, le 7 mai, je me dis qu’il aurait eu vingt, vingt-cinq, trente ans, alors qu’en réalité il aura éternellement dix-huit ans. Les années ont produit leur effet sur moi mais je garde de lui le souvenir de ce jeune homme charmant tout juste sorti de l’adolescence ; c’est la dernière image qu’il me reste de lui. Cette idée un peu irrationnelle que le temps n’a plus de prise sur lui me trouble. Au fil des années, il m’est souvent arrivé de me demander comment il aurait réagi face à un événement de ma vie ou de l’actualité. Savoir qu’il n’a pas connu tout cela et que tout s’est arrêté pour lui m’angoisse, peut-être parce que cela me ramène à ma peur de ma propre mort.

Il m’arrive parfois d’imaginer ce que seraient aujourd’hui nos vies s’il était encore parmi nous. Serions-nous toujours aussi proches ? Sans doute. Que serait-il devenu ? Aurait-il réalisé ses ambitions, ses rêves ? Quel aurait été mon parcours avec lui à mes côtés ? Aurais-je fait les mêmes rencontres, aurais-je commis les mêmes erreurs ? Que penserait-il de mes amis ? Aurions-nous réussi à choisir entre amour et amitié ?

Lorsque je résiste à ces rêveries, il reste un bruit discret, presque silencieux mais toujours présent. Bien sûr, le temps a fait son oeuvre, la douleur n’est plus ce qu’elle était pendant les longs mois qui ont suivi sa disparition. J’ai réappris à vivre sans lui. J’ai fait d’autres rencontres, j’ai aimé et été aimé d’autres garçons. J’ai même la chance d’avoir à mes côtés depuis dix ans un ami qui a toujours été présent dans les bons et mauvais moments. Je ne suis pas malheureux. J’ai, simplement, toujours au fond de moi la nostalgie de cette relation si particulière et le regret de cette vie partagée avec lui que nous avions imaginée mais qui ne s’est pas réalisée. Je sais que jusqu’à la fin de ma vie je garderai le souvenir de son existence, le sentiment de manque, et l’impression d’être définitivement incomplet.

Incomplet ? Oui, incomplet. C’est le mot que je cherchais pour exprimer ce que je ressens inconsciemment depuis sa mort. Incomplet, comme ces deux êtres séparés dans la chanson “Origin of Love” dans Hedwig and the Angry Inch (ce qui explique pourquoi cette chanson m’a interpellé dès la première fois où je l’ai entendue).

Last time I saw you
We had just split in two
You were looking at me
I was looking at you
You had a way so familiar
But I could not recognize
Cause you had blood on your face
I had blood in my eyes
But I could swear by your expression
That the pain down in your soul
Was the same as the one down in mine
That’s the pain
Cuts a straight line
Down through the heart
We called it love.

“We called it love”.

On dit souvent qu’on se souvient toujours de son premier amour. C’est vrai.

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Les blessures

29 avril 2009 2 commentaires

Certaines blessures ne guérissent jamais. La douleur s’estompe, mais la plaie ne se referme jamais complètement. Il suffit d’une simple friction pour que la cicatrice s’ouvre à nouveau, pour que le sang et les larmes coulent à flot.

On redécouvre alors brutalement le choc et l’horreur de la blessure. On replonge dans cette douleur insoutenable qui semble interminable. On oublie les bonnes résolutions et la volonté de tourner la page, de se reconstruire. On voudrait réécrire l’histoire, croire que cela aurait pu se terminer autrement – ne pas se terminer tout court – si on avait agi différemment. On retrouve la colère, la haine, le mépris ressentis naguère, mais aussi la peine indescriptible. On comprend mieux cette mélancolie qui n’est jamais vraiment partie, cette petite musique qui résonne dans les moments de solitude, avec ses notes graves et son rythme désespérément lent. On met un visage sur ce froid qui s’installe en soi quand on entend cette chanson, quand on revoit ce film, quand on repasse à cet endroit.

On se demande, aussi, laquelle de ces blessures a été la plus douloureuse, laquelle reste la plus vive aujourd’hui. Si elles peuvent cicatriser définitivement, comme l’ont promis les amis. Si un départ et une rupture sont comparables. Si ce visage déclenchera à jamais un pincement au coeur. Si cette ville sera toujours associée à ces souvenirs. Si, avec le temps, blesser peut faire autant de mal que d’être blessé.

On essaye tout de même de repenser aux circonstances des accidents de parcours, aux fautes commises et aux leçons retenues. On se promet de ne plus reproduire les mêmes erreurs, d’éviter les excès de vitesse et les priorités grillées. On espère toujours que des moments aussi exaltants nous attendent encore. On guette des signes et des regards. On rêve de Bretagne ou d’ailleurs. On veut croire que cela en vaut la peine.

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Les éphémères

18 décembre 2008 5 commentaires

Les éphémères passent dans notre vie, nous apportent un peu de bonheur et finissent par s’en aller.

Je ne sais plus où j’ai lu cette phrase mais elle m’avait marqué car elle résume très bien ce que je ressens parfois. Je l’avais notée dans un coin, avec l’idée de la développer un jour dans un billet.

Les éphémères, ce sont celles et ceux que j’ai connus et qui ne sont plus dans ma vie, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

Les éphémères, ce sont ces anciens collègues que la paresse, souvent partagée, puis la gêne m’ont empêché de revoir. Malgré les coordonnées personnelles laissées par celui qui quitte une mission ou une société, malgré les rencontres autour d’un verre ou d’un bon repas, le fossé se creuse : les dernières nouvelles et rumeurs finissent par ne plus intéresser l’ancien qui ne connaît pas tous ces nouveaux, arrivés après son départ, dont je pourrais parler. Le temps triomphe peu à peu de ma volonté, et après plusieurs mois sans contact il devient gênant de se rappeler au souvenir de l’autre.

Les éphémères, ce sont ces amis d’enfance que les années et les kilomètres m’ont fait perdre de vue. Voisins ou camarades, nous avons partagé nos jeux, nous avons échangé nos billes et nos vignettes Panini. Puis nous avons grandi, nos choix et nos parcours ont été différents, nous sommes devenus différents. Ceux qui nous qualifiaient d’inséparables devaient savoir que cela ne durerait pas mais ils avaient raison de nous le laisser croire. Il y a une ironie un peu cruelle dans l’idée qu’on devient vraiment adulte quand on se sépare de ceux qui nous ont aidé à grandir.

Les éphémères, c’est aussi cette amie qui a accompagné mon adolescence. C’est une amitié née malgré les sentiments ou grâce aux sentiments partagés pour le même garçon, et enterrée avec lui. Ce garçon nous a réunis plus de trois ans, trois années peuplées de mensonges, de crises de jalousie et de larmes mais aussi de tendresse et de fous rires. Quand le trait d’union a disparu, la tragédie et les malentendus nous ont séparés, plein de rancoeur et en n’affichant qu’un seul regret : celui d’avoir perdu celui qui nous liait.

Les éphémères, ce sont ces relations commencées avec la certitude qu’elles dureront “le plus longtemps possible” et qui ont pris fin avec la promesse, vite rompue, de rester amis et d’être toujours là l’un pour l’autre. Croit-on vraiment à ces grandes déclarations quand on les fait ? Peut-être … jusqu’à ce que le coeur change de cible et qu’on se rende compte qu’après l’amour, il ne reste souvent rien d’autre que de l’indifférence, rarement de l’amitié.

Les éphémères passent dans notre vie, nous apportent un peu de bonheur et finissent par s’en aller. Ils nous laissent avec le regret de ce qui aurait pu être et ne sera jamais, à la fois souvenirs enivrants d’un passé révolu et promesses non tenues d’un avenir rêvé.

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Les absents

9 août 2008 3 commentaires

Les absents me manquent. Parfois. Souvent.

Je pense à eux. Parfois. Souvent.

Le matin, sous la douche, quand l’esprit hésite encore entre sommeil et éveil. Dans le RER qui m’amène au bureau, lorsqu’il s’arrête dans cette station où nous nous retrouvions parfois. Sur le parvis venteux de La Défense, point de rendez-vous pour ces traditionnels mais désormais oubliés déjeuners. Au bureau, perdu dans mes pensées au moment où mes collègues rient d’une blague quelconque pendant la pause café. Le soir, en rentrant dans cet appartement que je voudrais quitter pour tourner la page.

Je pense à eux. Parfois. Souvent.

En relisant un roman dont nous avions tant parlé, les passages qui nous avaient plu, les personnages qui nous avaient marqués et qui parfois nous ressemblaient. En revoyant un film devant lequel nous avions ri ou pleuré, les scènes mémorables et les répliques que nous connaissions par coeur. En écoutant ces chansons que j’associerai éternellement à eux, les mélodies fredonnées ensemble et ces paroles échangées dans nos lettres et nos e-mails. En retrouvant ces cadeaux reçus, ces objets achetés ensemble, ces petits bouts d’histoire à deux.

Je pense à eux. Parfois. Souvent.

Au crépuscule, au moment de se réfugier sous la couette pour fuir et rejoindre ce monde où les absents renaissent pour nous retrouver. La nuit, quand je peux leur dire ce que je n’ai pas eu le temps de leur dire et partager à nouveau quelques instants avec eux. Au réveil, quand je réalise brutalement, douloureusement, que les absents ne m’accompagneront pas hors de mes rêves.

Je pense à eux. Parfois. Souvent.

Quand les amis communs se souviennent. Quand le calendrier s’arrête sur ces dates anniversaires. Quand quelqu’un, ignorant ce qui s’est passé, demande innocemment des nouvelles. Quand, le jour venu, les projets faits ensemble ne se réalisent pas. Quand un simple accident donne envie de composer ce numéro auquel on ne répondra pas.

Je pense à eux. Parfois. Souvent. Malgré les mois ou les années, ils sont toujours présents dans mes souvenirs, dans mes rêves, dans ma vie. Les absents me manquent. La douleur s’apaise parfois mais le manque, lui, sera toujours présent.

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Des amants

27 janvier 2008 Laisser un commentaire

Je ne connaissais pas Daniel Arsand avant de découvrir cette semaine son nouveau roman : Des amants. Je l’ai acheté à la FNAC lundi dernier : en prévision de trois jours en déplacement pour le boulot, je cherchais un peu de lecture pour occuper mes trajets en train et mes soirées à l’hôtel. Le titre m’a intrigué et la quatrième de couverture m’a convaincu :

“Ne nous quittons jamais.

Nous ne nous quitterons jamais.

Comme dans une chanson qui a sans doute déjà été écrite.

Une chanson de rien.

Rien. Un mot qu’affectionne Sébastien.

Rien. Un mot que Balthazar prononce très peu souvent. Le temps n’en est pas encore venu. Mais cela viendra, comme le reste. Et c’est, ce sera quoi, le reste ? Et le reste de quoi ?

Rien. Pas vraiment, se dit Sébastien. Il y a Balthazar. Et il y a l’amour.”

Des amants est un magnifique chant d’amour et d’humanité. A travers l’histoire incandescente de Balthazar et Sébastien, il dénonce l’intolérance de la société, d’hier et d’aujourd’hui.

L’action se déroule en 1749, quarante ans avant la Révolution. Sébastien Faure a quinze ans, c’est un fils de paysan. Balthazar de Créon est un jeune noble. Après une chute de cheval à laquelle Sébastien assiste, Balthazar fait de lui son protégé, son ami, son amant. A Moulins puis à Paris où le roi requiert sa présence, contre l’avis de sa mère, Balthazar ne sépare plus de son compagnon et risque sa réputation et sa vie par amour pour Sébastien. Celui-ci lui sera infidèle, mais l’amour sera toujours là entre eux.

Comment ne pas noter l’étrange similitude avec Un homme accidentel de Philippe Besson ? J’ai lu ces deux romans l’un après l’autre et la ressemblance m’a frappé. Dans les deux livres, nous assistons à une rencontre accidentelle de deux êtres que tout oppose (le flic et l’acteur pour Philippe Besson, le noble et le paysan pour Daniel Arsand). Dans les deux histoires, la passion va isoler les deux hommes du reste du monde et les mener à leur chute.

Les deux romans sont malgré tout différents. Dans Des amants, Daniel Arsand dépeint habilement la folie d’une mère qui perd son fils et le désespoir d’un garçon qui réalise qu’il ne verra plus son compagnon. C’est parfois grandiloquent et mélodramatique, à l’inverse de l’émotion retenue que Philippe Besson parvient à créer dans Un homme accidentel. J’ai apprécié Des amants mais ma préférence va nettement au roman de Philippe Besson. Il ne restera pas dans ma mémoire, peut-être parce qu’il a précédé un roman qui, lui, restera inoubliable à mes yeux.

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Un homme accidentel

26 janvier 2008 5 commentaires

Un homme accidentel est le neuvième roman de Philippe Besson, un auteur que je suis fidèlement depuis la sortie de En l’absence des hommes, peut-être mon livre préféré tous auteurs confondus (seul Le Petit Prince pourrait peut-être rivaliser dans mon coeur).

La quatrième de couverture ne révèle pas grand chose de l’histoire :

“Nous n’aurions jamais dû nous rencontrer.

Seulemement voilà, le hasard nous a mis en présence.

Si on veut bien considérer que la découverte d’un cadavre sur les pelouses impeccables de Beverly Hills est un hasard.”

Deux êtres que tout sépare se trouvent brutalement réunis par la mort d’un inconnu. Aussitôt, entre ces deux-là, surgit, sans qu’ils s’y attendent et sans qu’ils puissent s’y opposer, un sentiment violent. Un sentiment qui va les arracher à la solitude et au mensonge.

A Los Angeles, ville mythique et dangereuse, une intrigue criminelle peut quelquefois devenir une intrigue amoureuse.

Le narrateur est un jeune flic de Los Angeles, heureux en couple avec une charmante épouse qui va bientôt lui donner un enfant. Lors d’une enquête sur la mort d’un prostitué retrouvé mort dans les beaux quartiers, il rencontre Jack Bell, un acteur qui fait la une des journaux après plusieurs succès au grand écran. Entre le jeune premier et le flic consciencieux mais sans envergure, l’improbable se produit : c’est le coup de foudre et le début d’une relation clandestine qui va les mener au fond de l’abysse. Mais avant la chute, il y aura un amour intense, des moments inoubliables de complicité et de bonheur.

Je ne révélerai pas ici tous les détails de l’intrigue, je préfère laisser le plaisir de la découverte aux futurs lecteurs. Je me contenterai de dire que l’enquête criminelle et l’histoire d’amour s’entremêlent parfaitement dans un récit sans surprise mais passionnant.

Tous les romans de Philippe Besson parlent d’une façon ou d’une autre de la mort ou de l’absence, celui-ci ne fait exception. J’ai déjà cité ici cet extrait sublime sur le manque. C’est aussi un livre sur le hasard, sur le coup de foudre, sur une rencontre improbable donnant vie à un sentiment qui dépasse tout. Qu’importe, peut-être, qu’il s’agisse de deux garçons, c’est une histoire universelle sur une vie qui bascule quand elle en croise une autre. J’ai lu une critique dans la presse qui disait que ce n’est pas un roman sur un homme qui découvre son homosexualité et je partage ce point de vue. C’est une histoire d’amour, peut-être l’une des plus belles jamais écrites.

Ce roman m’a touché comme peu de livres l’ont fait. La dernière fois, c’était peut-être En l’absence des hommes : c’est dire si Un homme accidentel m’a marqué. Philippe Besson a le don de m’émouvoir. Chacun de ses romans éveille quelque chose en moi. Cette fois-ci, c’est très fort. S’il y a une semaine on m’avait demander de choisir un seul roman de Philippe Besson, j’aurais choisi En l’absence des hommes sans hésiter. Aujourd’hui, j’aurais du mal à choisir.

“Nous n’avions pas fini de nous aimer. Non, pas fini de nous aimer. Tout nous a été retiré trop vite. Il nous restait tant à faire. Une vie entière, peut-être. Un amour total, pourquoi ça s’arrêterait ?

J’essaie d’apprendre à vivre sans lui. Chaque jour, j’essaie. Je vous jure que j’essaie. Je n’y arrive pas.”

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Le manque de lui

24 janvier 2008 2 commentaires

Et puis, le manque est arrivé, dans le moment où je m’y attendais le moins, il arrivé alors que j’avais presque fini par croire à mon amnésie. C’est terrible, la morsure du manque. Ca frappe sans prévenir, l’attaque est sournoise tout d’abord, on ressent juste une vive douleur qui disparaît presque dans la foulée, c’est bref, fugace, ça nous plie en deux mais on se redresse aussitôt, on considère que l’attaque est passée, on n’est même pas capable de nommer cette effraction, et pourquoi on la nommerait, on n’a pas eu le temps de s’inquiéter, c’est parti si vite, on se sent déjà beaucoup mieux, on se sent même parfaitement bien, tout de même on garde un souvenir désagréable de cette fraction de seconde, on tente de chasser le souvenir, et on y réussit, la vie continue, le monde nous appelle, l’urgence commande. Et puis, ça revient, le jour d’après, l’attaque est plus longue ou plus violente, on ploie les genoux, on a un méchant rictus, on se dit : quelque chose est à l’oeuvre à l’intérieur, on pense à ces transports au cerveau qui annoncent les tumeurs, qui sont le signal enfin visible de cancers généralisés jusque-là insoupçonnables, on éprouve une sale frayeur, un mauvais pressentiment. Et puis, le mal devient lancinant, il s’installe comme un intrus qu’on n’est pas capable de chasser, il est moins mordant et plus profond, on comprend qu’on ne s’en débarrassera pas, qu’on est foutu. Oui, un jour, le manque est arrivé. Le manque de lui.

Au début, j’ai fait comme si je ne m’en rendais pas compte, le traitant par l’indifférence, par le mépris, je me savais plus fort que lui, j’étais en mesure de le dominer, de l’éliminer, c’était juste une question de volonté ou de temps, je n’étais pas le genre à me laisser abattre par quelque chose d’aussi ténu, d’aussi risible. Et puis, il m’a fallu me rendre à l’évidence : ce match, je n’étais pas en train de le gagner, j’allais peut-être même le perdre, et je ne possédais pas le moyen d’échapper à cette déroute et plus je luttais, plus je cédais du terrain ; plus je niais la réalité, plus elle me sautait au visage. Autant le reconnaître : j’étais dévoré par ça, le manque de lui.

J’étais dans le train ce soir, entre Amiens et Paris, lorsque j’ai lu ces deux paragraphes dans “Un homme accidentel”, le nouveau roman de Philippe Besson (dont je reparlerai sans donc plus longuement prochainement, tant ce livre m’a ému). J’en ai eu le souffle coupé, au propre comme au figuré. Un collègue somnolait dans le siège voisin du mien et n’a heureusement rien vu de mon trouble. S’il avait été éveillé, il m’aurait vu blêmir, il aurait vu mes mains trembler et mon regard défaillir. Il m’aurait vu face à ma propre vérité.

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Puisque tu pars

6 janvier 2008 1 commentaire

Il y a plusieurs chansons qui pourraient convenir à la situation. “The winner takes it all” (ABBA). “Too much love will kill you” (Queen). “Nos planètes de séparent” (Starmania). “Mortelles pensées” (Véronique Sanson). J’en ai choisi une autre, parce que je pourrais la chanter presque mot pour mot aujourd’hui.

Puisque l’ombre gagne
Puisqu’il n’est pas de montagne
Au-delà des vents plus haute que les marches de l’oubli
Puisqu’il faut apprendre
A défaut de le comprendre
A rêver nos désirs et vivre des “ainsi-soit-il”

Et puisque tu penses
Comme une intime évidence
Que parfois même tout donner n’est pas forcément suffire
Puisque c’est ailleurs
Qu’ira mieux battre ton cœur
Et puisque nous t’aimons trop pour te retenir

Puisque tu pars

Que les vents te mènent
Où d’autres âmes plus belles
Sauront t’aimer mieux que nous puisque l’on ne peut t’aimer plus

Que la vie t’apprenne
Mais que tu restes le même
Si tu te trahissais nous t’aurions tout à fait perdu

Garde cette chance
Que nous t’envions en silence
Cette force de penser que le plus beau reste à venir
Et loin de nos villes
Comme octobre l’est d’avril
Sache qu’ici reste de toi comme une empreinte indélébile

Sans drame, sans larme
Pauvres et dérisoires armes
Parce qu’il est des douleurs qui ne pleurent qu’à l’intérieur
Puisque ta maison
Aujourd’hui c’est l’horizon
Dans ton exil essaie d’apprendre à revenir

Mais pas trop tard

Dans ton histoire
Garde en mémoire
Notre au revoir
Puisque tu pars
Dans ton histoire
Garde en mémoire
Notre au revoir
Puisque tu pars

J’aurai pu fermer, oublier toutes ces portes
Tout quitter sur un simple geste mais tu ne l’as pas fait
J’aurai pu donner tant d’amour et tant de force
Mais tout ce que je pouvais ça n’était pas encore assez
Pas assez, pas assez, pas assez

Dans ton histoire (dans ton histoire)
Garde en mémoire (garde en mémoire)
Notre au revoir (notre au revoir)
Puisque tu pars (puisque tu pars)

“Puisque tu pars” (Jean-Jacques Goldman)

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