Les blessures

Certaines blessures ne guérissent jamais. La douleur s’estompe, mais la plaie ne se referme jamais complètement. Il suffit d’une simple friction pour que la cicatrice s’ouvre à nouveau, pour que le sang et les larmes coulent à flot.

On redécouvre alors brutalement le choc et l’horreur de la blessure. On replonge dans cette douleur insoutenable qui semble interminable. On oublie les bonnes résolutions et la volonté de tourner la page, de se reconstruire. On voudrait réécrire l’histoire, croire que cela aurait pu se terminer autrement – ne pas se terminer tout court – si on avait agi différemment. On retrouve la colère, la haine, le mépris ressentis naguère, mais aussi la peine indescriptible. On comprend mieux cette mélancolie qui n’est jamais vraiment partie, cette petite musique qui résonne dans les moments de solitude, avec ses notes graves et son rythme désespérément lent. On met un visage sur ce froid qui s’installe en soi quand on entend cette chanson, quand on revoit ce film, quand on repasse à cet endroit.

On se demande, aussi, laquelle de ces blessures a été la plus douloureuse, laquelle reste la plus vive aujourd’hui. Si elles peuvent cicatriser définitivement, comme l’ont promis les amis. Si un départ et une rupture sont comparables. Si ce visage déclenchera à jamais un pincement au coeur. Si cette ville sera toujours associée à ces souvenirs. Si, avec le temps, blesser peut faire autant de mal que d’être blessé.

On essaye tout de même de repenser aux circonstances des accidents de parcours, aux fautes commises et aux leçons retenues. On se promet de ne plus reproduire les mêmes erreurs, d’éviter les excès de vitesse et les priorités grillées. On espère toujours que des moments aussi exaltants nous attendent encore. On guette des signes et des regards. On rêve de Bretagne ou d’ailleurs. On veut croire que cela en vaut la peine.

Archéologie

J’ai fait un peu d’archéologie pour publier à nouveau d’anciens billets de ce blog. J’ai commencé par importer l’intégralité des billets que j’avais sauvegardés il y a quelques mois puis j’ai fait un peu de “ménage” pour supprimer des billets liés à une histoire dont je ne souhaite plus parler ici, car elle est trop riche en souvenirs amers et douloureux.

Les éphémères

Les éphémères passent dans notre vie, nous apportent un peu de bonheur et finissent par s’en aller.

Je ne sais plus où j’ai lu cette phrase mais elle m’avait marqué car elle résume très bien ce que je ressens parfois. Je l’avais notée dans un coin, avec l’idée de la développer un jour dans un billet.

Les éphémères, ce sont celles et ceux que j’ai connus et qui ne sont plus dans ma vie, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

Les éphémères, ce sont ces anciens collègues que la paresse, souvent partagée, puis la gêne m’ont empêché de revoir. Malgré les coordonnées personnelles laissées par celui qui quitte une mission ou une société, malgré les rencontres autour d’un verre ou d’un bon repas, le fossé se creuse : les dernières nouvelles et rumeurs finissent par ne plus intéresser l’ancien qui ne connaît pas tous ces nouveaux, arrivés après son départ, dont je pourrais parler. Le temps triomphe peu à peu de ma volonté, et après plusieurs mois sans contact il devient gênant de se rappeler au souvenir de l’autre.

Les éphémères, ce sont ces amis d’enfance que les années et les kilomètres m’ont fait perdre de vue. Voisins ou camarades, nous avons partagé nos jeux, nous avons échangé nos billes et nos vignettes Panini. Puis nous avons grandi, nos choix et nos parcours ont été différents, nous sommes devenus différents. Ceux qui nous qualifiaient d’inséparables devaient savoir que cela ne durerait pas mais ils avaient raison de nous le laisser croire. Il y a une ironie un peu cruelle dans l’idée qu’on devient vraiment adulte quand on se sépare de ceux qui nous ont aidé à grandir.

Les éphémères, c’est aussi cette amie qui a accompagné mon adolescence. C’est une amitié née malgré les sentiments ou grâce aux sentiments partagés pour le même garçon, et enterrée avec lui. Ce garçon nous a réunis plus de trois ans, trois années peuplées de mensonges, de crises de jalousie et de larmes mais aussi de tendresse et de fous rires. Quand le trait d’union a disparu, la tragédie et les malentendus nous ont séparés, plein de rancoeur et en n’affichant qu’un seul regret : celui d’avoir perdu celui qui nous liait.

Les éphémères, ce sont ces relations commencées avec la certitude qu’elles dureront “le plus longtemps possible” et qui ont pris fin avec la promesse, vite rompue, de rester amis et d’être toujours là l’un pour l’autre. Croit-on vraiment à ces grandes déclarations quand on les fait ? Peut-être … jusqu’à ce que le coeur change de cible et qu’on se rende compte qu’après l’amour, il ne reste souvent rien d’autre que de l’indifférence, rarement de l’amitié.

Les éphémères passent dans notre vie, nous apportent un peu de bonheur et finissent par s’en aller. Ils nous laissent avec le regret de ce qui aurait pu être et ne sera jamais, à la fois souvenirs enivrants d’un passé révolu et promesses non tenues d’un avenir rêvé.

Les absents

Les absents me manquent. Parfois. Souvent.

Je pense à eux. Parfois. Souvent.

Le matin, sous la douche, quand l’esprit hésite encore entre sommeil et éveil. Dans le RER qui m’amène au bureau, lorsqu’il s’arrête dans cette station où nous nous retrouvions parfois. Sur le parvis venteux de La Défense, point de rendez-vous pour ces traditionnels mais désormais oubliés déjeuners. Au bureau, perdu dans mes pensées au moment où mes collègues rient d’une blague quelconque pendant la pause café. Le soir, en rentrant dans cet appartement que je voudrais quitter pour tourner la page.

Je pense à eux. Parfois. Souvent.

En relisant un roman dont nous avions tant parlé, les passages qui nous avaient plu, les personnages qui nous avaient marqués et qui parfois nous ressemblaient. En revoyant un film devant lequel nous avions ri ou pleuré, les scènes mémorables et les répliques que nous connaissions par coeur. En écoutant ces chansons que j’associerai éternellement à eux, les mélodies fredonnées ensemble et ces paroles échangées dans nos lettres et nos e-mails. En retrouvant ces cadeaux reçus, ces objets achetés ensemble, ces petits bouts d’histoire à deux.

Je pense à eux. Parfois. Souvent.

Au crépuscule, au moment de se réfugier sous la couette pour fuir et rejoindre ce monde où les absents renaissent pour nous retrouver. La nuit, quand je peux leur dire ce que je n’ai pas eu le temps de leur dire et partager à nouveau quelques instants avec eux. Au réveil, quand je réalise brutalement, douloureusement, que les absents ne m’accompagneront pas hors de mes rêves.

Je pense à eux. Parfois. Souvent.

Quand les amis communs se souviennent. Quand le calendrier s’arrête sur ces dates anniversaires. Quand quelqu’un, ignorant ce qui s’est passé, demande innocemment des nouvelles. Quand, le jour venu, les projets faits ensemble ne se réalisent pas. Quand un simple accident donne envie de composer ce numéro auquel on ne répondra pas.

Je pense à eux. Parfois. Souvent. Malgré les mois ou les années, ils sont toujours présents dans mes souvenirs, dans mes rêves, dans ma vie. Les absents me manquent. La douleur s’apaise parfois mais le manque, lui, sera toujours présent.

Déménagement

Vous l’avez sous doute constaté, mes interventions sur ce blog se font rares depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois. L’inspiration et l’envie de parler longuement ici m’ont peu à peu quitté. Malgré tout, je vais laisser ces pages ouvertes, jusqu’à ce que l’envie revienne. Car elle reviendra, c’est certain.

En attendant, comme j’ai malgré tout parfois quelques petites choses à raconter, vous pouvez continuer à me suivre ici :

http://zerojanvier.tumblr.com/

Vous n’y trouverez pas de billets personnels comme j’ai pu en poster ici pendant plusieurs mois, mais je posterai plus régulièrement pour partager mes découvertes, mes coups de coeur, mes coups de gueule, et peut-être mes joies et mes peines.

Coups de coeur en vrac

Plus d’un mois d’absence sur ce blog, mais je n’ai évidemment pas été inactif pendant ce laps de temps. Beaucoup de boulot, des journées chargées au bureau, quelques soirées de déprime, de bons moments avec mes proches. Et quelques coups de cœur que je souhaite partager ici :

Skins, une série TV britannique dont j’ai vu les neuf épisodes de la première saison en moins d’une semaine. Je m’attendais à une série pour adolescents dans laquelle j’aurais du mal à me retrouver (après tout, ma propre adolescence commence sérieusement à dater) et j’ai été très agréablement surpris. Les personnages sont attachants, avec bien sûr des chouchous que j’affectionne particulièrement : Cassie et Maxxie. L’écriture et la mise en scène sont excellentes. Un vrai régal du début à la fin.

How I met your mother, une sitcom américaine “à la Friends”. J’ai acheté le coffret DVD de la première saison : trois soirées plus tard, j’avais terminé les vingt-deux épisodes. L’idée de départ de la série est géniale :

En 2030, Ted Mosby raconte à ses deux enfants comment il a rencontré leur mère. Cette narration renvoie le spectateur à notre époque où il suit les aventures de Ted durant sa course au grand amour.

Les personnages sont tous intéressants, drôles et touchants, chacun dans leur style. J’ai passé trois soirées à rire en continu en découvrant la première saison, et j’attends maintenant la deuxième saison avec impatience. Là où Friends m’avait rapidement lassé, How I met your mother soulève vraiment mon enthousiasme. C’est un vrai plaisir de découvrir une comédie de cette qualité !

Michael Tolliver est vivant, septième et dernier volume des Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin. L’auteur américain met un point final à une saga qui m’avait enchanté lorsque je l’avais découverte il y a quelques années. Après les aventures de Mary-Ann, Michael, Mona, Brian et leur logeuse Anna Madrigal dans le San Francisco des années 70 et 80, ce dernier volume s’attache particulièrement à Michael (”Mouse”), désormais quinquagénaire, tiraillé entre sa famille biologique en Floride et sa famille de coeur (sa famille “logique”) à San Francisco. Si l’histoire elle-même est sans surprise et n’est guère passionnante, j’ai retrouvé avec une certaine émotion mon personnage préféré, Mouse. Le temps passe, les personnages changent ou disparaissent, l’humour et l’émotion restent. Une jolie fin pour une série mémorable.

Crime, un roman américain de Meyer Levin découvert par hasard mais qui rejoint la liste restreinte de mes romans préférés. Tiré d’un fait divers qui s’est déroulé dans les années 20, le livre nous raconte l’horrible crime commis par deux jeunes hommes surdoués et leur procès où ils risquent la peine de mort. Les thèmes abordés par l’auteur sont nombreux mais tous traités magistralement : l’amitié, la jeunesse, le crime, la famille, l’homosexualité, la psychanalyse, l’antisémitisme, la justice, la peine de mort. J’ai dévoré les quatre-cent pages de ce roman passionnant. J’ai été marqué par cette histoire, par les personnages, par les mots de l’auteur. Un chef d’œuvre.

Be Kind Rewind

Cet après-midi je suis allé au cinéma pour aller voir Be Kind Rewind (”Soyez sympas, rembobinez” en VF), attiré par une bande-annonce qui promettait un film drôle et divertissant.

L’histoire, résumée sur AlloCiné :

Un homme dont le cerveau devient magnétique efface involontairement toutes les cassettes du vidéoclub dans lequel l’un de ses amis travaille. Afin de satisfaire la demande de la plus fidèle cliente du vidéoclub, une femme démente, les deux hommes décident de réaliser les remakes des films effacés parmi lesquels “SOS Fantômes”, “Le Roi Lion” et “Robocop”.

Quelle déception ! Je me suis rarement autant ennuyé devant un film. Sur l’échelle des films que j’ai le moins aimés, je pense que celui-ci est proche de John Rambo que je suis allé voir avec des collègues alors que j’étais en déplacement en Lorraine et qu’il fallait bien occuper la soirée. Les parodies sont relativement drôles, mais une fois passé l’effet de surprise, le film est lourd et ennuyant. Quant à la fin, elle est convenue et prévisible.

Heureusement qu’il y avait ce charmant jeune homme dans la file d’attente pour sauver ces deux heures passées au cinéma ;-)

Les yeux au ciel

Le soleil inonde le ciel
Mes jours en hiver passés à t’oublier
Où chaque seconde est une poignée de terre
Où chaque minute
Est un sanglot
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau

[...]

Le soleil inonde le ciel
Mes jours en enfer passés a t’enterrer
Où chaque seconde est une poignée de terre
Où chaque minute
Est un caveau
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau

J’espère qu’au ciel
Des diables malins coupent aux anges leurs ailes
Pour que tu retombes du ciel
Dans mes bras ouverts
Cadeau providentiel

Mais chaque seconde est une poignée de terre
Mais chaque seconde est une poignée de terre
Mais chaque minute
Est un tombeau
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau

(”Les yeux au ciel” par Louis Garrel dans Les chansons d’amour)

Gary Gigax (1938-2008)

Gary Gigax nous a quittés mardi.

C’était le créateur du premier jeu de rôles, Dungeons & Dragons, et en quelque sorte le père de tous les rôlistes.

Une belle image en son hommage, sur ce blog :

Gary Gigax RIP

Babylon 5, saison 2

Après une première saison lente mais riche en promesses pour la suite, la deuxième saison de Babylon 5 dévoile enfin le coeur de l’intrigue de la série. : la guerre à venir contre les Ombres, un ennemi qui se cache depuis un millénaire et qui s’apprête à faire son retour.

Babylon 5, season 2


La saison commence par une nouvelle surprenante : le commandant Jeffrey Sinclair a quitté Babylon 5 pour devenir le premier ambassadeur humain sur Minbar. C’est le capitaine John Sheridan, un héros de la guerre contre Minbari, qui prend le commandement de la station. Surnommé StarKiller pour avoir détruit le vaisseau minbari Black Star pendant la guerre, Sheridan mettra du temps à être accepté comme ambassadeur et commandant par les anciens ennemis de la Terre.

Sheridan

Autre surprise au début de la saison : l’ambasseur Delenn a subi une étrange transformation : désormais mi-humaine, mi-minbari, elle doit subir le rejet des Minbaris et la défiance des humains.

Delenn 2

Cette saison permet surtout d’introduire les Ombres, une ancienne race qui menace la galaxie. C’est d’abord G’Kar qui alerte les ambassadeurs du retour de cette menace dans l’épisode Revelations.

Mais la saison nous permet également d’en apprendre plus sur le Corps Psi, avec d’excellents épisodes comme A Race Through Dark Places et surtout Divided Loyalties dans lequel un traître au coeur de le station sort enfin de l’ombre.

The Coming of Shadows, l’épisode donne son titre à la saison, est un véritable chef d’oeuvre, récompensé par le prestigieux prix Hugo. C’est le tournant de l’histoire et pour Londo Mollari.

La transformation de Delenn a également de graves conséquences dans All Alone in the Night quand elle doit quitter le Conseil Gris.

Les Ombres sortent peu peu de l’ombre et Sheridan en apprend enfin la vérité sur cette race mystérieuse et sur la disparition de sa femme Anna dans l’épisode mémorable In the Shadow of Z’ha’dum.

La saison se termine aux trois épisodes excellents pour des raisons différentes : le sublime The Long, Twilight Struggle (la tirade de G’Kar, citée ci-dessous, est déchirante), l’intriguant Comes the Inquisitor (et sa révélation finale) et le dernier épisode de la saison, The Fall of Night (dans lequel nous découvront enfin ce qui se cache dans la combinaison de Kosh, l’ambasseur Vorlon).

No dictator … no invader … can hold an imprisoned population by force of arms forever. There is no greater power in the universe than the need for freedom. Against that power, governments and tyrants and armies cannot stand. The Centauri learned this lesson once. We will teach it to them again. Though it take a thousand years, we will be free.

Cette deuxième saison lance véritablement l’intrigue de la série, et de quelle façon ! La qualité des épisodes est globalement bien meilleure que dans dans la première saison et certains sont vraiment splendides. Et ce ce n’est rien comparé à la troisième saison …

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Ailleurs

Pour des billets plus fréquents et plus légers : mon Tumblelog recueille mes découvertes, mes coups de coeur et mes coups de gueule.

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