Wonder

13 juin 2013 2 commentaires

Je n’écris plus très souvent ici, au grand dam de mes millions de fans hystériques. Il y a quelques années, je publiais presque un billet pour chaque livre que je lisais, chaque film que je voyais au cinéma ou en DVD. Les temps ont changé. J’ai désormais moins de temps ou d’envie, ou les deux, pour écrire sur  mes lectures, mes découvertes, tous ces sujets qui me passionnent et qui font mon quotidien.

Même si je n’y écris plus très souvent, je n’ai jamais voulu fermer ce blog. Il continue d’être une porte, un moyen d’expression que j’utilise volontiers quand j’ai vraiment envie de parler de quelque chose et que je ressens le besoin de développer plus longuement que je ne pourrais le faire sur Twitter, sur Facebook ou sur mon Tumblr. Même si cela n’arrive qu’une fois tous les six mois, ce qui doit être plus ou moins ma moyenne de publication sur les 2 dernières années.

Je reste fidèle à ce blog quand j’ai envie de parler d’un film qui m’a beaucoup plu (l’exemple le plus récent étant "Dans la maison" l’année dernière), quand je veux parler de mon engagement politique (comme l’année dernière lors des élections présidentielles, ou plus récemment – dans un style plus décousu et passionné – à l’occasion du débat sur le mariage pour tous), ou pour un livre qui m’a particulièrement ému, comme c’est le cas aujourd’hui.

Ce livre, c’est Wonder de R.J. Palacio. Je l’ai découvert grâce à un entretien avec l’auteur(e) publié sur Slate.fr. Dès que j’ai lu l’article, j’ai su que j’allais lire ce livre. Je n’étais pas sûr qu’il me plaise, mais j’étais certain que j’allais le lire et qu’il ne me laisserait pas indifférent. Tout tenait en quelques lignes, dans le résumé du roman tel qu’il était décrit dans l’article :

L’ouvrage raconte l’histoire d’August Pullman, un garçon de dix ans au visage très différent – conséquence d’une maladie causée par une malformation chromosomique – et son parcours, qui le fait quitter le cocon protecteur de la scolarisation à domicile pour atterrir au collège et affronter ses hordes de sauvages.

Cette histoire allait forcément me parler. Ce n’est pas mon histoire., mon histoire n’est pas celle-ci, mais j’allais forcément me sentir proche de ce garçon qui ne passe pas inaperçu.

J’ai acheté ce livre le 6 janvier 2013, si j’en crois l’historique de mes achats sur Amazon. Le lendemain de la publication de l’article sur Slate, c’est dire si j’ai eu un coup de coeur pour ce roman. Pourtant, nous sommes mi-juin et je viens seulement de le lire. Il m’a fallu cinq mois pour me décider à le lire. A chaque fois que j’ai achevé un livre cette année, j’ai hésité à lire celui-ci, avant d’en choisir un autre, comme si je tenais à repousser l’échéance. Après la saga Hypérion, après une longue série de romans et de nouvelles de Stefan Zweig, après l’excellent "Let the right one in" qui a inspiré le meilleur film de vampires depuis bien longtemps (Morse), j’ai fini par m’y mettre.

J’en ressors ému et changé. Il m’arrive souvent d’être ému par un livre. Il m’arrive parfois d’être bouleversé par un livre ; certains romans de Philippe Besson dont j’ai parlés ici en sont de bons exemples. Il m’arrive beaucoup plus rarement de sortir changé de la lecture d’un livre.

J’ai été ému, sans surprise. Je me suis évidemment retrouvé dans ce petit garçon dont la malformation attire les regards surpris, craintifs, et parfois dégoutés. Ce roman n’est pas parfait, il y a quelques facilités, des stéréotypes un peu forcés, une intrigue sans vraiment de surprise. Mais cela reste un très bon roman. Même au moment du happy-end tellement prévisible, et dont je doute malheureusement du réalisme, je n’ai pas pu retenir mon émotion.

J’ai surtout lu ce roman dans les transports en commun et je pense que certains voyageurs auraient pu s’interroger s’ils avaient vus mes yeux s’embuer parfois au milieu d’une page, lorsque je lisais une phrase que j’aurais pu dire pour mot pour mot quand j’étais petit, ou même aujourd’hui encore. Un exemple, lu dès les premières pages, qui m’a fait comprendre très vite que ce livre allait me plaire :

And I feel ordinary. Inside. But I know ordinary kids don’t make other ordinary kids run away screaming in playgrounds. I know ordinary kids don’t get stared at wherever they go. If I found a magic lamp and I could make one wish, I would wish that I had a normal face that no one ever noticed at all. I would wish that I could walk down the street without people seeing me and then doing that look-away thing. Here’s what I think : the only reason I’m not ordinary is that no one else sees me that way. But I’m kind of used to how I look by now. I know how to pretend I don’t see the faces people make.

Je sors changé par cette lecture, et c’est plus surprenant. La grande réussite, pour moi, de ce roman c’est de donner la parole aux autres. August est le principal narrateur mais dans certaines parties du roman l’auteur donne également la parole à d’autres personnages : la soeur d’August, son meilleur ami, le petit ami de soeur, une camarade de classe, etc. Ce sont autant de points de vue différents sur August et sa particularité.

Pour moi, c’est une ouverture vers ce que peuvent ressentir mes proches, ce qu’a pu vivre ma famille quand j’étais petit. Je n’ai pas attendu ce livre pour apprendre sur moi, sur ma façon de vivre ma malformation, de la surmonter et parfois d’en faire une force, comme me l’avait dit quelqu’un un jour. Par contre, j’avais rarement eu l’occasion de me mettre à la place de mes proches. Ca, c’est une vraie découverte pour moi, et je pense que cela restera ancré en moi. C’est en cela que j’ai changé en lisant ce roman.

Emu, donc, comme je le pressentais. Changé, de façon plus surprenante. Et bouleversé, enfin, dans les dernières pages. Au milieu d’un final qui sent la guimauve, il y a ce discours du professeur principal d’August qui m’a tiré des larmes :

But the best way to measure how much you’ve grown isn’t by inches or the number of laps you can run around the track, or even your grade point average – though these things are important, to be sure. It’s what you’ve done with your time, how you’ve chosen to spend your days, and whom you have touched this year. That, to me, is the greatest measure of success.

Shall we make a new rule of life … always to be a little kinder than is necessary ? [...] Kinder that is necessary. Because it’s not enough to be kind. One should be kinder than needed. Why I love that line, that concept, is that it reminds me that we carry with us, as human beings, not just the capacity to be kind, but the very choice of kindness. [...] Such a simple thing, kindness. Such a simple thing. A nice word of encouragement given when needed. An act of friendship. A passing smile.

Et finalement les pensées d’August quand il reçoit une médaille pour récompenser son courage à la fin de l’année scolaire :

I wasn’t even sure why I was getting this medal, really.

No that’s not true. I knew why.

It’s like people you see sometimes, and you can’t imagine what it would be like to be that person, whether it’s somebody in a wheelchair or somebody who can’t talk. Only, I know I’m that person to other people, maybe to every single person in that whole auditorium.

To me, though, I’m just me. An ordinary kid.

But hey, if they want to give me a medal for being me, that’s okay. I’ll take it. I didn’t destroy a Death Star or anything like that, but I did just get through the fifth grade. And that’s not easy, even if you’re not me.

Difficile pour moi de ne pas être touché par le chemin parcouru par ce gamin au fil de l’année scolaire. Difficile de ne pas m’identifier à lui et en même temps de l’admirer, même s’il reste un personnage de fiction. Il m’a fallu plus de trente ans pour accomplir ce que ce gamin a fait à dix ans, mais ce n’est qu’un roman. Et quoi qu’il en soit, ça fait se sentir fort. Fragile parfois, mais irrésistiblement fort. Parce qu’on sait que quelque part il y a des amis, des proches qui ont pensé ou qui pensent la même chose que Jack, le meilleur ami d’August :

He’s just a kid. The weirdest-looking kid I’ve ever seen, yes. But just a kid.

Merci à tous les "Jack".

"C’est pas toi qui te fait insulter aujourd’hui dans la rue"

13 janvier 2013 4 commentaires

Depuis des semaines je me tiens relativement éloigné des infos, des journaux, et des débats en tout genre depuis des semaines pour éviter de tomber sur ce déferlement de haine et d’intolérance, d’entendre ces arguments où la bêtise côtoie l’immonde. Je sais ce qui se passe, ce qui se dit. Je souhaite évidemment que cette loi soit votée, que l’égalité pour tous devienne une réalité ou du moins que l’on fasse un pas de plus vers cet idéal qui devrait être une évidence. J’admire et je respecte ceux qui se battent, qui débattent quotidiennement pour faire avancer l’égalité.

Moi je n’ai pas la force de débattre, de combattre. J’ai tout de même manifesté au mois de décembre, j’y retournerai peut-être fin janvier. Je vais continuer ainsi jusqu’à ce que la loi soit enfin votée, pour qu’on puisse passer à autre chose comme ce fut le cas après le droit de vote aux femmes, le droit à l’avortement, l’abolition de la peine de mort, le PACS, etc.

Je ne voulais pas en parler sur ce blog. Je suis incapable d’écrire un billet constructif sur le sujet et cela mérite mieux qu’un amas d’arguments passionnés. Certains ont très bien écrit sur le sujet.

Et puis je tombe ce matin sur ce statut d’un ami sur Facebook et je me dis que j’aurais pu l’écrire mot pour mot :

Oui, quand on s’oppose au mariage pour les homosexuels, on est homophobe. Vis avec ça et me fais pas chier, c’est pas toi qui te fait insulter aujourd’hui dans la rue.

Voilà, c’est un dimanche qui s’annonce difficile. Je vais aller au cinéma pour penser à autre chose.

Et ce soir en me couchant je repenserai à l’ado que j’étais, qui se sentait différent et se demandait s’il aurait le courage de vivre cette vie "différente", cette vie qu’une bonne partie de la société désapprouvait.

Je repenserai à ce garçon qui n’a pas eu ce courage, lui, qui a préféré fuir que d’affronter les regards désapprobateurs et les insultes.

Désolé pour ce billet en vrac, construit à partir d’un commentaire que j’ai écrit sur un blog et d’un message sur un forum que je fréquente régulièrement. Ca n’a ni queue ni tête, c’est sans intérêt. Je n’ai pas envie de débattre et encore moins de polémiquer. Je voulais juste rappeler que derrière les débats de société il y a des êtres humains. Il y a vos amis, vos proches, des gens que vous croisez tous les jours au bureau, dans la rue ou sur des forums. Que ces êtres humains ont des sentiments. Et que parfois, c’est dur.

Dans la maison

21 octobre 2012 5 commentaires

J’ai découvert François Ozon en 2001 avec son film "8 femmes", un film étonnant et divertissant avec un casting de rêve. Souvenez-vous : Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Emmanuelle Béart, Fanny Ardant et Danielle Darrieux – sans oublier Virginie Ledoyen, Firmine Richard et Ludivine Sagnier – réunies dans le même film, c’était un sacré événement, je me demande même si un autre film français a déjà réuni autant de "grands noms" à l’affiche. Depuis "8 femmes" donc, j’ai pris l’habitude d’aller voir au cinéma et/ou d’acheter en DVD presque tous les films de François Ozon ; de son premier long-métrage Sitcom sorti en 1998 jusqu’à aujourd’hui, je crois que je les ai tous vus, sauf bizarrement Angel, mais c’est un oubli que j’ai bien l’intention de rattraper un jour. Tous ces films ne sont pas mémorables, cela va du tout juste moyen "5×2" au très bon "Potiche", en passant par le troublant "Ricky" et l’émouvant "Le refuge".

"Dans la maison", le dernier en date, est sorti il y a une dizaine de jours et j’avais décidé d’inaugurer ce week-end ma nouvelle carte UGC Illimité tout juste reçue pour le découvrir. J’avais un bon pressentiment avant d’aller le voir : la bande-annonce était prometteuse et surtout, le synopsis m’a tout de suite interpelé :

Un garçon de 16 ans s’immisce dans la maison d’un élève de sa classe, et en fait le récit dans ses rédactions à son professeur de français. Ce dernier, face à cet élève doué et différent, reprend goût à l’enseignement, mais cette intrusion va déclencher une série d’événements incontrôlables.

Le thème avait tout pour me plaire mais c’était là tout le piège : quand on s’attaque ainsi à un sujet qui m’intéresse autant, ça passe ou ça casse, je peux facilement passer de l’espoir à une grande déception. C’est donc avec un mélange d’impatience et d’appréhension que j’ai assisté aux premières minutes du film. Le doute a cependant vite disparu pour laisser place à une certaine excitation : ce film allait être une réussite, c’était presque certain, et il ne restait qu’une question : était-ce un chef d’oeuvre, un de ces films inoubliables qui m’ont marqué à vie ? Un nouveau Billy Elliot ou The Dark Knight ? Difficile à dire, à chaud. J’ai beaucoup aimé ce film, c’est indiscutable ; je n’ai pas vu le temps passé, je n’ai pas regardé l’heure une seule fois pendant la séance – un exploit rarissime pour moi. Le temps dira si ce film laissera une trace ineffaçable dans mon esprit.

Quoi qu’il en soit, c’est un excellent film. D’abord grâce aux deux acteurs principaux : Fabrice Luchini est très bon, crédible et drôle dans le rôle Germain, un professeur de français aigri. Il fait du Luchini sans trop en faire, parfois à l’extrême limite de la caricature et de l’auto-parodie, mais toujours juste. Quant à Ernst Umhauer, il est tout simplement parfait dans son interprétation de Claude, l’élève-écrivain : au-delà de son séduisant minois, il incarne à merveille l’adolescent tour à tour charmant, touchant, charmeur, et inquiétant – parfois tout cela à la fois. C’est pour moi la jolie découverte de ce film. Les autres acteurs remplissent bien leur "contrat" : Kristin Scott Thomas est crédible dans le rôle de la femme de Fabrice Luchini, Bastien Ughetto l’est encore plus dans celui de Raphaël, l’ami "normal et sympathique" de Claude, et Emmanuelle Seignier est touchante dans son interprétation de la mère (au foyer) de Raphaël. Seul Denis Ménochet m’a moins marqué, sans doute parce que son personnage du père de Raphaël m’a moins interessé.

Les personnages ne font pas tout, même s’ils sont essentiels à l’histoire. L’autre force du film, c’est son scénario. J’ai été tout de suite pris par le récit de ce professeur blasé et son élève talentueux mais trouble. J’ai suivi avec passion les histoires dans l’histoire. Au fur et à mesure du film, les situations gagnent en intensité, le banal devient romanesque et pendant la dernière demie-heure la frontière entre le réel et la fiction devient difficile à discerner : quelles parties du récit de Claude se sont vraiment déroulées et lesquelles sortent-elles uniquement de son imagination ? François Ozon a fait un travail délicat sur l’écriture, la fiction, le réel et l’imaginaire : c’est certainement ce qui m’a plu le plus dans ce film. Dans ce cadre, la dernière scène est pour moi magnifique : elle conclut parfaitement le récit à la fois en réunissant les deux protagonistes principaux, l’écrivain raté et le jeune prometteur, et en nous plaçant à la place de l’écrivain face à une page blanche, devant un mur de possibilités.

Le dernier point fort de ce film, c’est qu’il m’a plu au point de me donner envie d’en parler ici, après plusieurs mois de silence. Je ne sais pas si c’est une vraie relance, le début d’une nouvelle série de billets, ou un simple écho dans la nuit. A suivre ? ;-)

Prenez le pouvoir

21 avril 2012 3 commentaires

La force tranquille

La campagne officielle du 1er tour de l’élection présidentielle s’est achevée hier à minuit. Demain, nous sommes appelés aux urnes pour départager les 10 candidats et choisir parmi eux les deux qualifiés qui s’affronteront au second tour le 6 mai.

C’est la sixième élection présidentielle depuis ma naissance. La quatrième que je suis avec attention. La troisième à laquelle je vais participer en tant qu’électeur.

J’avais tout juste un an et demi en 1981, pour cette élection de François Mitterrand qui a marqué toute une génération et dont une partie du "peuple de gauche", comme on dit, se souvient encore avec nostalgie, et parfois un peu d’aigreur. Je n’ai pas connu cette liesse et je le regrette. Malgré les reniements et les déceptions qui ont suivi, j’aurais aimé participer et assister à cet élan, à cette vague d’espoir. Je suis issu d’une famille de gauche, je sais que mes parents ont tous deux voté François Mitterrand en 1981 : dès le premier tour pour ma mère, au second seulement pour mon père. Je crois avoir été plus ou moins élevé dans le "culte" de cette victoire historique de la gauche, fruit de longues années (ou décennies ?) de lutte. Je ne sais pas dire dans quelles proportions cette éducation est "responsable" de mes convictions actuelles. Se construit-on politiquement dans le prolongement ou en opposition de notre famille ? Je pense que tous les cas de figure existent. Je crois aussi que nos préférences partisanes ne sont pas forcément figées tout au long de nos vies, j’en reparlerai plus tard. Quoiqu’il en soit, cela a forcément joué sur mon intérêt pour la politique, un virus que j’ai attrapé très tôt.

Je n’ai pas vraiment de souvenir de l’élection de 1988 et la réélection de François Mitterrand face à son premier ministre de cohabitation, Jacques Chirac. Plus tard, bien sûr, j’ai revu souvent les extraits du débat du second tour, ces répliques vues et revues à maintes reprises depuis ("Dans les yeux, je vous le dis", et le fameux "Vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier Ministre") mais j’étais encore trop jeune à l’époque pour suivre et appréhender cette élection. A part les discussions familiales à table, je crois que mon seul contact avec la politique était à l’époque le rendez-vous télévisuel quotidien avec le Bebête Show, que je suivais avec passion sans vraiment en comprendre les subtilités. Je comprenais qu’il s’agissait de politique mais je voyais surtout des marionnettes. Je me souviens que j’étais déjà mal à l’aise lorsqu’apparaissait à l’écran la caricature de Jean-Marie Le Pen en Bécassine. Déjà à cet âge, je sentais le danger représenté par ce "personnage". Déjà à cet âge, le Front National représentait pour moi le mal absolu et me donnait des frissons.

J’étais lycéen en 1995 et j’ai suivi l’élection présidentielle avec beaucoup d’intérêt. Trois ans plus tôt déjà, encore collégien, j’avais été passionné par la campagne du référendum pour le traité de Maastricht. Je pense pouvoir dater mon éveil politique à cette époque. Sans trop savoir pourquoi, j’étais alors pour le "oui". L’idéal d’une Europe qui unifiait pacifiquement tous les peuples du continent résonnait alors fortement en moi. Je pensais que seuls les méchants nationalistes (comprenez le Front National) étaient pour le "non", contre l’Europe. Je me souviens de ma joie, ou plutôt de mon soulagement, quand la victoire du "oui" fut annoncée à la télévision. Je me souviens plus encore de ma stupeur quand, me précipitant à l’étage pour annoncer "notre" victoire à mon père, celui-ci me répondit "oui, ils viennent de l’annoncer à la radio, mais moi j’ai voté non". Soudain, je comprenais pourquoi mon père n’était pas présent avec nous au salon pour l’annonce du résultat : ma mère, socialiste fidèle et loyale au président Mitterrand, avait voté "oui" alors que mon père, communiste, trotskiste, marxiste ou que sais-je – je ne comprenais pas alors la différence – avait voté "non". Une faille venait de s’ouvrir entre mon père et moi : pour cette première élection que je suivais, nous n’étions pas dans le même "camp".

En 1995, disais-je, j’étais lycéen. Tous mes camarades, en tout cas ceux qui s’intéressaient un tant soit peu à la politique, roulaient clairement pour Jacques Chirac. Moi, je ne comprenais pas comment on pouvait être jeune et de droite. Peut-être parce que je ne regardais pas les Guignols. Je ne comprenais pas le contraste entre le Jacques Chirac sympathique des sketchs qu’on me racontait chaque matin au lycée, et l’ennemi politique qu’il était à la maison. Le soir du premier tour, heureuse surprise à 20h : Lionel Jospin était en tête avec 23% des suffrages et allait affronter Jacques Chirac au second tour. Je ne sais plus dans quel état d’esprit j’ai vécu les deux semaines entre les deux tours : sans illusion ou avec l’espoir d’une victoire improbable qui déjouerait tous les pronostics comme au premier tour ? Je ne me souviens que de ma solitude, seul vaincu contre tous, le lendemain de la victoire de Jacques Chirac.

J’ai voté pour la première fois aux élections régionales et cantonales de 1998. J’avais été privé des élections législatives en 1997 à cause de la dissolution. En provoquant des élections un an avant le terme normal du mandat des députés, Jacques Chirac m’avait privé de ma première élection "importante" mais avait offert la majorité à la gauche et Matignon à Lionel Jospin. Finalement, cela en valait la peine ! Il y eut ensuite les élections européennes de 1999. En 1998 et 1999, j’avais voté pour les candidats du Parti Socialiste sans vraiment réfléchir. J’étais socialiste, sans que cela provoque le moindre débat pour moi, c’était le choix naturel. J’avais voté presque par réflexe, sans passion pour ces élections que je considérais comme mineures. En 2000, pour le référendum sur le quinquennat, je n’étais pas en France le week-end du vote, il me semble que j’étais en "séminaire" avec ma société. Pour ce scrutin sans suspense où la victoire du "oui" semblait acquise, je n’avais même pas fait l’effort de voter par procuration. Le résultat fut sans surprise.

Les premières élections où je me suis beaucoup impliqué furent les municipales de 2001. J’étais arrivé à Paris un an plus tôt et nous avions la chance historique de faire basculer à gauche la capitale. J’ai soutenu Bertrand Delanoë avec conviction et passion face à Philippe Séguin, le candidat officiel de la droite, et à Jean Tiberi, le maire sortant et candidat dissident du RPR. Entre le deux tours, j’ai assisté à mon premier meeting politique, dans ce XIIème arrondissement qui pouvait faire basculer l’élection. Le soir du second tour, ébloui par ma joie, je n’ai vu que la victoire de la gauche à Paris et les clefs agitées par la foule sur le parvis de l’Hôtel-de-Ville. Il m’a fallu plusieurs jours, en lisant les commentaires dans la presse, pour réaliser que ces élections n’étaient pas une victoire de la gauche, qu’elles sonnaient comme un avertissement pour le gouvernement Jospin et sa majorité plurielle à un an des élections présidentielles et législatives de 2002.

C’est peu de temps après ces élections municipales que j’ai adhéré au Parti Socialiste. A quelques mois de l’élection présidentielle de 2002, je voulais m’engager et m’impliquer pour la victoire de Lionel Jospin. Mon divorce avec le PS a sans doute commencé à ce moment-là. Au lieu de trouver un parti vivant rempli de militants passionnés, j’ai découvert un groupe d’élus locaux et de jeunes qui commençaient à imaginer dans quel ministère ils allaient pouvoir être embauchés lorsque le candidat socialiste accèderait à l’Elysée. Bien sûr, il y avait aussi des débats d’idées mais mon premier contact avec l’intérieur du parti m’avait refroidi. Je n’ai assisté qu’à quelques réunions avec mes camarades, et j’ai suivi la campagne présidentielle en spectateur. Engagé clairement derrière Lionel Jospin, mais en spectateur.

Spectateur de ce "coup de tonnerre" le 21 avril. A 19h45, un collègue m’appelait pour me dire que les Guignols venaient d’annoncer la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour et l’élimination de Lionel Jospin dès le premier. Une nouvelle choc confirmée à 20h à l’annonce des premières estimations. Je crois que je me souviendrai longtemps de cette image de la soirée électorale de France 2 avec les visages de Chirac et surtout de Le Pen apparaissant pour signifier leur qualification au second tour. Je me souviens aussi du visage de Martine Aubry et du "je viens de vous le dire" de DSK à qui je ne sais plus quel journaliste venait de demander de confirmer son appel à voter Chirac au second tour. Le 1er mai, j’ai défilé avec des amis contre Le Pen. Ma première manifestation, dans des circonstances que j’aurais voulu éviter, et le souvenir d’une foule impressionnante réunie pour une "cause". Aujourd’hui, je ne sais toujours pas si j’irais défiler si le choix se présentait à nouveau. Au second tour, j’ai glissé un bulletin Chirac et le soir j’ai découvert le score phénoménal du président réélu. Drôle de victoire, drôle de défaite. Mon pire souvenir politique, indubitablement.

Passons rapidement sur les élections régionales de 2004 où seules l’Alsace et la Corse résistèrent à l’envahisseur socialo-écolo-communiste. Un vote de défi à Chirac et de revanche de la gauche qui lui avait apporté ses voix sans état d’âme en 2002.

En 2005, ce fut le référendum sur le traité européen. Un peu avant, il y eut l’élection interne au Parti Socialiste sur le même sujet. D’abord partagé face à ce débat – je gardais encore le souvenir de la campagne pour Maastricht où le "oui" était pour moi le "bon" camp – j’ai finalement été convaincu par la prise de position, certes opportuniste mas que je considérais comme courageuse, de Laurent Fabius. J’ai été déçu quand les militants socialistes se sont exprimés en majorité pour le "oui". Ce fut mon vrai divorce avec le Parti Socialiste. Dorénavant, et sans retour arrière possible, j’étais en désaccord profond avec ce parti sur un sujet majeur. Je ne pouvais plus suivre aveuglement ce parti, le temps était venu de prendre mon indépendance et de voter selon mes convictions. J’étais "orphelin", mais j’étais libre. La campagne fut intense et passionnante. C’est à cette occasion que j’ai découvert Jean-Luc Mélenchon, sorte de poil à gratter du PS, une grande gueule qui disait tout haut ce que je pensais tout bas et osait défier la direction du parti. Je me souviens de la scandaleuse subjectivité des médias pendant la campagne, et notamment de l’attitude honteusement partiale de Christine Ockrent (que j’estimais pourtant avant cet épisode) face à Marie-George Buffet, représentante du non dans son émission "France-Europe-Express". Je me souviens des débats houleux entre Christophe Barbier et Eric Zemmour dans l’émission "Ca se dispute" sur I-Télé ; pour la seule fois de ma vie, je penchais plutôt du côté de Zemmour, un comble ! Je me souviens des sondages qui donnèrent d’abord le oui vainqueur, puis le non, puis le oui. Je me souviens enfin de cette large victoire du "non" avec 55% des voix et de ma joie face à ce résultat. C’était peut-être ma première "vraie" victoire électorale, après les municipales à Paris en 2001.

Vinrent ensuite les présidentielles de 2007. Je fus abasourdi par la nomination de Ségolène Royal comme candidate socialiste. Cinq ans plus tard, je ne comprends toujours pas comment ce parti a pu commettre une telle erreur ni la ferveur qui entoura la candidate pendant la campagne. Malgré les sondages flatteurs à l’automne 2006, je n’ai jamais cru à sa victoire face à Nicolas Sarkozy. Aux primaires, j’étais pour Laurent Fabius, convaincu par l’argumentation de Jean-Luc Mélenchon expliquant que le PS devait être représenté à la présidentielle par un partisan du "non" au référendum européen, puisque le "non" avait été majoritaire, y compris parmi les sympathisants socialistes lors du référendum. La large défaite de Fabius (et de DSK) et surtout la victoire de Royal aux primaires signa ma rupture définitive avec le Parti Socialiste. Je ne pouvais pas voter pour cette candidate en laquelle je ne croyais pas. J’ai suivi la campagne de loin, pour des raisons tant politiques que personnelles. Au premier tour, j’ai voté pour Marie-Georges Buffet, convaincu qu’il s’agissait de la candidate la plus honnête et la plus sincère et je n’ai pas vu m’empêcher de penser, en glissant mon bulletin dans l’urne, que mon père serait à la fois surpris et fier de moi s’il avait vu le nom figurant sur ce bulletin. Au second tour, j’ai voté pour Ségolène Royal, sans conviction, et contre Nicolas Sarkozy, sans illusion. A l’annonce de la victoire sans surprise du candidat de droite, je me suis dit que la majorité avait parlé, c’était bien fait pour les français, qu’ils allaient souffrir cinq ans et qu’ils le regretteraient. C’était une réaction de bêtise, cruelle, mais mon petit doigt me dit que la fin de mon raisonnement n’était pas totalement inexacte.

Il y eut ensuite le congrès de Reims du Parti Socialiste, en 2008. La motion de Ségolène Royal arriva en tête, celle de Bertrand Delanoë seulement deuxième et celui-ci renonça à présenter sa candidature comme Premier Secrétaire. Martine Aubry, troisième avec sa motion, reprit le flambeau du front anti-Ségolène et devint Première Secrétaire dans les circonstances que l’on sait. Mauvais remake de la Guerre des Roses, le PS s’enfonce dans ses errements et je m’en éloigne un peu plus, même si je préfère largement que le parti soit dirigé par Martine Aubry que par Ségolène Royal. Au même moment, Jean-Luc Mélenchon claqua la porte du PS. Faisant le constat avec le vote des motions qu’il était condamné à rester éternellement minoritaire au sein de ce parti dans lequel il ne se reconnaissait plus, il quitta le PS et fonda son propre parti, le Parti de Gauche, sur le modèle de Die Linke en Allemagne. Intrigué et intéressé par sa démarche, j’étais présent quelques semaines plus tard pour le meeting fondateur du parti, sur l’île Saint-Denis. Ce fut une claque, un mélange de ferveur et d’émotion. "Cela fait du bien de se retrouver entre nous", affirma Jean-Luc Mélenchon en référence aux longues années où il fut sifflé dans les congrès socialistes. Oskar Lafontaine, le modèle allemand de Mélenchon qui avait ouvert la voie quelque années plus tôt en claquant la porte du SPD de Schröder, nous parla de son refus des "compromis pourris" que ne cessent de faire les sociaux-démocrates européens. Presque convaincu mais encore réticent sur certains aspects, je n’ai pas adhéré au Parti de Gauche mais j’ai commencé à suivre attentivement son évolution et celle de son leader Jean-Luc Mélenchon.

Aux élections suivantes, j’ai voté alternativement pour le PS (aux municipales de 2008 à Paris) et le Front de Gauche/Parti de Gauche (aux européennes de 2009). J’ai assisté avec plaisir aux défaites successives de l’UMP à toutes les élections locales, jusqu’au basculement historique à gauche du Sénat l’automne dernier. A l’approche des élections présidentielles, j’ai vécu avec stupeur la chute de DSK, le candidat favori des sondages et des médias. J’ai soutenu Martine Aubry aux primaires socialistes en me disant qu’elle seule pourrait éventuellement me convaincre socialiste de voter au premier tour des présidentielles. J’ai voté pour elle au premier et au second tour des primaires et j’ai été déçu par la victoire de François Hollande. Pendant longtemps, j’ai pensé que les socialistes faisaient une erreur monumentale en choisissant ce candidat pour affronter Sarkozy, que François Hollande allait s’effondrer pendant la campagne comme l’avait fait Ségolène Royal en 2007, que l’inexpérience du candidat socialiste lui serait fatale face à la bête de campagne qu’est Sarkozy. Ce n’est que très récemment que j’ai commencé à croire à la défaite de Sarkozy, à mon avis plus en raison d’une mauvaise campagne du président sortant que grâce à celle de son principal adversaire. Je me suis trompé, je l’espère même, mais si je n’espère rien d’Hollande. Il sera évidemment moins pire que Sarkozy, et toute défaite de la droite est évidemment bonne à prendre. Mais serait-ce vraiment une victoire de la gauche ?

Demain, je voterai Jean-Luc Mélenchon. Je ne vais pas tenter de vous convaincre de voter pour lui, chacun est libre de ses convictions et de son vote. Je dirais simplement qu’avec son discours à la fois cohérent, pédagogique et ambitieux, ce candidat a réussi à rallumer la flamme politique qui s’était éteinte en moi depuis plusieurs années. Finalement, c’est la première élection présidentielle pour laquelle j’irai voter avec autant de conviction et de passion. J’étais à la Bastille pour le rassemblement pour la VIème République, j’étais Porte de Versailles jeudi dernier pour le dernier grand meeting avant le premier tour et j’ai chaque fois été ému par cette foule qui retrouve la fierté de ses convictions, de ses espoirs, de ses rêves. J’ai vu des militants communistes, des vieux de la vieille qui ont connu Georges Marchais, retrouver le sourire et l’espoir. J’ai vu un candidat qui tient tête à Marine Le Pen et combat la tête haute l’extrême droite, puisque "à la fin de l’histoire, cela finit toujours avec eux contre nous". J’ai entendu des discours qui font appel à l’intelligence du peuple au lieu de flatter ses bas instincts. J’ai vu un dirigeant politique qui nous parle des Lumières, de la Révolution Française et des idéaux universels qui doivent réunir tous les peuples au lieu de les diviser et de les monter les uns contre les autres. J’ai soutenu un programme cohérent qui ne se contente pas de critiquer la société capitaliste et de promettre des jours meilleurs mais propose au contraire un nouveau modèle de société, auquel on croit ou pas, que l’on souhaite ou non, mais qui a le mérite d’exister.

La campagne a été pleine de bonheur pour moi. Nous sommes partis de bas, autour de 5%, pour atteindre des scores prometteurs dans les sondages. J’irai demain au bureau de vote plein d’espoir. J’attendrai ensuite les résultats avec beaucoup d’appréhension. Quel résultat serait décevant ? Quel score serait une franche réussite ? Difficile à dire. La barre des 15%, qui semblait si lointaine il y a encore deux mois, serait déjà une belle victoire. Mais la plus belle victoire serait, je crois, d’être devant Marine Le Pen. Quant au second tour, ce serait un rêve auquel je n’ose pas penser … D’un naturel pessimiste quand le scrutin approche, mon pronostic n’est aujourd’hui pas très bon. Mais qui sait, d’autres surprises, bonnes ou mauvaises, ont déjà marqué l’histoire des élections présidentielles …

Prenez le pouvoir

Une bonne raison de se tuer

4 février 2012 1 commentaire

Une bonne raison de se tuer

Je n’avais plus écrit ici depuis plus de six mois, autant par manque de temps que d’inspiration ou de motivation. J’ai toujours fonctionné de façon cyclique avec ce blog, alternant les périodes d’écriture compulsive et celles où je ne publie rien pendant plusieurs mois. Il y a eu quelques sujets dont j’aurais pourtant pu parler ici : des romans qui m’ont plu ou des séries découvertes ces derniers mois. Je pense notamment à la série Mad Men dont j’ai englouti les quatre premières saisons en quelques semaines. Tout cela pour dire que j’ignore si ce billet est le début d’un nouveau cycle ou simplement un phénomène éphémère avant de replonger ce blog en hibernation pour quelques semaines ou mois supplémentaires.

Je crois que je ne pouvais tout simplement pas lire le nouveau roman de Philippe Besson sans en parler ici. Une bonne raison de se tuer est sorti au tout début du mois de janvier mais je viens seulement de le lire. Pour une fois, je n’ai pas sauté dessus dès sa sortie pour le dévorer en deux ou trois jours. Non pas que je n’étais pas impatient, mais j’avais décidé d’attendre la sortie sur Kindle pour arrêter d’encombrer ma bibliothèque avec des dizaines de bouquins dont je ne sais plus quoi faire.

A Los Angeles, tandis que l’Amérique s’apprête à élire un nouveau président, Laura, en proie à une résignation qui semble insurmontable, et Samuel, dévasté par la douleur et la perte, vacillent au bord du précipice, insensibles à l’effervescence de leur pays. Ils ne se connaissent pas. Leurs destins vont se croiser. Pourront-ils se sauver l’un l’autre ?

L’action se déroule le 4 novembre 2008, date de l’élection de Barack Obama. A Los Angeles comme partout ailleurs, c’est une journée d’exaltation, d’espoir de renouveau et d’attente fiévreuse. Mais tandis que l’Amérique semble retenir son souffle, impatiente de connaître l’issue de ce jour historique, pour Laura et Samuel, cette journée sera la plus longue et la plus terrible de leur vie. Car aujourd’hui Samuel doit se rendre aux funérailles de son fils, Paul, qui vient de se suicider à l’âge de dix-sept ans. Et Laura, femme seule de quarante-cinq ans, serveuse dans une cafétéria, a décidé de se donner la mort le soir venu.

Pour chacun d’eux, l’enjeu sera le même : comment échapper au déroulement implacable de cette journée ? Samuel pourra-t-il surmonter son chagrin, ne serait-ce que le temps de la cérémonie ? A-t-il même le droit de survivre à l’absence de celui qui n’aurait jamais dû partir avant lui ? Et quel sens donner au geste de son fils, un geste d’autant plus révoltant qu’il est inexpliqué ? Laura, elle, a mûrement réfléchi son choix. Personne ne la regrettera, ni son fils indifférent ni son ex-mari qui, lui, a su refaire sa vie. Cette dernière journée aura-t-elle un goût moins fade que toutes celles qu’elle vient de laisser derrière elle ? Un goût d’exceptionnel qui pourrait la faire changer d’avis ?

Samuel et Laura ne se connaissent pas encore. Pourtant ils ont déjà beaucoup en commun. Ils vont d’ailleurs se rencontrer… au crépuscule.

Une fois de plus, Philippe Besson nous entraine dans la vie de personnages tourmentés et marqués par l’absence, le manque, la mort. Nous suivons alternativement les récits de Laura et de Samuel, chacun s’exprimant pendant un ou deux chapitres avant de redonner la parole à l’autre. Le récit tient sur une seule journée, celle de l’élection de Barack Obama, et tandis que l’Amérique vit un jour historique, il ne se passe finalement pas grand chose dans le roman. Bien sûr, Samuel assiste aux funérailles de son fils et Laura a choisi ce jour pour se donner la mort, mais les événements s’enchainent sans bruit, sans passion. Il y a comme une routine inéluctable tout au long du roman. C’est d’autant plus vrai pour le récit de Laura qui vit une journée presque ordinaire. C’est sûrement pour cela que j’ai été plus emporté par celui de Samuel, ce père meurtri par la mort de son fils de dix-sept ans.

Les routes de Laura et Samuel finissent par se croiser à deux reprises pendant le roman, une première fois de façon assez anecdotique au milieu du récit et une seconde fois, plus importante, à la fin. Cette rencontre parait elle aussi inéluctable, presque artificiellement construite. C’est sans doute le principal reproche que je ferais à ce roman. J’ai pris beaucoup de plaisir à le lire, mais j’ai tout de même regretté qu’il soit si prévisible, comme un exercice de style que l’auteur se serait imposé. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de reconnaitre Philippe Besson sous les traits de cet écrivain français qui fréquente le café où travaille Laura, et d’imaginer que ce roman a vu le jour dans l’esprit de l’auteur lors de son séjour aux Etats-Unis où il aurait croisé une "Laura " et un "Samuel" et aurait alors imaginé leur vie et cette journée particulière.

Malgré ce défaut, le roman reste plaisant à lire. Philippe Besson a toujours le don de mettre des mots sur les émotions et de parler toujours aussi justement du manque, de l’absence, du deuil. C’est assez étonnant de le voir en parler dans chacun de ses romans en trouvant des situations originales et des mots différents. J’ai noté trois ou quatre passages dans celui-ci qui m’ont interpelé et m’ont fait me dire "oui, c’est exactement ça". Sans atteindre l’émotion suscitée chez moi par En l’absence des hommes ou Un homme accidentel, ce roman trouve une nouvelle fois les mots justes.Pour cette raison au moins, ce nouveau roman complète parfaitement l’oeuvre déjà bien riche de Philippe Besson.

Une bonne raison de se tuer, Philippe Besson

Julliard, ISBN 978-2260020035

Note : ★★/☆☆☆☆☆

Red Robin (3) : The Hit List

22 juillet 2011 9 commentaires

The Hit List est le titre du troisième album de la série Red Robin, dont il compile les numéros 13 à 17 parus entre fin 2010 et début 2011. Il fait suite à The Grail et Collision, les deux premiers albums j’ai déjà dit beaucoup de bien ici. J’ai un attachement particulier à cette série qui donne la place d’honneur à Tim Drake, mon (ex-)Robin favori et l’un de mes personnages préférés (si ce n’est mon préféré) de la franchise Batman.

Après ses voyages à la recherche de Bruce Wayne, Tim Drake est de retour à Gotham où il doit retrouver sa place, autant dans sa vie personnelle que dans sa vie d’héros en costume. Son identité secrète est menacée par la journaliste Vicky Vale, ses (fausses) fiançailles avec Tamara Fox sont annoncées dans les médias, et ses relations avec ses proches sont compliquées par sa longue absence. Avec tout cela, il doit déterminer où il va désormais vivre, ce qu’il va faire, comment le faire, et avec qui le faire. La fameuse hit list du titre est en fait un plan imaginé par Tim pour se débarrasser des criminels les plus dangereux de Gotham et répond à sa dernière question : contre qui le faire ?

Parmi ses cibles se trouve Lynx, une jeune femme qui dirige un gang de Gotham et avec laquelle Red Robin va entamer une relation ambigüe. Le parallèle avec la relation entre Batman et Catwoman est évident et cité explicitement par les personnages. C’est un clin d’oeil que j’ai trouvé très réussi, et qui place clairement Tim comme l’héritier de Bruce.

Cette "filiation" ne fait pas que des heureux : la relation tendue entre Tim Drake/Wayne et Damian Wayne est toujours bien présente dans cet album ; elle est toujours aussi intéressante à suivre et les piques qu’ils se sont lancent sont hilarantes. Cette rivalité fait partie des choses qui m’ont vraiment bien plu dans cet album.

J’ai bien aimé également l’équilibre entre les scènes sous le costume de Red Robin et celles en "civil". J’ai toujours aimé les comics qui jouent beaucoup sur les identités secrètes et nous montrent autant la vie personnelle des personnages que leurs aventures costumées. Sur cet aspect, cet album est parfait car on suit à la fois les aventures de Red Robin et les difficultés de Tim dans sa vie de tous les jours.

On apprend également que Tim a pour projet d’étendre la lutte contre les criminels au-delà des murs de Gotham. Ainsi, il serait à l’initiative de Batman Incorparated, le grand projet lancé par Bruce Wayne après son retour. Les retrouvailles entre Tim et Bruce sont d’ailleurs décrites dans l’album et c’est un vrai moment d’émotion. Avec mon coeur d’artichaut, j’ai vraiment été touché quand Batman et Red Robin enlèvent leurs masques et que Bruce prend Tim dans ses bras, en pleine page. Sans oublier la planche finale où ils patrouillent ensemble en Batman et Red Robin entre les immeubles de Gotham, et où ils semblent former un nouveau duo qui pourrait coexister avec Dick Grayson (l’autre Batman) et Damian Wayne (Robin). Une perspective alléchante …

True Blood (saison 3)

17 juillet 2011 2 commentaires

La première saison de True Blood était une bonne introduction à l’univers très particulier de cette série, malgré des épisodes pas toujours palpitants. J’avais gardé un bon souvenir de la deuxième saison, même si l’intrigue principale autour de Maryanne qui ne m’avait pas toujours passionné. Ces dernières semaines, j’ai donc plongé avec enthousiasme dans la troisième saison.

On retrouve dans cette saison tout ce qui fait le charme de la série. Tout d’abord, l’ambiance envoutante de ce décor original où se rencontrent les américains moyens de la Louisiane profonde et les créatures surnaturelles qui errent dans l’ombre de l’univers de True Blood. Ensuite, la richesse des personnages secondaires (Tara, Eric, Pam, et Tommy notamment dans cette saison, mais aussi Russell, dont je reparlerai plus loin) qui pour moi surpassent largement en intérêt Bill et Soohie, le couple-phare de la série. Enfin, les intrigues toujours classiques mais efficaces qui nous offrent du grand spectacle dans la lignée des grands films fantastiques. Certaines scènes semblent même parodiques quand on les regarde, mais c’est ce qui me plait justement dans cette série, cette façon, derrière un ton dramatique, de ne pas prendre tout cela au sérieux.

Venons-en à Russell Eddington. Pour moi, c’est indéniablement LE personnage de cette troisième saison. Il s’agit du "méchant" de la saison, comme l’était Maryanne dans la précédente ; la comparaison s’arrête là : Maryanne me laissait indifférent, alors que Russell est l’un des méchants les plus réussis que j’ai eu l’occasion de voir à la télévision. Son histoire, son style, sa relation avec Talbot (son "jeune" amant qu’il a vampirisé il y a plusieurs siècles), tout est magnifique dans ce personnage. Et comment oublier cette scène mythique où il fait irruption en plein journal télévisé pour déclarer la guerre à l’humanité et termine son intervention par un drôlissime "Now time for the weather. Tiffany ?"

Russel Eddington éclabousse toute la saison de sa grandeur et il en fait une très bonne saison. Il y a tout de même d’autres éléments qui m’ont plu : la relation de Sam avec sa famille biologique et notamment son frère Tommy, mais aussi le vampire Franklin, l’un des plus dérangés et inquiétants que j’ai eu l’occasion de voir. Ce qui m’a le moins plu, c’est certainement la fin de saison, qui m’a semblé un peu en-deça du reste. J’ai trouvé que le dernier épisode était un peu bâclé pour clôturer l’intrigue de la saison et en ouvrir d’autres. Et évidemment, je trouve Sookie toujours aussi transparente et inutile, et ce ne sont pas les révélations faites sur elle pendant cette saison qui vont y changer quelque chose.

J’ai lu que le début de quatrième saison allait permettre de relancer la série en rebattant un peu les cartes : c’est une bonne nouvelle, et j’attends de voir ça avec impatience !

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